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ACTUALITÉ

Supportrices et supporters des LCK : le culte des champions

Bienvenue au pays de l’esport, à la Mecque des gamers, sur les terres de Faker, de King-Zone et des LCK. Dans “Un été en Corée”, nous partons chaque semaine à la découverte des hommes, des lieux et des équipes qui font de la Corée du Sud la nation hégémonique de League of Legends et le terreau des meilleurs invocateurs de la planète. Pour ce second épisode, plongée dans les habitudes et la culture des supporters et supportrices coréens, à la découverte de leur relation particulière aux stars de League of Legends.

La première chose qui frappe le visiteur peu habitué aux arènes d'esport coréennes n'est ni les panneaux géants à l’entrée annonçant les rencontres du jour, ni les fréquentes distributions de poulet frit des différents sponsors des équipes. Non, la vraie surprise, le détail qui caractérise les LCK par rapport aux compétitions occidentales, c'est la féminisation du public. Dans les travées des studios, les femmes disputent à parts égales, voire dépassent le nombre d'hommes venus soutenir leurs équipes préférées. Bien loin des standards des événements européens ou américains, où assister à des compétitions de jeu vidéo reste avant tout une activité masculine.

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Les King-Zone, défaits, filent têtes baissées vers la sortie malgré la ferveur des supporters.

« Je pense que les femmes coréennes jouent beaucoup plus aux jeux vidéo qu'ailleurs, c'est donc normal de les retrouver ici en plus grand nombre qu'en Europe », avance Kang-dae, un jeune garçon de 23 ans en jean et t-shirt troué qui grille une cigarette en attendant le prochain match. « Ma grande sœur joue aussi à League of Legends, c'est même elle qui m'a appris à jouer lorsque j'ai commencé ! » s'amuse le jeune ingénieur informatique. Tout juste majeur, Kang-dae avait profité d'un voyage en France avec sa famille, en 2014, pour assister au tournoi All Stars, au Zénith de Paris. « C'est vrai qu'il y avait surtout des hommes dans la salle. Mais l'ambiance était incroyable, le public hurlait à chaque action. Les cris était simplement plus... masculins ! » s’esclaffe-t-il en s'évertuant à effectuer des vocalises au ton grave tout en roulant des épaules.

Car dans les studios où se disputent les LCK, les voix de femmes monopolisent largement l'ambiance sonore. Des célèbres « fighting ! » lancés en début de partie aux réactions du public lors des plus belles actions des joueurs, difficile de ne pas noter la différence avec un stade de football. Loin du cliché des femmes asiatiques timides et réservées, les supportrices coréennes s'avèrent expansives, joviales et enthousiastes tout au long des parties. « Il y a une dizaine d'années, les femmes coréennes étaient beaucoup moins à l'aise lorsqu'elles étaient filmées. Elles se cachaient le visage et redoutaient les plans de caméra sur le public. Mais je pense que notre génération a l'habitude des réseaux sociaux et d'être constamment observé », explique Dambi, 27 ans et fan invétérée de KT Rolster.

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Les Afreeca Freecs prennent de longue minutes pour rencontrer leurs fans et signer des autographes

Cette doctorante - « Gold 3 en ranked queue même si je regarde des streams bien plus que je ne joue » - ne loupe aucun match de son équipe préférée. « Que ce soit ici, au studio de Gangnam, ou depuis chez moi, c'est comme un rituel. Je ne loupe aucun match de KT Rolster et si c'est le cas, je ne consulte aucun site d'actu jusqu'à ce que j'ai pu regarder la VOD », raconte-t-elle. Dans son cabas en toile, elle a préparé des cadeaux pour son joueur préféré, KT Deft. Pour l'AD carry, deux saucisses industrielles en bâton dont les coréens raffolent, une barre chocolatée d'une célèbre marque occidentale et une bouteille de café glacé. Ces offrandes sont à apprécier dans leur contexte. Dans la culture coréenne, offrir de la nourriture à ses amis ou ses proches est fréquent. « Je prépare aussi à chaque fois deux lettres. Une pour le féliciter de sa victoire et de ses parties s'il gagne, et une autre pour lui remonter le moral et le rassurer s'il perd », précise Dambi. Dès que les équipes sortent du studio après leur match (ce jour-ci, KT a battu 2-0 les Generation Gaming), Dambi abandonne la conversation pour se ruer sur les joueurs et faire la queue afin de rencontrer une fois de plus son idole.

C'est la tradition aux LCK : après chaque rencontre, l'équipe gagnante se présente aux fans, en ligne, et prend quelques minutes pour recevoir leurs dons et échanger quelques mots avec eux. A l'instar des files d'attente devant les stations de bus ou dans les magasins coréens, les supporters font la queue calmement et attendent leur tour sagement pour échanger quelques mots et prendre un selfie avec les champions du jour. Ces derniers repartent en groupe les mains chargées de présents, le plus souvent à pied où en voiture. Pour les soutiens de l'équipe déchue, il faudra attendre la prochaine victoire de leur team préférée : rares sont les joueurs défaits à se présenter au public, s’éclipsant plutôt discrètement hors de l'arène. Il est donc fréquent d'observer, après un match, une horde de fans déçus, les bras pleins de babioles qui ne trouveront pas preneur.

