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LCS

Le parcours de YoungBuck : un entraîneur formé à bonne école

Alors que son équipe s'apprête à participer à la finale du segment de printemps ce weekend à Rotterdam, l'entraîneur de G2 Esports Joey « YoungBuck » Steltenpool, âgé de 24 ans et originaire de la petite ville fermière de Bovenkarspel aux Pays-Bas, a une chance de revenir dans son pays natal et de cimenter sa réputation de héros local en arrachant la première place des play-offs de printemps.

« Nous vivons dans un très petit village », explique le père de YoungBuck, Jaap Steltenpool. « Tout le monde se connaît et aujourd'hui les gens commencent à être fiers de Joey. Ils disent : ''Bon sang ! Le petit fermier de Bovenkarspel est en train de devenir une vedette !'' et ils le voient vraiment comme une pop star. Et ce n'est pas moi qui vais les contredire (rires)... On est très terre-à-terre, ici, mais Mick, le frère de Joey (voir la photo ci-dessous) attire effectivement un peu plus d'attention au pub, parce que Joey est célèbre pour leur génération. » « Quand je parle avec des gens, la plupart d'entre eux ne savent pas qu'on peut gagner sa vie grâce aux jeux vidéo, qu'on peut être un vrai professionnel et habiter à Berlin dans une gaming house », ajoute Yvonnne Vulhop, la mère de YoungBuck. Nous avons contacté les parents de YoungBuck en amont de la finale du segment de printemps, pour savoir ce qu'ils pensent de la rapide ascension de leur fils vers le meilleur palier des LCS EU, mais aussi pour comprendre à quoi ressemble son parcours en coulisses et à quel point leur vie en a été transformée. Ils ont hâte d'assister à la finale du segment de printemps à Rotterdam avec le jeune frère de YoungBuck, Mick, et sa tante de 60 ans (« Elle en connaît plus sur le jeu que moi ! » précise Jaap en riant). 

Le père et le frère de YoungBuck sont venus le soutenir lorsqu'il jouait avec les Copenhagen Wolves

Le père et le frère de YoungBuck sont venus le soutenir lorsqu'il jouait avec les Copenhagen Wolves

Notre conversation a eu lieu quelques jours avant les demi-finales des play-offs de printemps, mais le père de YoungBuck n'avait déjà aucun doute sur l'issue des matchs. Quand la mère de Joey a mentionné la possibilité que l'équipe de son fils participe au tournoi sur invitation de mi-saison à Shanghai, « s'ils arrivent à gagner », Jaap l'a aussitôt corrigée : « Ils vont gagner. Joey m'a affirmé qu'ils allaient gagner, et il ne s'est jamais trompé en cinq ou six ans. » L'événement de Rotterdam ne sera pas la première occasion pour la mère de Joey de le voir sur la scène. Elle se trouvait dans le public à Cologne, quand YoungBuck a réussi à se qualifier pour les LCS avec les Copenhagen Wolves. Lorsque je lui ai demandé de me décrire cette expérience, sa voix s'est mise à trembler et ses yeux se sont emplis de larmes. « Il avait travaillé tellement dur pour en arriver là », ajoute Jaap. « Et quand il a enfin réussi, son rêve est devenu réalité. Yvonne était sur place. Moi, je n'avais pas pu y aller. Mon cœur me causait quelques problèmes, à l'époque. Mais je comprends pourquoi elle est de nouveau aussi émue. En tant que parents, nous savons ce que [Joey] a accompli pour aller aussi loin. Les fans, les gens sur Reddit, les spectateurs sur le chat de Twitch, ils n'ont aucune idée du travail nécessaire pour que les équipes parviennent à de tels résultats. Et quand votre fils atteint enfin son but, jouer dans les LCS, c'est l'un des plus beaux moments de sa vie, mais ça l'est aussi pour nous. »

Les premiers jeux

Une passion depuis l'enfance

Une passion depuis l'enfance

D'après la mère de YoungBuck, sa passion de toujours pour les jeux vidéo a commencé le jour de son huitième anniversaire quand ses parents lui ont offert la Game Boy dont il rêvait. « Il voulait le jeu Super Mario », se souvient Yvonne. « C'était le seul jeu qu'il voulait. Dès qu'il rentrait de l'école, il se jetait sur sa Game Boy. Mais quand il était en classe, j'ai été curieuse : j'ai voulu essayer d'y jouer aussi, et j'ai fini par passer des journées entières sur Super Mario avec sa Game Boy. C'était un jeu assez difficile pour un jeune garçon de son âge, mais je comprenais ce qu'il ressentait parce que chaque jour, je prenais sa Game Boy et je voulais terminer le jeu moi aussi. Ça me fait beaucoup rire, parce qu'il a mis une semaine à finir le jeu, alors qu'il m'a fallu trois mois pour y arriver. »

« Et puis un jour, il est rentré à la maison et m'a dit ''Papa, je veux arrêter l'école.'' C'est vraiment la dernière chose qu'on a envie d'entendre quand on est parent, mais je savais qu'il avait la tête sur les épaules. Alors on l'a laissé faire... Et deux semaines plus tard, il a arrêté le football également. De nouveau, ça m'a fait peur. Et c'est là qu'il m'a dit, ''je veux devenir joueur professionnel''. On n'avait jamais entendu parler de ce genre de métier. »

Au fil de la discussion, nous avons vite compris que la ténacité dont la mère de YoungBuck avait fait preuve pour venir à bout de son premier Super Mario se retrouve dans le caractère de son fils aîné. Une fois que YoungBuck s'est fixé un objectif, plus rien ne peut l'arrêter. Que ce soit pour de jeux compétitifs en ligne comme Soldier of Fortune (dans lequel YoungBuck a atteint le rang 1) ou, par la suite, pour League of Legends, son esprit de compétition l'a toujours poussé à viser les sommets. Lorsqu'il a décidé de commencer à pratiquer les arts martiaux, aucun obstacle n'a pu l'arrêter. Imaginez Sion prenant peu à peu de la vitesse avec son Assaut inarrêtable, fonçant tête baissée sur sa voie jusqu'à sa cible, et vous aurez une parfaite illustration de la résolution de YoungBuck.

