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ACTUALITÉ

Assassin, une profession en danger ?

Qu'elle est loin, l’heure de gloire des assassins ! En des temps immémoriaux, se baladaient gaiement sur la Faille des champions capables de vous faire disparaître de la carte en un instant, suscitant admiration du public et frustration des carrys AD. Mais depuis le mois d’août dernier, cette catégorie controversée de héros n’apparaît plus ou presque au sein des cinq ligues majeures… La faute à quoi, la faute à qui ? Essayons de comprendre ce qui a poussé Zed, Fizz et autres Talon sur la touche.

Saison 5 : 180 bannissements, 106 sélections. Saison 7 : 105 bannissements, 67 sélections. Saison 8…
0 bannissement, 0 sélection. Seigneur parmi les assassins, Zed a subi un destin illustrant parfaitement le mal qui frappe la voie du milieu depuis l’été 2017. Absent du très haut niveau compétitif depuis huit mois, le Maître des Ombres se console toutefois en file classée Solo, où les personnages ayant la faculté de démolir une partie « tout seuls » sont favorisés. Pour comprendre le désamour des joueurs professionnels envers nos amis assassins, commençons par définir cette classe.

Au fait, c’est quoi, un assassin ?

Intuitivement, les amateurs de la voie du bas et des personnages fragiles ont une image assez claire de cette catégorie de champions. Une mobilité frustrante, des dégâts aberrants, et une fâcheuse tendance à se concentrer presque exclusivement sur une même cible tout au long d’une partie. En général, il s’agit de héros que l’on retrouve sur la voie du milieu, ou dans la jungle pour certains d’entre eux. Il existe bien sûr de nombreuses sous-catégories d’assassins : dégâts physiques ou magiques, capables ou non de s’échapper d’une situation délicate, à l’aise pour repousser les vagues de sbires…

LeBlanc_Prestigieuse

Malgré la modification de son panel de sorts, la popularité de LeBlanc sur la scène compétitive est restée stable. Un profil bénéficiant d'une versatilité inhabituelle chez les assassins.

Ce dernier point est en réalité très important, puisqu’il conditionne grandement la construction d’une composition d’équipe. Nous reviendrons plus tard sur les métas favorables aux assassins, mais remarquons tout de même que certains champions répondant à nos critères sont toujours choisis périodiquement par les pros : c’est notamment le cas de Kassadin et LeBlanc, qui disposent tous deux d’arguments suffisants pour se faire une place au milieu des mages à longue portée qui dominent la voie du milieu depuis de longues semaines. 

Pour achever ce préambule, il est important de noter l’ambigüité de certains héros, qui semblent appartenir à plusieurs catégories. Syndra est pratiquement en mesure d’éliminer une cible avec un seul sort, mais la résumer à son ultime reviendrait à largement sous-estimer ses capacités de contrôle et de dégâts continus. La même réflexion peut être appliquée à Veigar, dont l’Explosion primordiale est une arme redoutée de tous, mais que le passif transforme progressivement en mitraillette. Zoé pourrait elle aussi être sujette à débat, tout comme Ahri ou même Lissandra, qui peuvent adopter différents styles de jeu. 

Pourquoi une telle disparition ?

Comme nous le disions plus haut, la capacité d’un héros à repousser les sbires sur la voie du milieu et à obtenir la priorité face à son adversaire est un élément important, et encore plus lorsqu’il s’agit de la colonne vertébrale de la Faille. Il y a quelque temps, les assassins pouvaient accepter de souffrir durant le début de partie face à la pression de mages à longue portée (Orianna ou Azir, par exemple), puisque le potentiel de kill compensait par la suite ces premières minutes délicates. Désormais, la situation est plus compliquée, en partie à cause du Héraut de la Faille ; couplé aux dégâts naturellement infligés à la tourelle extérieure par le mage ayant repoussé notre assassin pendant de longues minutes, il peut assurer la récupération de ladite tour très tôt dans le match. Les possibilités de décalage de l’assassin s’en voient encore réduites, et il est généralement difficile de reprendre le contrôle.

Nukeduck_EULCS_2018_Spring_W9

Durant la saison 3, Nukeduck était réputé pour sa maîtrise des assassins tels que Fizz. Aujourd'hui, même lui ne s'autorise plus ce genre d'originalités.

