Jump to Main ContentJump to Primary Navigation
mondiaux

L'incroyable Mondial 2018 de l'Europe : récits oraux

Alors que le Mondial 2019 approche à grands pas, nous revisitons l'édition de l'année dernière dans laquelle l'Europe a montré au reste du monde qu'il fallait compter sur elle.

2018 a changé la donne. L'Europe n'est plus l'outsider courageux, capable de tenir tête à la Chine et la Corée quand les étoiles sont alignées. En 2018, Fnatic a affronté Invictus Gaming durant la finale du Mondial, faisant de l'Europe un prétendant sérieux. 

« J'étais certain que nous allions remporter la finale, » dit Gabriel « Bwipo » Rau de Fnatic. « Je connais la qualité de mes équipiers, c'était plus une question d'arriver à leur faire comprendre que si on jouait comme on sait le faire, nous allions gagner. Le Mondial n'est pas une compétition à laquelle tout le monde peut participer. C'est un privilège d'y participer, et je voulais le remporter parce que je n'aurais peut-être pas d'autres occasions de le faire. Je me disais : « On peut gagner le Mondial », et j'étais tout proche de convaincre mon équipe que c'était réalisable. Même la veille de la finale, nous étions tous confiants. Puis la finale est arrivée, et c'était la fin du rêve, juste comme ça. »

Toute l'Europe était convaincue que Fnatic avait une chance de remporter la finale jusqu'au dernier jour. Fnatic a effectué un bon parcours dans les phases de groupes et à élimination directe, ne perdant que quelques parties contre des adversaires coriaces. 

Fnatic était dans le groupe D, aux côtés d'Invictus Gaming, 100 Thieves et G-Rex. Bwipo appelait ce groupe « le groupe de la mort » à cause de la présence d'iG et de Fnatic. Les deux autres équipes n'avaient aucune chance de sortir du groupe. Et c'est exactement ce qui est arrivé, iG et Fnatic ont terminé avec un record de 5-1, échangeant une défaite l'une avec l'autre. Fnatic était même devant grâce au tie-break.

Fnatic passe la phase de groupes avec facilité

Fnatic passe la phase de groupes avec facilité

« C'était très important, » nous dit Bwipo. « En plus d'être dans un bracket plus simple pour la seconde phase, nous avons pu éviter des équipes comme KT ou RNG. Ne pas être dans le même bracket que nos némésis était très important pour nous. »  

De leurs côtés, G2 Esports et Vitality, les deux autres équipes européennes, ont rencontré des difficultés. Vitality s'est retrouvée dans le même groupe que les favoris du tournoi, RNG, et les champions en titre, Gen.G. Contre toute attente, Vitality a réussi à vaincre ces deux équipes, mais contre l'équipe nord-américaine de Cloud9, les choses ont été bien différentes. Même si le parcours de Vitality s'est arrêté avec la phase de groupe, l'équipe peut garder la tête haute.

La phase de groupe n'était pas le début du Mondial pour G2. L'équipe est passée par les qualifications, certains disent que c'était un mal pour un bien. 

« D'une certaine manière, nous étions heureux de passer par les qualifications. Rétrospectivement, nous nous sommes beaucoup améliorés grâce à ça. »

Martin ‘Wunder’ Hansen

« D'une certaine manière, nous étions heureux de passer par les qualifications, » dit Martin « Wunder » Hansen. « Rétrospectivement, nous nous sommes beaucoup améliorés grâce à ça. On pouvait rapidement dire si certaines choses que nous voulions faire allaient fonctionner ou non. Si nous avions commencé directement par la phase de groupes, cela aurait été beaucoup plus difficile. Et notre parcours se serait probablement arrêté avec la phase de groupes. »

Vitality s'est bien débrouillée, mais ça n'a pas été suffisant pour sortir de la phase de groupes

Vitality s'est bien débrouillée, mais ça n'a pas été suffisant pour sortir de la phase de groupes

G2 a terminé avec un record de 3-3 dans un groupe composé d'Afreeca Freecs, Flash Wolves et Phong Vũ Buffalo. L'équipe a ensuite dû gagner un tie-break contre FW pour passer à la phase suivante. La semaine de G2 a eu des hauts et des bas, mais l'équipe a fait ce qu'il fallait.

« Je me souviens que nous avons eu plusieurs drafts douteux, » dit Wunder. « À chaque fois que nous étions sur scène, j'avais soit un très bon feeling et la victoire suivait, soit un très mauvais feeling et la partie était perdue. »

Lors du tie-break contre FW, les joueurs de G2 ont été surpris que leur ancien ADC Peter « Hjarnan » Freyschuss puisse sélectionner Heimerdinger. 

« Dès le draft, j'avais l'impression que ça allait être une victoire facile, nous nous sentions très à l'aise durant l'échauffement et avec nos sélections. C'était juste une partie comme ça, nous n'étions pas stressés du tout. Nous savions qu'ils étaient assez faibles contre notre style de jeu. Ils ont surtout gagné leurs parties précédentes via la voie du bas avec Kai'Sa. Cela aurait sûrement été différent si nous avions dû affronter Afreeca et ses solistes dangereux. »

Deux équipes européennes se sont donc qualifiées pour la phase suivante, mais elles se sont retrouvées contre des adversaires coriaces en quarts de finale. Fnatic s'est retrouvée face à Edward Gaming, et les choses semblaient mal engagées après avoir perdu la première partie. 

