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ACTUALITÉ

Trois générations de midlaners EU

Sur la voie du milieu, Jensen, Perkz et Caps représentent différents types de talents européens, et leur réussite pourrait avoir des conséquences sur la manière dont nous évaluons le talent à l'avenir.

Au début de League of Legends, l'Europe était la région des midlaners. Henrik « Froggen » Hansen, Alexey « Alex Ich » Ichetovkin et Enrique « xPeke » Cedeño Martínez se sont fait connaître en 2012 quand la compétition internationale était sur le point d'exploser. L'Europe a toujours eu les meilleurs midlaners, même quand la Corée avait les meilleurs toplaners et junglers, quand les ADCs chinois commençaient à se faire connaître, et même quand Hong « Madlife » Min-gi a changé la vision que l'on avait du support.

Froggen, Alex Ich et xPeke ont tous les trois mené leurs équipes vers les plus hauts sommets des gros tournois de la deuxième saison. CLG EU et Moscow 5 étaient toutes les deux des équipes favorites du Championnat du monde de la saison 2. L'équipe coréenne d'Azubu Frost était également très forte, mais les commentateurs ne se demandaient pas si Froggen ou Alex Ich avaient le niveau pour affronter Jung « RapidStar » Min-sung d'Azubu Frost, la question était : « Quel midlaner européen est le meilleur mid du monde ? »

En 2013, l'apparition de Lee « Faker » Sang-hyeok a tout changé. La domination totale de SKT Telecom T1 lors du Championnat du monde 2013 n'a laissé aucun doute. Faker était le meilleur midlaner et le meilleur joueur de League of Legends, et il est resté à ce niveau pendant plusieurs années.

Faker a tout changé, jusqu'à cette année. SKT ne s'est pas qualifiée pour le Mondial, elle ne s'est même pas qualifiée pour les playoffs des LCK, et les représentants des LCK du tournoi n'ont pas dépassé les quarts de finale. Tout s'est effondré, et le titre de « meilleur joueur » n'appartenait plus à la même région. Trois midlaners originaires d'Europe ont émergé pour de nouveau faire partie des meilleurs.

Durant l'heure de gloire de Faker, l'idée était qu'il ne représentait pas seulement SKT, mais plutôt toute la Corée. Il n'était pas seul, la Corée possédait les meilleurs midlaners disponibles. En étudiant de plus près les midlaners présents lors des demi-finales de cette année, nous voyons que même si Faker était le meilleur, la Corée n'est pas la région qui possède le plus de midlaners talentueux.

Faker

Lors des demi-finales du Championnat du monde 2018, des représentants de trois générations de midlaners européens ont dominé la Faille de l'invocateur. Nicolaj « Jensen » Jensen, Luka « Perkz » Perkovic et Rasmus « Caps » Winther ont prouvé que les midlaners européens ont toujours eu ce qu'il fallait pour atteindre le sommet.

L'histoire de Jensen est un peu compliquée étant donné qu'il a passé plusieurs années sans faire partie des LCS. Le règne d'xPeke, Froggen et Alex Ich sur la voie du milieu arrivant à sa fin, d'autres prétendants européens sont apparus. Erlend « Nukeduck » Våtevik Holm de Sinners Never Sleep (qui deviendra Lemondogs), Søren « Bjergsen » Bjerg des Copenhagen Wolves, et un autre joueur connu alors sous le nom d'Incarnati0n faisaient tous partie de la génération suivante de midlaners européens.

Nukeduck et Incarnati0n se sont souvent affrontés en file solo, et ils se sont fait connaître pour leur maîtrise des champions assassins. Nukeduck, Bjergsen et Incarnati0n jouent toujours dans les LCS aujourd'hui, mais Incarnati0n n'a pas pu faire ses débuts la même année que les deux autres. Il a dû attendre à cause d'un bannissement allant de février 2013 à mai 2015. Mais sa réputation était telle qu'il a rejoint Cloud9 quelques jours seulement après la fin de son bannissement en remplaçant Hai « Hai » Du Lam. Il se fait appeler « Jensen » depuis ce jour.

Ses débuts n'ont pas été faciles. Lors d'une des épopées incroyables de Cloud9 du fin fond du classement régional au Championnat du monde, il a beaucoup appris de Hai en ce qui concerne les voies latérales grâce au retour de ce dernier en tant que jungler. Néanmoins, Jensen a pu tester ses compétences sur la scène internationale pour la première fois en 2015 : la seule année où C9 n'a pas dépassé la phase de groupes.