"Une fois que YoungBuck s'est fixé un objectif, plus rien ne peut l'arrêter."

"Une fois que YoungBuck s'est fixé un objectif, plus rien ne peut l'arrêter."

« Joey a toujours été un enfant qui aimait apprendre », explique Yvonne. « Quand il était petit, vers quatre ou cinq ans, et qu'ils avaient une heure de pause à l'école, il voulait dessiner des cartes et apprendre à écrire, même si les autres enfants s'amusaient avec des jouets. Plus tard, quand tous les autres gosses et son frère Mick s'amusaient dehors, Joey restait jouer à la maison. C'était son caractère, alors je l'ai laissé faire. Quand il voulait rester jouer à la PlayStation ou à la Game Boy, je le laissais tranquille. Pas toute la journée, mais bon, c'était ce qu'il préférait faire. Sur son PC portable, il passait son temps à jouer. Dans tout ce qu'il entreprend, Joey est toujours très déterminé. Il se donne à fond. »

« S'il se fixe un objectif, il se lance et donne tout ce qu'il a », renchérit Jaap. « S'il n'aime pas quelque chose, il arrête net et n'y revient jamais. Mais si quelque chose capte son attention, il fonce. »

Devenir un leader

Pendant son dernier segment aux côtés des Copenhagen Wolves, YoungBuck est rentré à la maison et a annoncé à sa mère qu'il s'était trouvé une nouvelle ambition. Yvonne s'en souvient parfaitement : « Il m'a dit ''Maman, je veux essayer de devenir entraîneur, je n'ai plus de défi à relever dans le jeu lui-même. Et je veux faire quelque chose d'autre, mais j'ai envie de rester dans l'univers de League of Legends''. Plusieurs équipes américaines lui ont proposé de les rejoindre en tant que coach, mais ça n'avait pas l'air de l'emballer. Quand G2 lui a proposé le poste, il s'est rendu compte que l'idée lui plaisait. »

« C'était un pari risqué », affirme Jaap. « Il avait reçu d'excellentes offres et je lui avait dit ''Accepte, fiston, ça paie très bien, tu t'assures un bon train de vie''. Mais il m'a répondu ''Non, Papa, je ne le sens pas, je préfère refuser''. Et encore une fois, il avait raison. Aujourd'hui, il est très heureux avec G2, c'est vraiment une excellente organisation. On savait tous les deux qu'il en avait les capacités, mais Ocelote lui a offert cette opportunité. Et il a su faire ses preuves. »

YoungBuck est dans son élément en tant que coach de G2 Esports

YoungBuck est dans son élément en tant que coach de G2 Esports

Quelle que soit l'issue du match entre G2 et Origen ce week-end, grâce à son expérience sur la scène compétitive, YoungBuck est devenu une figure du milieu de l'e-sport qui rayonne bien au-delà de l'univers de League of Legends. Depuis ses débuts de joueur sur sa Game Boy il y a tant d'années, aux yeux de sa famille, c'est devenu un homme.

« Joey n'a que 24 ans, mais il m'apprend beaucoup de choses. Il a vraiment changé nos vies. Je lui donne des conseils, mais il n'en a pas vraiment besoin. Maintenant, c'est lui qui me conseille : ''Non Papa, si tu vois les choses sous cet angle, ou si tu analyses ça comme ça...'' ou bien ''Je ne vais pas faire ça parce que...'' etc. Il me permet de m'améliorer. Je l'ai vu grandir et s'affirmer. Quand il avait 17 ans, il était calme, détendu mais un peu renfermé. Et grâce à ce jeu, vous voyez comment il est maintenant, comment il parle aux gens, comment il sait s'imposer, comment il parvient à motiver et soutenir son équipe. Il s'en sort admirablement bien tout seul, et c'est en grande partie parce qu'il a joué à League of Legends. J'étais vraiment surpris. Soyons honnêtes. J'ai occupé une position de manager. Et il a fallu que je travaille pendant 20 ou 30 ans avant d'en arriver là. Il n'a que 24 ans, mais il est déjà allé plus loin que moi. »

Mais si Joey est aujourd'hui un adulte autonome, il n'a pas pour autant oublié sa famille. « Quand Joey revient nous voir, il veut rester à la maison pendant une semaine entière », explique Yvonne. « Je vais le chercher à l'aéroport, puis il va dans sa chambre et il me dit ''Je veux que tu sois aux petits soins pour moi pendant toute la semaine.'' Il revient à la maison et passe du temps avec ses chats, car ils lui manquent beaucoup. La plupart du temps, il était déjà à la maison, mais maintenant qu'ils ont atteint les play-offs, il dit que les chats lui manquent. J'ai demandé à Joey si je pouvais aller le chercher à l'aéroport avant d'aller à Rotterdam pour qu'il puisse passer quelques heures à la maison, mais ça n'est pas possible. »

Impossible en effet. Car YoungBuck et G2 Esports ont un titre de champion des play-offs de printemps à remporter. Il a promis à son père de décrocher la victoire. Mais vu que le tournoi aura lieu à Rotterdam, dans son pays natal, YoungBuck va effectivement rentrer chez lui... en un sens.