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Guide de jeu

Champions « OP » : un dilemme insoluble ?

C’est bien connu, certains personnages sont parfois forts. Vraiment, vraiment forts. Souvent, il suffit de lire les notes de patch pour repérer un éventuel champion « OP » (abréviation pour overpowered, i.e. surpuissant), et à la première victoire dudit champion en partie compétitive, la communauté s’embrase et demande la suppression pure et simple de cette anomalie. Eh pourtant ! Certaines équipes, téméraires ou parfois inconscientes, jouent aux apprenties sorcières et tentent d’élaborer des stratégies pour vaincre l’invincible. Comment procèdent-elles ?

Il est important de souligner le risque encouru par les équipes qui choisissent sciemment d’affronter un champion proclamé « OP ». Il y a bien sûr la possibilité douloureuse de perdre la partie, que ce soit sur une erreur stratégique ou en ayant malencontreusement offert 5 kills à l’ennemi public numéro 1 avant les 10 minutes de jeu. Mais la défaite est simplement une étape pour progresser ; là où les équipes jouent gros, c’est face à l'impitoyable communauté qui aura vite fait de taxer le coach de clown si le choix de laisser un OP disponible ne s’avère pas payant. En témoignent les nombreux memes « Ban Swain », sur le sujet qui nous servira de fil conducteur aujourd’hui, le Grand général noxien.

Rationaliser le problème

C’est une étape indispensable, et délicate. La plupart des structures, après quelques tests rapides, parviennent à identifier les héros pouvant s’avérer très problématiques sur un patch spécifique. Il est bien sûr possible de bannir le champion de façon permanente, mais cette stratégie visant à aplatir le sujet dès le départ n’est pas la plus intéressante, bien qu’elle soit justifiée dans certains cas – par exemple, un héros dont le caractère OP est plutôt lié à un « bug » voué à être corrigé très vite.

Alistar

Alistar lorsqu'on lui a annoncé la désactivation de son combo avec la Brillance. Avec 100% de présence aux championnats du monde 2014, cela était attendu. Une défaite toutefois pour la vachette lors du tournoi. Le match ? Dark Passage contre Samsung White...

Une fois que les équipes ont choisi de travailler avec et contre le champion, il faut s’attacher à identifier les faiblesses du personnage. Le champion parfait n’existant – fort heureusement – pas, une analyse minutieuse permet de dégager les situations dans lesquelles un OP pourrait se retrouver en difficulté. Il faut ensuite parvenir à créer ces situations, et donc concevoir des compositions d’équipe intelligentes ; de la même manière, cette étude permet de se préparer plus sereinement à sélectionner le héros en première rotation sans craindre la réponse adverse.

Cela étant dit, il faut rappeler un principe formulé par Aaron Nimzovitch (ou le peu connu Karl Eisenbach, si vous êtes moins romantique) : « La menace est plus forte que l’exécution ». Quel rapport me direz-vous ? C’est simple : lorsqu’un champion est sélectionné durant la première rotation de draft, il est plus aisé de construire une équipe pour le contrôler. S’il n’est pas immédiatement choisi, il faut choisir entre élaborer une composition spécifiquement pour le contrer, en risquant bien sûr que l’équipe adverse le laisse sur la touche, ou bien suivre une approche plus générique, au risque de se retrouver face au démon sans avoir sécurisé les outils pour en venir à bout.

Kassadin_xPeke_Worlds_2013_Quarterfinals

Il y a encore plus longtemps, en saison 3, Kassadin était banni à quasiment chaque match. Sur cette partie, les Cloud9 l'avaient laissé disponible. La conclusion est laissée au lecteur.

Par conséquent, la réalité de la Faille peut vite transformer une approche méthodique en poker menteur sous haute tension. Imaginez la situation suivante. Une équipe est prête à jouer un champion OP, elle choisit donc le côté bleu ; son adversaire est prêt à l’affronter, et se satisfait donc du côté rouge. Quel que soit le résultat de la première partie, la suite du match sera difficile à gérer : la stratégie mise en place pour contrer le héros a-t-elle fonctionné ? Aurait-elle pu fonctionner ? Faut-il abandonner le champion OP à la première défaite ? Faut-il changer de côté de la carte, abandonner le champion OP au côté rouge, ou bien simplement le bannir, quitte à ce que cela passe pour un aveu d’échec ? Ce genre de schémas peut tout autant survenir dans une méta normale, mais la présence d’une arme de destruction massive en théorie facile à utiliser rend la partie d’échecs encore plus frustrante.

Le cas de Swain : miser sur le waveclear et la pression globale

Revenons à notre cher Swain. Avec un sort de contrôle redoutable, des dégâts colossaux et une capacité à survivre défiant la raison, il a été fortement prisé durant les play-offs de la saison régulière, notamment en Europe et en Corée. Deux matches méritent une attention particulière : la demi-finale entre Fnatic et Vitality d’une part, le quart de finale entre SKT Telecom et KT Rolster d’autre part. Penchons-nous sur ces deux rencontres.