Malgré cette performance modeste, Jensen a affronté de talentueux midlaners, et il a répondu présent. Il a dû faire face à Fabian « Febiven » Diepstraten de Fnatic, un midlaner européen qui admirait Nukeduck et qui provient de la génération qui a suivi la sienne, à Rookie et à Liu « Westdoor » Shu-wei d'ahq e-Sport (connu plus pour son jeu d'équipe que pour sa forte phase de laning, malgré de bons résultats avec Fizz et Twisted Fate). Cloud9 était à égalité avec chaque équipe de son groupe, mais elle a perdu le match décisif contre ahq permettant de se qualifier pour les quarts de finale.

Jensen

Depuis 2015, Jensen a eu deux fois l'opportunité de se mesurer à Faker. Le score cumulé de Cloud9 contre l'équipe des SKT de Faker est de 0-4, mais Jensen a fait bonne impression contre tous les autres midlaners qu'il a affrontés. En 2016, à part Faker, aucun midlaner n'a pu rivaliser avec Jensen, même Lee « Crown » Min-ho et Huang « Maple » Yi-Tang. En 2017, il a surpassé Lee « Scout » Ye-chan et il a pris sa revanche contre Westdoor avant de jouer un Bo5 sanglant contre Su « xiye » Han-wei.

Cette année, après une phase de qualifications moyenne, Jensen s'en est extrêmement bien sorti contre Crown et Li « Xiaohu » Yuan-hao. Il n'a eu du mal que contre l'étalon italien, Daniele « Jiizuke » di Mauro. Il a été flamboyant durant la première partie contre Lee « Kuro » Seo-haeng des Afreeca Freecs, ce qui a permis à Cloud9 de réaliser le seul 3-0 des quarts de finale.

La progression fulgurante de Jensen vient du fait qu'il a changé son style de jeu axé sur le duel qu'il utilisait quand il se faisait appeler Incarnati0n pour devenir un joueur solide qui gère la pression et qui joue avec son jungler. Le plus grand changement que Jensen a apporté à son jeu cette année est le fait qu'il se déplace sur la carte en profitant de la fenêtre d'opportunité qu'il a quand il effectue son premier retour à la base avant son adversaire. Il a soutenu les deux junglers de Cloud9 en s'adaptant au style imprévisible de Robert « Blaber » Huang et en offrant des ouvertures à Dennis « Svenskeren » Johnsen. Jensen semble au mieux de sa forme quand il joue agressivement et qu'il crée des opportunités pour que son jungler prenne l'avantage afin d'aider les autres voies à avoir le dessus.

La flexibilité est ce qui rend le midlaner de cette deuxième génération plus mature que les autres midlaners des demi-finales, mais la couronne du meilleur à ce poste revient sans aucun doute à Perkz : l'enfant du milieu.

Jensen s'inscrit dans la lignée des trois premiers midlaners de génie. Il a commencé en même temps que Nukeduck et Bjergsen, et il a atteint son point culminant durant la montée en puissance de Febiven en 2015. Perkz, le joueur de G2 Esports, fait partie de la génération de midlaners qui suivit celle de Jensen, Nukeduck et Febiven, après le changement provoqué par l'arrivée de Faker. Il n'est pas arrivé durant une période où l'on cherchait un successeur à Froggen ou Alex Ich.

Perkz

Perkz n'a hérité de rien. Il a dû tout prendre par lui-même.

Tous les joueurs n'étant pas coréens se sentaient inférieurs, et il devait prouver qu'il avait ce qu'il fallait pour rivaliser avec les plus grands. Certains talents européens étaient acclamés, mais il y avait toujours un doute. Ils n'avaient pas eu l'opportunité de jouer contre Faker durant l'année, donc comment savoir s'ils étaient vraiment les meilleurs.

Les joueurs tels que Heo « PawN » Won-seok, Shin « Coco » Jin-yeong et Kuro ont toujours été mis en avant, car ils arrivaient à tenir tête à Faker, même sans participer à des évènements internationaux. Malgré les bonnes performances d'Alex Ich, Froggen, xPeke, Febiven, Jensen et Bjergsen, les midlaners européens n'ont jamais eu le bénéfice du doute.

Durant son premier tournoi international, Perkz a choqué tout le monde en disant que les midlaners européens pouvaient tenir tête à leurs équivalents asiatiques. La communauté internationale l'attendait au tournant, et malheureusement pour Perkz, ses débuts sur la scène internationale ne lui ont pas rendu service.

Loin de devenir un débutant de renom et de marcher sur les traces de Nukeduck, Jensen ou Febiven, l'aventure au MSI de Perkz s'est terminée par un score de 2-8, et il s'est effondré contre Choi « huhi » Jae-hyun de Counter-Logic Gaming lors du Mondial 2016. Certains détracteurs du joueur ont été très créatifs pour célébrer ses échecs.

