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mondiaux

Championnat du monde : la délégation coréenne fait peau neuve

Après une année 2018 extrêmement décevante, ponctuée par un échec retentissant lors de « son » Championnat du monde, la Corée abordait cette saison avec le devoir de se réinventer et de reprendre sa place au sommet du monde. Malgré un échec en demi-finale du MSI, SKT ayant été terrassée par G2, les représentants des LCK ont de bonnes raisons d'espérer le meilleur pour leur octobre européen, même avec un statut d'outsider. Que pouvons-nous attendre des trois équipes qualifiées des LCK lors du Championnat du monde ?

KT Rolster, championne estivale ; Gen.G, championne du monde en titre ; Afreeca Freecs, incarnation de la créativité au jeu plus dynamique que ses consœurs. Le trio représentant la Corée en 2018 était particulièrement effrayant, et la déception fût à la hauteur des attentes, aucune des trois équipes n'ayant franchi le cap des quarts de finale. Cette année, la délégation coréenne a complété sa mue. SKT fera son retour, forte de deux nouveaux titres régionaux et assoiffée de revanche après de longs mois de tourmente et l'affront subi face à G2 en mai ; Griffin, météore passé par deux fois à une victoire de la qualification l'an passé, et deux fois dauphin de SKT en 2019 ; Damwon, qui a dominé l'été coréen avant de couler en Playoffs, puis de valider malgré tout son ticket au forceps face à Kingzone. Chacune de ces équipes disposent d'atouts différents, mais aussi de faiblesses problématiques face à l'agressivité systématique des Chinois et des leaders européens.

SK Telecom T1, victorieuse sans impressionner

Classée 7ème lors du segment estival 2018 et privée de Playoffs, SKT a depuis profondément changé. À défaut d'être redevenue le rouleau compresseur voué à remporter le titre ultime sans frémir, cette itération de l'équipe évolue parfois avec un panache inhabituel pour ceux la suivant depuis des années. Longtemps habituée aux junglers lents et presque toujours au service de Faker, l'écurie la plus titrée du monde a confirmé son changement d'approche cette année à travers Clid. Meilleur joueur de son équipe tout au long de l'année et MVP des Playoffs, ce joueur méconnu en janvier s'est imposé comme l'un des junglers les plus fiables du monde, et sa situation permet rapidement de savoir si SKT se porte bien.

Faker

Salut, c'est encore moi !

En parallèle, Mata n'a pas su apporter de garanties suffisantes au cours de la saison, et s'est finalement vu supplanté par Effort lors des dernières semaines. Bien que cette mise en retrait ne soit pas surprenante sur le plan pratique, il est toujours étonnant de voir un joueur de l'acabit de Mata, par ailleurs shotcaller d'exception, ne pas figurer dans le cinq de départ SKT à l'approche des Worlds. Néanmoins, sa présence certaine en Europe – le passage d'un seul à deux remplaçants cette année pour le championnat du monde devrait aplatir tout débat – sera sans aucun doute d'une grande aide à ses coéquipiers.

Mata soulève la Coupe, mais en tant que remplaçant de luxe.

Mata soulève la Coupe, mais en tant que remplaçant de luxe.

En ce qui concerne les carrys, Teddy a été le plus stable de son équipe au cours de l'année, mais ce sont pourtant les sololaners qui devraient être au centre de l'attention lors du mois d'octobre. L'agressivité de Khan lui ayant souvent joué des tours, il sera intéressant de l'observer face à des joueurs au caractère similaire et peu susceptibles de commettre des erreurs. Quant à Faker, pas aussi intouchable qu'il y a trois ans, il aura aussi de nombreux challenges à relever face à ses ambitieux cadets.

Même si SKT a élevé son niveau de jeu entre sa fin de saison régulière assez calamiteuse et les Playoffs, sa croisière jusqu'au titre est plus aisément imputable à l'implosion psychologique de tous ses adversaires qu'à une maîtrise absolue et un plan de jeu parfaitement exécuté. En témoigne la dernière game de la demi-finale, qui a traîné pendant 27 minutes malgré un « mental boom » très clair du côté Damwon. On imagine sans mal G2 ou les équipes chinoises s'imposer en moins de 20 minutes dans des conditions similaires. Quoiqu'il en soit, l'opposition proposée à SKT n'a pas été suffisante pour en tirer de véritables conclusions quant au niveau de l'équipe. Sera-t-elle prête ? Aucun doute là-dessus. Mais a-t-elle les armes pour résister à la furia des principaux candidats au titre ? Rien n'est moins sûr...

Clid

Clid, meilleur joueur SKT cette année, saura-t-il mener son équipe vers un quatrième sacre ?

Griffin, l'inconnu pour horizon

Impossible d'aborder le cas Griffin sans évoquer le départ tout récent de cvMax. Personnalité appréciée malgré son caractère très entier, le coach de l'équipe a largement contribué à l'ascension fulgurante de ses protégés. Malheureusement, il est possible que sa mentalité de guerrier ait infligé trop de pression aux joueurs, et que cette décision, prise après trois échecs consécutifs en finale, ait pour objectif d'ôter un poids trop lourd de l'esprit de Chovy et consorts.

Griffin

Après trois échecs consécutifs en finale, Griffin a décidé de se séparer de son coach. De quoi plonger tout le monde dans la confusion...