À cette époque, Paul « sOAZ » Boyer était toujours dans l'équipe, si Bwipo perdait une partie, il était remplacé pour la suivante. Toutefois, cette partie contre EDG a été perdue très rapidement, après une invasion tardive manquée qui a entièrement déraillé le plan de jeu de Fnatic. L'équipe décida donc de ne pas remplacer Bwipo et celui-ci répondit avec des parties très solides, aidant son équipe à remporter trois victoires de suite et une place en demi.

« Cette série était vraiment plus serrée que les gens pensent, » dit Bwipo. « Ils ont lâché toutes les parties que nous avons jouées. Quand je repense au Mondial 2018, je me souviens juste que si nous prenions du retard, ça n'avait pas d'importance, nous allions forcer un combat et le remporter. Je n'ai pas très bien joué durant cette série, j'étais juste de la chair à canon. J'encaissai autant de dégâts que possible tout en forçant l'utilisation de compétences. Je me souviens qu'ils se sont jetés sur moi dans la rivière et que nous avons remporté ce combat et à partir de là, nous avons dominé la partie. »

G2 a vaincu RNG, mais est tombée contre Invictus Gaming

G2 a vaincu RNG, mais est tombée contre Invictus Gaming

De l'autre côté du bracket, G2 affrontait un adversaire encore plus féroce. Tout le monde s'attendait à ce que RNG, guidé par Jian « Uzi » Zi-Hao, aille très loin dans le tournoi. Mais finalement, RNG a été stoppée en quarts de finale par G2, dans une série très intéressante à suivre.  

« La situation était délicate, car nous avons perdu la première partie, puis gagné la seconde, puis perdu la troisième, » se souvient Wunder. « La tactique de RNG se résumait à utiliser Shen sur la voie du haut et des tanks sur la voie du milieu et de laisser Uzi carry, Uzi a vraiment très bien joué durant cette série. Il a vraiment fait mal dans certaines parties. »

« Mais la méta du Mondial 2018 se composait surtout de solistes puissants, comme Akali, Irelia, Aatrox ou Urgot, c'était difficile pour lui de carry contre toutes nos sélections. Avec une méta différente, ils auraient sûrement gagné la série 3-0. »

G2 est revenue dans la série et durant la cinquième partie, c'est Luka « Perkz » Perković qui a porté G2 vers une place en demi, terminant avec 11/0/4 sur LeBlanc. Malheureusement, G2 allait rencontrer Invictus Gaming.

« iG était la meilleure équipe du Mondial, aucun doute là-dessus, » dit Wunder. « Ils jouaient de la même manière que nous, mais ils étaient simplement meilleurs. Cela aurait quand même pu être plus serré. Ils ont fait d'excellentes sélections contre lesquelles nous n'étions pas bien préparés, nous n'avons pas réussi à nous adapter non plus. La troisième partie est la seule partie dont nous pouvons tirer quelque chose. Nous avions une avance de 2000 environ, mais nous avons lâché la partie. »

Fnatic a dominé Cloud9 en demi

Fnatic a dominé Cloud9 en demi

Au final, G2 a perdu les trois parties, les espoirs de l'Europe reposaient à présent entièrement sur les épaules de Fnatic, qui affrontait Cloud9.

« La série contre C9 a démontré ce qui se passait lorsque nous prenions l'avantage rapidement, » se souvient Bwipo. « Nous étions en retard dans toutes les autres parties du Mondial, mais nous les avons remportées parce que nous sommes très bons durant les escarmouches. Une fois que nous avons pris l'avantage, l'adversaire ne pouvait simplement plus jouer. »

C'était une série à sens unique, Martin « Rekkles » Larsson n'a été éliminé que deux fois en trois parties. Mads « Broxah » Brock-Pedersen a bien joué dans la jungle et la domination de Fnatic a donné des espoirs aux fans européens pour la finale. Malheureusement, c'est ici que le rêve de Bwipo et de toute une région s'est arrêté.

Invictus Gaming met fin aux espoirs de l'Europe

Invictus Gaming met fin aux espoirs de l'Europe

« Plus de gens nous observent et encore plus croient en nous. Si nous perdons, nous allons décevoir beaucoup de fans. »

Martin ‘Wunder’ Hansen

« Ce n'était pas notre jour, » dit Bwipo, se souvenant de la défaite rapide, trois parties à zéro, contre iG en finale. « Nous n'avons pas suivi notre préparation, nous avons très mal joué et nos sélections n'étaient pas bonnes. Les raisons de cette mauvaise performance sont nombreuses. 

Mais au moins, nous sommes arrivés jusqu'au bout, » Il continue. « Nous avons prouvé que nous faisons partie du top. J'ai prouvé, au monde et à moi-même, que je méritais ma place ici. C'est quelque chose que je me disais il y a six ans déjà, lorsque je voulais devenir le meilleur. Je regardais ces joueurs pros, comme Lee « Faker » Sang-hyeok, et je me suis demandé si j'arriverais à faire la même chose, c'est ce qui a rendu cette expérience vraiment intéressante. C'est pour ça que je voulais atteindre le sommet, et faire comme ces joueurs qui ont repoussé les limites. Je voulais faire partie de cette catégorie de joueurs. »

Même si la grande finale représente la fin du parcours de Fnatic, ce n'était qu'un début pour l'Europe. Cette année, G2 semble capable de porter les espoirs de la région entière.

« Plus de gens nous observent et encore plus croient en nous, » dit Wunder. « Si nous perdons, nous allons décevoir beaucoup de fans. J'espère que ce Mondial sera le bon. Après tout, nous avons gagné le MSI, non ? Je veux gagner le Mondial, bien entendu, et je pense que c'est possible. Je pense que c'est la meilleure chance que l'Europe ait jamais eue. »