Mais peu importe l'origine des faiblesses de Perkz, il s'est racheté grâce à son ascension à la fin du MSI de 2017. À force de s'affronter aux différents MSI et lors du Championnat du monde IEM 2017, G2 Esports et Flash Wolves sont devenus des rivaux internationaux non officiels. Jensen était souvent confronté à Westdoor d'ahq, Perkz, lui, a avoué que le roi de la voie du milieu des LMS lui avait beaucoup appris.

Rookie

« Durant l'IEM, Maple m'a appris l'importance des contres et à quel point cela était utile de pousser sur sa voie, etc. » a déclaré Perkz en 2017. « En Europe, je peux m'en sortir en jouant Jayce contre Syndra. Je prends facilement l'ascendant sur ma voie. Mais lui, il ne fait que pousser au milieu, ça m'a ouvert les yeux. »

Pour Perkz, la différence entre lui et une personne comme Maple n'était pas le talent ou la force en duel. Avoir un impact sur la carte et aider son équipe, voilà ce qui comptait le plus. Lors du Mondial 2018, cela s'est vu dans la cinquième partie contre Royal Never Give Up.

Quand Jian « Uzi » Zi-hao s'est un peu trop avancé pour pousser sur une tourelle, la LeBlanc de Perkz est apparue pour le punir. Quand G2 Esports devait naviguer dans le brouillard de guerre afin de récupérer de l'or ou pour trouver Uzi seul, c'est Perkz qui a saisi l'opportunité. Même après la défaite contre Rookie, Perkz est toujours le meilleur midlaner des demi-finales avec 27,6 % des dégâts de l'équipe à son actif.

Perkz a même eu des éclats de génie lors de ses défaites face à Rookie pendant la demi-finale. Dans les deux premières parties contre Rookie, il s'en est mieux sorti que les autres midlaners alors qu'il avait un champion désavantagé. Dans la troisième partie, une fois la voie du milieu sécurisée, Perkz a eu juste assez de mana pour lancer Chemin glacial, Cercle de givre et Éclat de glace afin d'aider son jungler, Marcin « Jankos » Jankowski, à récupérer deux éliminations et lancer un effet boule de neige pour G2. Perkz a utilisé au mieux les outils dont il disposait, et ce, même durant les derniers moments de son équipe dans le Mondial.

Mais les sorties de Jensen et Perkz laissent le champ libre au dernier représentant européen de la voie du milieu. Pour le moment, le tournoi n'a pas été une partie de plaisir pour Caps. Malgré de grandes attentes pour ce Mondial étant donné ses performances lors du MSI, ce sont ses coéquipiers qui ont mené Fnatic jusqu'en demi-finale. Au contraire des midlaners de Cloud9 et G2 Esports, il n'a pas été à la hauteur.

Jiizuke

Cependant, contre Jensen, Caps a fait preuve d'un talent qu'il n'avait pas encore montré dans ce Mondial. Même désavantagé, son duo avec Mads « Broxah » Brock-Pedersen a surclassé Jensen et Svenskeren. Caps est passé d'un déficit de 304 PO en moyenne dans le tournoi à la dixième minute de jeu à un avantage de 107 PO contre Jensen en demi-finale. Il a également reçu deux fois d'affilée le titre de Meilleur joueur de la partie.

La victoire de Caps contre Jensen représente le moment où le midlaner occidental le plus attendu a enfin réalisé une bonne performance face à un midlaner d'élite du Championnat du monde. Malgré ses prouesses en combat d'équipes, les échecs de Caps contre Rookie et Scout nous font dire que Fnatic a gagné malgré lui, plutôt que grâce à lui. Il a échoué trois fois face à Rookie, même quand son champion était censé avoir l'avantage.

Avec Jensen et Perkz hors du tournoi, c'est le moment pour Caps de se racheter. Jensen est issu d'une période durant laquelle les midlaners européens comme Froggen, Alex Ich et xPeke étaient considérés comme étant les meilleurs par défaut. Perkz a échoué lors de la phase de groupes pendant deux ans avant d'enfin montrer que les midlaners européens pouvaient égaler les géants coréens.

Caps et Jiizuke de Team Vitality (qui va sûrement encore nous éblouir au vu de ses performances lors de la phase de groupes de 2018) représentent une troisième ère. Une ère dans laquelle seules les performances dans la Faille comptent pour déterminer un classement.

UNE ÈRE DANS LAQUELLE L'EUROPE EST, ET SERA TOUJOURS, UN SÉRIEUX PRÉTENDANT.