Une statistique étonnante concernant Griffin : l'équipe s'est qualifiée pour le Championnat du monde sans remporter le moindre Bo5, au profit de deux saisons régulières parfaitement négociées. Si l'on prend en compte l'été 2018, Griffin a ainsi échoué lors de trois finales régionales consécutives, en démissionnant complètement lors des deux rencontres face à SKT. Il semble ainsi légitime de s'interroger sur la capacité de l'équipe à tenir la pression; au gré des défaites, l'insouciance des débuts se voit progressivement corrompue, et bien qu'un seul déclic puisse tout débloquer, celui-ci se fait toujours attendre.

Revenons-en à l'effectif. Depuis l'an passé et son accession aux LCK, Griffin n'a opéré qu'un changement majeur : Sword a été supplanté par Doran sur la voie du haut. Les raisons de ce choix sont claires, tant Sword a toujours ou presque favorisé les champions de type tank à capacités d'engagement, un choix difficile à justifier dans la méta actuelle. Doran est donc venu apporter un peu de tranchant aux vice-champions coréens, non sans un certain panache. Des interrogations demeurent néanmoins sur son véritable potentiel d'une part, et sur sa capacité à soutenir la pression d'autre part. La finale face à SKT a envoyé des signaux peu rassurants sur ces points...

Chovy

Après plus d'un an à porter le titre de rookie exceptionnel, Chovy va devoir confirmer son statut sur la scène internationale.

Déjà présentés comme les futurs meilleurs joueurs du monde à leur poste, Tarzan et Chovy ont quelque peu souffert et cette fin d'été. Le premier, réputé pour son contrôle de la jungle et sa capacité à peser sur toutes les voies, a traversé certaines parties tel un fantôme. Le second, toujours impressionnant en lane, a eu beaucoup de mal à trouver sa place en milieu et fin de partie. Dans un groupe A où ils affronteront de sérieux clients (Caps et Jankos chez G2, Sven et Nisqy chez C9), les deux rookies superstars de l'année 2018 vont devoir franchir un cap et s'imposer sur la scène internationale. 

Damwon Gaming

Si Griffin est complètement passée à travers sa finale estivale, les précédents adversaires de SKT avaient eu aussi brillé par leur incroyable effondrement. En demi-finale, c'est Damwon, certainement l'équipe la plus intéressante et dynamique du segment, qui avait perdu le fil de son jeu, avant d'offrir une prestation grotesque en game 3. Déjà réputé pour sa fragilité psychologique, Nuguri a cristallisé toutes ces inquiétudes pour jeter sur Damwon le voile d'une équipe incapable de contrôler ses nerfs... avant la finale régionale face à Kingzone DragonX. Dans un contexte qui semblait largement favorable à Deft et ses coéquipiers, Showmaker et les siens ont trouvé les ressources pour ne pas craquer après avoir saboté une game 2 quasiment gagnée, puis subi un retour à 2-2. Cette victoire tendue, ainsi que la possibilité de se lancer dans la compétition lors des Play-ins, devraient grandement aider Damwon, que certains voient toujours comme le meilleur espoir de la Corée cette automne, malgré un troisième seed.

Showmaker

Showmaker est prêt à montrer les muscles.

Peu connu hors du Pays du Matin Calme, Canyon a été élu MVP de la saison avec 1000 points. Avec un éventail de champions très large, une grande intelligence dans le choix de ses routes, et une agressivité souvent bénéfique à ses laners. Sans aller jusqu'à le qualifier de version améliorée de Tarzan, Canyon réussit pour l'instant là où ce dernier a échoué, et affiche cette année une constance en se faisant légitimement le pivot de l'équipe. Même si les paillettes seront sans doute réservées à Nuguri ou Showmaker, c'est bien du côté de la jungle des Damwon qu'il faudra garder un oeil attentif tout au long de la compétition. 

L'an dernier, la Corée avait échoué à prévoir le changement radical de méta qui était sur le point de s'opérer. Force est de constater que des progrès ont eu lieu au cours de cette année 2019, mais la LCK souffre toujours lourdement de la comparaison avec la violence sans nom de la LPL, ou l'agressivité de G2 et Fnatic. De ce point de vue, Damwon semble être l'équipe la mieux armée pour tenir tête au reste du monde : plus proactive et décisive que ses consoeurs, elle ne souffre pas du manque de confiance de Griffin, qui nous a elle aussi habitués aux débuts de partie tranchants et aux combats d'équipes négociés avec brio. Avec deux sololaners talentueux capables de prendre une partie en main, et d'une voie du bas fiable malgré les positionnements parfois suspects de Nuclear, Damwon offre un bon compromis entre la rigueur coréenne et les nouveaux codes de la méta « rugby » des douze derniers mois. 

Damwon

Damwon en pleine discussion avant le match face à Kingzone.

La Corée sera-t-elle capable de reconquérir son trône ? La Chine et l'Europe partent certes avec un peu d'avance, mais nous n'aurons cesse de le répéter, enterrer prématurément la région ayant dirigé la planète LoL pendant 6 ans d'une main de fer serait une lourde erreur. La possibilité d'un échec total n'est pas à exclure, mais ces trois équipes bourrées de talent pourraient bien donner des sueurs froides à tous les fans européens. 


Croyez-vous en la Corée cette année ? Lequel de ses représentants voyez-vous aller le plus loin dans la compétition ?