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LCS

Motivation, volonté et attitude

Grabbz, le coach de la Team Roccat, fait le tour des qualités d'esprit fondamentales d'un bon joueur pro. Pour atteindre la renommée mondiale, le talent ne suffit pas. Être motivé pour atteindre ses objectifs, vouloir toujours s'améliorer, et avoir la bonne attitude face aux critiques constructives : voilà ce qui fait d'un « bon joueur » une légende.

« Sa technique est sans faille ! », « Son pool de champions est super vaste ! », « Il prend toujours les bonnes décisions au bon moment ! »

Lorsqu'ils parlent de leurs joueurs préférés, c'est de cette façon que les fans évaluent leurs forces. Tous les sports ont leurs joueurs vedettes : ils dominent le jeu de leurs performances hors pair, et tous les admirent pour leur incroyable talent. Mais si le talent naturel est l'une des conditions pour devenir une vedette, il en est d'autres qui s'avèrent bien plus importantes : une volonté de fer, une confiance indéfectible et le désir de se surpasser chaque jour.

1ère partie : la motivation

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La force motrice derrière n'importe quel athlète est la motivation : aucun joueur des grandes ligues n'est arrivé là par hasard. Leur but initial n'est peut-être pas toujours d'atteindre un niveau pro, mais ils partagent tous ce désir de se surpasser, de grappiller ces PL et de gravir les échelons jusqu'à Challenger. Mais à quel moment peut-on dire, objectivement, qu'un joueur est « bon » ? Cela dépend d'une personne à l'autre et selon les buts qu'elles se sont fixés, ceux-ci n'étant d'ailleurs en soi qu'un premier pas vers l'excellence.

Se fixer un but : c'est le début de toute progression. Fixez-vous un objectif assez haut pour vous motiver, mais pas si haut que vous risquiez d'être découragé par des échecs répétés. On voit beaucoup de jeunes joueurs qui disent vouloir être les meilleurs, pas juste dans leur région respective, mais dans le monde. Souvent ces déclarations ne provoquent que des sourires amusés, passant pour des rêves aussi naïfs qu'inaccessibles. Mais lorsqu'on ignore ces rêves, on perd de vue que 0,0001 % de ces jeunes représenteront un jour le top de leur région. Alors pourquoi serait-il déraisonnable qu'ils visent aussi haut ? Cela leur donne l'espace nécessaire à leur épanouissement, et en se fixant un but élevé, ils s'empêchent d'être complaisants et satisfaits. 

Se dire qu'on est devenu « suffisamment bon » a un effet pervers sur tous les athlètes. Pendant que vous vous reposez sur vos lauriers, le joueur juste en dessous de vous se donne à fond pour prendre votre place. Voilà pourquoi être le meilleur et le rester est souvent plus difficile que d'y arriver, et pourquoi on ne peut jamais assez louer la régularité des équipes de très haut niveau.

2ème partie : la volonté

La deuxième partie la plus importante de la progression est le sacrifice que le joueur est réellement prêt à faire. Dire qu'on veut être le meilleur, c'est facile, mais y mettre tous ses efforts, c'est ça le plus dur. Quand les autres athlètes se détendent pendant leur temps libre, vous devez repousser vos limites à la salle de sport (ou, dans le cas de League of Legends, gravir le classement) et penser au jeu quand vous mangez, vous douchez et dormez. L'obsession est l'un des facteurs qui différencient le plus les « bons » joueurs de ces légendes dont on parlera encore bien après la fin de leur carrière.

Lorsqu'on parle des joueurs pro, on fait souvent référence à leur « grande volonté », mais en quoi consiste-t-elle, au juste ? Quand on leur demande comment monter rapidement et efficacement dans le classement, presque tous les joueurs pro vous diront de vous regarder en face. Après une défaite, cherchez l'erreur dans vos propres performances et n'essayez pas d'attribuer cet échec aux autres joueurs.

Cela vaut aussi dans le jeu à très haut niveau : des joueurs pro avec des milliers d'heures de jeu au compteur doivent être capables de penser objectivement sans se laisser abuser par leur égo. Mais être objectif est bien plus difficile qu'il n'y paraît, et c'est là que le coach intervient. Si des joueurs ne sont pas d'accord avec certaines actions en jeu et ne parviennent pas eux-mêmes à en tirer les conclusions, il est primordial qu'ils aient une troisième opinion.

Malheureusement, une évaluation objective implique parfois de devoir critiquer vos coéquipiers, et les jeunes joueurs de la scène professionnelle de League of Legends ont parfois le sentiment d'être personnellement attaqués. Ils ne parviennent pas toujours à faire la différence entre les alias en jeu et les personnes bien réelles. Voilà pourquoi les « amitiés » entre joueurs ne sont pas toujours bénéfiques. Même si le public y est forcément sensible et qu'elles donnent lieu à de belles histoires (cinq potes qui gagnent un split, qui ne trouve pas ça génial ?), il faut beaucoup de professionnalisme pour critiquer ses amis ou inversement accepter les critiques constructives d'un ami. 

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3ème partie : l'attitude

Les joueurs exigeants avec eux-mêmes sont bien mieux placés pour recevoir des conseils, mais aussi pour en donner. Un conseil donné par quelqu'un qui travaille constamment à s'améliorer a plus de poids que celui venant de quelqu'un qui estime n'avoir rien à prouver. Beaucoup de joueurs que j'ai rencontrés dans le milieu du e-sport ont du mal à se regarder en face, parce qu'ils ont peur que cela entame leur confiance, que de penser à leurs erreurs plutôt qu'à leurs succès étouffe leur volonté. Vous pourriez naturellement penser que cette autocritique vous fait douter plus souvent de vous, implique des prises de décision plus lentes et un niveau de performance qui s'en ressent.

Mais c'est là que nous devons en attendre plus des joueurs. C'est une lutte qu'ils doivent mener s'ils veulent réussir en tant que joueur pro. Ils ne jouent plus au jeu seulement pour le plaisir, ils représentent une marque et vivent le rêve de nombre de leurs fans. La volonté de se dépasser doit faire partie intégrante de tout ceux qui veulent sérieusement entrer dans la compétition. 

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« Soyez votre critique le plus dur, mais aussi votre plus grand fan » : c'est le meilleur conseil que je peux donner aux joueurs pro actuels et aux jeunes joueurs souhaitant atteindre ce niveau.

Prenez moi, par exemple : naturellement situé au bas du tableau, je reçois beaucoup de critiques, certaines fondées et d'autres moins. Mais presque toutes sont liées à des points auxquels je réfléchis quand je fais mon autocritique. Et la plupart du temps, je suis plus dur avec moi-même que les commentaires que je reçois sur les réseaux sociaux. Cette exigence de soi me permet de lire ces commentaires objectivement, et de les évaluer la tête froide. En même temps, vous devez posséder une foi inébranlable en vos propres compétences : personne ne sait ce qui paiera à court terme, alors ne laissez pas le présent affecter votre vision à moyen/long terme.

Pour finir, transformez l'échec en motivation. Tout le monde aime gagner : l'ivresse de la victoire est une des sensations les plus fortes que nous vivons, mais vous devez aussi apprendre de vos défaites. Pratiquez l'autocritique, comprenez vos erreurs et utilisez ces connaissances pour vous guider vers l'avenir et sur la voie de l'excellence.

J’ai détesté chaque minute de mes entraînements, mais je me suis toujours répété de ne jamais abandonner. Souffre maintenant et vis le reste de ta vie en champion.

Mohammed Ali