Dans la première opposition, après une partie remportée par Fnatic (qui avait banni Swain du côté rouge), l'homme aux corbeaux a été laissé disponible par Vitality trois fois de suite, et Fnatic, côté bleu durant ces trois manches, l’a systématiquement sélectionné lors de la première rotation. La stratégie de la structure française pour venir à bout du général noxien ? Trois éléments : Taliyah sur la voie du milieu pour obtenir la priorité mid (une meilleure force de push, et une capacité à aider les autres lanes sans que Swain ne puisse intervenir), un match-up positif sur la toplane (avec Camille notamment), et Tahm Kench, pour protéger les cibles piégées. Une volonté concrétisée lors de la troisième manche, durant laquelle Rasmus « Caps » n’a pu s’exprimer, mais insuffisante pour Vitality, qui finira par s’incliner au terme d’une game 4 compliquée pour la Taliyah de Daniele « Jiizuke » di Mauro. Ci-dessous, le tournant de la deuxième partie.

Malgré une préparation intelligente, Vitality a donc péché dans la mise en œuvre sur une majorité des parties. Pire encore, la troisième game n’a pas suffi à faire douter Caps, qui n’a pas hésité à reprendre Swain lors de la quatrième manche. 

Partons maintenant en LCK. Pour le premier match officiel des play-offs coréens, KT Rolster a laissé l’opportunité à SK Telecom T1 de s’emparer de Swain. Malgré une prestation convaincante de Park « Thal » Kwon-hyuk  sur la toplane, les triples champions du monde ont choisi lors des deux manches suivantes de repositionner Swain au mid. Un choix sanctionné lourdement, même si le héros se trouvait dans les mains de Lee « Faker » Sang-hyeok : avec Azir puis Taliyah, Son « Ucal » Woo-hyeon a infligé une pression colossale à son illustre aîné, bien aidé il est vrai par la leçon de jungle dispensée par Go « Score » Dong-bin à un Kang « Blank » Sun-gu en déroute. La Tristana de Bae « Bang » Jun-sik s’est avérée insuffisante pour tenir la botlane, et KT a réussi à contrôler toute la carte. Ucal et les siens ont ainsi profité de la faible présence globale de Swain, et d'un Faker mal à l'aise, lui dont la mobilité est souvent indispensable à son équipe. Pour terminer le match, c’est même Ucal qui s’est emparé de Maître Corbeau, accompagné d’un Shen (pour compenser ce défaut de mobilité), et d’un Score omniprésent avec son Gragas ; KT a ainsi démontré sa domination totale en phase de draft, d’abord en gérant tranquillement le Swain adverse, puis en organisant une composition efficace autour de ce pick.

Kai'Sa

Kai'Sa sera sans doute l'un des enjeux majeurs du MSI. Qu'en feront les meilleures équipes du monde ?

Quelles conclusions tirer de ces deux affrontements ? Deux stratégies similaires pour des résultats différents, avec, toutefois, au moins une défaite de Swain dans chacune de ces rencontres. Il est donc indispensable de concevoir un plan si vous souhaitez affronter un « OP » (en espérant avoir démontré que cette qualification est inexacte), mais la réalité de la Faille vous rattrape bien vite si l’exécution en jeu n’est pas suffisante. Fnatic et KT Rolster ont mieux négocié les moments clés de leur match, que ce soit pour définitivement enterrer le Swain adverse, ou pour mettre le leur dans les bonnes conditions afin qu'il puisse déployer tout son potentiel. Ces deux matches ont permis de confirmer que le général noxien est bien un champion extrêmement fort, mais qu'il existe des solutions pour le défaire : la différence, c'est que le coût d’une erreur face à lui est plus élevé qu’avec d’autres héros. Dernier point amusant à souligner, l’équipe qui termine avec Swain l’emporte ; que ce soit après avoir convaincu l'adversaire de l'abandonner, ou bien en ne cédant pas face à des stratégies visant à déstabiliser le pick.

Nous avons pu voir lors de la demi-finale de LPL entre RNG et Invictus Gaming, un Swain banni 5 fois. Un autre personnage, lui aussi très fort, a mobilisé l’attention : Kai’Sa. L’ADC tendance du moment, déjà considérée comme « beaucoup trop puissante », n’affiche pourtant pas des statistiques délirantes : 22 victoires pour 15 défaites dans les 5 ligues majeures. Si elle dispose de qualités indéniables, il sera très intéressant de voir comment les meilleures équipes du monde traiteront le problème lors du Mid Season Invitational. D’ici là… « B_N KA_’S_ » !