Ce schéma de jeu correspond aux faiblesses historiquement rencontrées par cette catégorie de champions, même si elles étaient moins exacerbées par le passé. Un tel déroulement conduit en général les équipes à repositionner leur assassin sur une sidelane, le plus souvent sur la voie du bas, pour permettre au duo ADC-support de reprendre les choses en main au mid et de contenir les poussées adverses. Évidemment, cette stratégie est bien plus efficace si l’assassin a pu récupérer quelques kills ; la personne choisie pour lui faire face reste alors sous le coup d’une agression rapide et mortelle, et doit généralement concéder petit à petit du terrain. Pour compenser cela, les équipes pouvaient tenter de profiter de l’absence de téléportation sur le midlaner adverse pour forcer des affrontements en 5 contre 4, au risque de perdre des objectifs sur la voie du bas ; le nombre de tours récupérées par le splitpush déterminant la réussite de ce choix.

Outre le fait que les parties suivaient presque toujours le même déroulement – un point souvent relevé par les commentateurs et analystes pour justifier qu’une méta avec de nombreux tanks et mages à contrôle, propice aux combats d’équipe, est plus agréable pour les spectateurs – d’autres changements sont venus déranger les assassins de manière significative. Pour les objets, Chronomètre ou Lithoplastron de Gargouille ; pour les runes, Grimoire Déchaîné pour s’emparer d’une Fatigue sans se pénaliser pour la suite de la partie... Autant de facteurs réduisant grandement le danger représenté par les assassins. Réduire leur potentiel d'élimination revenant naturellement à nier leur plus grande force, c’est peut-être ce dernier point qui explique le plus clairement la disparition quasi-totale de ce type de héros au niveau professionnel. Cela est d’autant plus vrai dans le cas de Zed ou Fizz, qui peuvent voir une grosse partie de leur burst annulée par le Chronomètre – ou le Lithoplastron s’ils tentent de venir à bout d’un tank en 1v1 – et permet de comprendre pourquoi des assassins plus « DPS » (note : Dégâts Par Seconde, autrement dit, les dégâts sur la durée), comme Kassadin, ou pouvant répéter des cycles d’agressions fréquemment, comme LeBlanc, ont pu survivre à ces changements.

Réhabiliter les assassins, une nécessité ?

La question, bien sûr, reste de savoir si les assassins doivent être remis au goût du jour. Pour certains, ils sont indispensables à la diversité de la scène compétitive, au même titre que n’importe quel champion. Pour d’autres, ils ne peuvent être équilibrés, et le nombre restreint de stratégies qu’ils offrent au plus haut niveau est nocif pour une audience friande de combats d’équipes. Toutefois, il est bon de rappeler que l'une des actions les plus spectaculaires de l'histoire du jeu, que personne n'a oubliée presque 5 ans après, était un certain duel de Zed...

L’histoire nous fournit plusieurs exemples de métas où les assassins étaient plebisicités. Lors des championnats du monde 2013 et 2014, les six personnages les plus joués au mid rentraient tous dans cette catégorie, exception faite de Orianna, valeur sûre depuis de longues années. Inversement, lors de la dernière édition, les trois « vrais » assassins les plus joués furent Kassadin, LeBlanc et Fizz, avec 4 apparitions chacun, et une dixième place au classement des midlaners les plus vus. 

Un équilibre est-il alors impossible à trouver ? Idéalement, les assassins seraient viables dans certaines situations, inutilisables dans d'autres cas, mais les stratégies permettant de les employer ne devraient pas être infiniment plus difficiles à mettre en place que les plans de jeu « standards » d’une méta. Cela dépend donc aussi de la puissance relative des objectifs de la carte. Il est actuellement très difficile de résister à la pression d’un buff Nashor, encore plus lorsque le waveclear (note : capacité à repousser les vagues de sbires) vient à manquer. Par conséquent, échanger un Baron contre deux tours ne sera presque jamais un bon échange, ce qui rend le splitpush rarement pertinent ; pire encore, un assassin devant affronter un buff Nashor verra son utilité réduite à néant pendant 3 minutes 30.

Lors des championnats du monde de la saison 5, la voie du milieu avait été dominée par des mages à contrôle, mais la plupart des assassins du jeu avaient eu l’occasion de s’illustrer – sans doute trop peu, mais cet exemple peut constituer un point de départ pour identifier les raisons d’un équilibre relatif entre les types de champions jouables au mid. Réfléchir à une nouvelle organisation de la carte et de ses objectifs pourrait bien être la solution pour que Zed, Fizz ou Ahri puissent de nouveau fouler régulièrement la Faille de l’invocateur. 

 

Et vous, quel est votre avis sur un éventuel retour des assassins ? Quels champions aimeriez-vous voir revenir au niveau compétitif ?