 
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A peine sorti, SKT Faker est assailli par les fans venus lui offrir nourritures et lettres de soutien

Il est une équipe qui soulève les foules comme personne, qui rassemble plus de supporters que n'importe quelle autre. SKT Telecom crée l'émoi dans le public à chaque apparition. Les studios des LCK ne sont jamais aussi remplis qu'un jour de match de l'équipe triple championne du monde. Des urnes sont même placées à l'entrée pour recueillir les messages et panneaux qui leur sont destinés.

So-jeong, Yujin et Nayeon sont toutes trois venues ensemble assister à la Telecom War, l'un des matchs les plus attendus de la saison entre SK Telecom et KT Rolster, les deux équipes sponsorisées par les plus grandes compagnies d'abonnement téléphonique du pays. Pour ce Classico esportif, l'enceinte de SpoTV est complète bien avant le début des parties. Un événement que les trois jeunes filles n'auraient manqué pour rien au monde. « Je ne peux pas venir souvent car j'habite loin de Séoul », raconte So-jeong. « J'ai fait quatre heures de train pour assister au match et pour enfin voir SKT Bang, mon joueur préféré ». C'est la première fois que l'étudiante fait le déplacement, profitant du temps libre offert par les vacances d'été pour venir soutenir son joueur préféré. « J'ai acheté une jolie tasse pour SKT Bang. J'espère que SKT va gagner, sinon je risque de ne pas pouvoir le rencontrer » redoute-t-elle. Yujin, elle, tient contre sa poitrine un livre de poésie choisi tout spécialement pour le plus célèbre des joueurs de League of Legends, SKT Faker. « Je n'ai découvert les LCK qu'il y a un mois, au début du Summer Split. Depuis, je ne loupe aucune partie pour apprendre comment fonctionne le jeu. C'est la première fois que je viens assister à un match ! » s'extasie-t-elle avant de s'engouffrer dans les escaliers menant au studio.

 
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L'urne spécialement destinée aux messages de soutiens à SKT Telecom.

Après un match indécis, SKT l'emporte 2-1 contre son éternel rival, devant une salle électrique et bourrée à craquer. Dès le second Nexus des KT Rolster tombé, la plupart des spectateurs se précipite hors du studio pour venir s'amasser à sa sortie, prêt à accueillir les stars tant attendues. Les parapluies sont dégainés de concert pour se protéger du crachin qui s'abat avec intermittence depuis plusieurs heures. Après un bref passage au micro des commentateurs et devant les journalistes, SK Telecom se présente... sans Faker. Les fans se rabattent sur les autres protagonistes de l'équipe, qui se retrouvent vite encerclés. Après quelques minutes, ils montent dans un van aux vitres teintées qui reste à l'arrêt. Puis, celui considéré comme le plus grand joueur que League of Legends ait connu fait son apparition. Ses bras sont vite débordés de cadeaux et certains fans n'ont pas même le temps de tenter de lui refourguer leurs offrandes que SKT Faker s'engouffre déjà dans le véhicule qui disparaît dans Gangnam.

 
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Yujin est venue spécialement pour SKT Faker et lui remettre un recueil du poète sud-coréen Ryu Shiva

La scène n'aura pas duré beaucoup plus d'une minute. Suffisant néanmoins pour ravir les trois filles : « C'était super, j'ai pu lui donner mon livre de poésie et il m'a assuré qu'il le lirait », se réjouit Yujin. Même bonheur chez Nayeon, alors que l'adrénaline et l'excitation ne sont pas encore retombées : « C'est normal qu'il ne reste pas longtemps, il y a beaucoup de monde qui l'assaillent et en plus, il pleut. Mais c'est déjà super qu'il prenne le temps de nous rencontrer ». Alors que cette saison, SKT connaît de grandes difficultés, étant loin d'être assuré de participer aux play-offs et voyant s'éloigner chaque semaine un peu plus une participation aux Worlds, en octobre, pas sûr qu'il y ait encore beaucoup d'occasions d'approcher, comme il est surnommé ici, « l’invincible roi démon » Faker. Les SKT à peine partis que se pressent déjà les spectateurs pour le match suivant. Les trois filles, elles, se dirigent vers la station de métro. Elles se retrouveront pour les play-offs : « Impossible d’imaginer une phase finale sans SKT », s’accordent-elles à pronostiquer. « Quoi qu’il arrive, ils resteront nos préférés. Ce n’est pas une question de résultat. C’est une question de fidélité ».