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ACTUALITÉ

Les Dieux de la Faille, épisode 3 : Bjergsen

Cet été, à travers notre série « Dieux de la Faille », nous proposons un portrait de joueurs professionnels ayant marqué League of Legends. Après Uzi et Faker, voici celui de Bjergsen, le légendaire Midlaner danois.

Si 2013 fut l’année où le monde a découvert Faker et Uzi, elle est également celle où une autre superstar de la scène League of Legends s’est révélée durant la Saison 3 : Søren « Bjergsen » Bjerg. Le Midlaner danois est très certainement l’un des talents bruts les plus impressionnants de ces cinq dernières années. Malgré une vie scolaire difficile, voire douloureuse, Bjergsen a réussi à convertir cette expérience en une brillante carrière au sein de la ligue nord-américaine. Bien qu’il n’ait pour le moment pas obtenu le succès à l’international qu’il désirait, le jeune prodige a transformé son image initiale d’une personne introvertie à celle un leader au sein de Team SoloMid, mais également dans sa région.

UNE ECHAPPATOIRE NECESSAIRE

Si certains pays semblent prédisposés à produire des talents à une position, la voie du milieu trouve sans aucun doute son origine au Danemark. Le petit pays européen a en effet réussi à former en quelques années, certains des meilleurs joueurs du monde sur la voie du milieu avec Froggen, Jensen, Caps, Sencux et Bjergsen. Or en 2012, lorsque Bjergsen s'engage dans une carrière de joueur professionnel, le chemin n’avait pas encore était totalement tracé par Froggen. Le jeune joueur voulait simplement « fuir ses démons », fuir un environnement qui lui était hostile quand, adolescent il vivait dans une petite bourgade perdue au Danemark. Pris régulièrement à partie par des élèves et par des professeurs, Bjergsen développe une défiance envers le système éducatif. Replié sur lui-même, l’adolescent se plonge alors dans l’univers des jeux vidéo, un exutoire qui lui permet de retrouver une forme de sérénité.

 
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Bjergsen durant le MSI 2015

Dès 15 ans, il s’illustre au niveau amateur tant sur la scène européenne qu’en soloQ, évoluant notamment aux côtés du futur entraîneur YamatoCannon chez Western Wolves, puis dans l’organisation française Team-LDLC. Il aborde alors le pseudonyme de « XL Bjergsen », reprenant son nom de famille pour ajouter le suffixe « sen », extrêmement présent parmi la population danoise qui signifie « le fils de ». Cette période est cependant très sombre pour le midlaner. Il s’isole de plus en plus du monde extérieur, choisissant de régulièrement quitter son lycée pendant plusieurs semaines, avant de retourner en classe. Agressé physiquement par certains de ses camarades, Bjergsen très réservé communique peu.

Ses parents voient alors avec une certaine réticence son choix d’arrêter totalement sa scolarité. Mais pour lui, la décision paraît évidente, et en octobre 2012, il signe chez Copenhagen Wolves malgré ses 16 ans. Bien qu’il ne puisse évoluer en LCS durant les premières semaines de cette nouvelle compétition, la formation danoise ne prend pas le risque de laisser partir ce talent brut.

Désormais, avec l'appui de ses parents, le joueur danois va se consacrer totalement à sa carrière professionnelle, même si pour lui, la transition dans le monde d’une grande organisation est difficile. Introverti et méfiant, Bjergsen communique très peu au sein de l’effectif. Il s'isole, ne fait confiance à personne, d’autant plus qu’il doit attendre d’avoir 17 ans pour participer aux LCS EU. Alors que l’adolescent commence à douter de ses capacités, la pression monte puisque les fans de Copenhagen Wolves le voient comme un sauveur après les désastreux débuts du groupe au sein de la ligue européenne… Heureusement pour lui, un autre danois va le prendre sous son aile : le vétéran Martin « Deficio » Lynge.

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Le Midlaner de TSM après sa défaite en playoffs face à Clutch Gaming.

DES DEBUTS TONITRUANTS

La présence de ce mentor au sein-même de son équipe va permettre de canaliser les émotions de Bjergsen, et tirer le meilleur de ce jeune talent. Deficio rassure le Midlaner et lui donne confiance pour réaliser ses débuts professionnels en LCS EU. Face aux Français d’aAa, le Danois s’illustre dès son tout premier match en réalisant le tout premier Pentakill de l’Histoire des LCS en mars 2013. Grâce au talent de son nouveau joueur, Copenhagen Wolves redresse la tête et réalise une excellente deuxième moitié de saison, avant de finalement vendre son effectif à l’organisation Ninjas in Pyjamas.

Bien qu’il reste avec ses équipiers, c’est un nouveau cap pour Bjergsen qui quitte l’univers d’une structure danoise, pour entrer dans une formation plus reconnue au niveau international. Cette transaction, motivée principalement par l’acquisition du talentueux Midlaner est toutefois un échec, puisque NiP est éliminé dès le premier tour des phases finales d’été, manquant ainsi les Championnats du monde de la Saison 3. Cet échec est un tournant pour Bjergsen, qui comptera beaucoup lorsqu'il va prendre sa prochaine décision.

Bien que fraîchement arrivé chez Ninjas in Pyjamas, le joueur danois est contacté par une structure déjà mythique au sein de l’univers compétitif de League of Legends : Team SoloMid. A la recherche d’un Midlaner pour le remplacer à ce poste, le fondateur et propriétaire Andy « Reginald » Dinh réalise l’un des premiers grands transferts de l’Histoire des LCS en signant Bjergsen chez TSM. Pour l’adolescent, la décision est difficile à prendre puisque ce changement implique de vivre à des milliers de kilomètres de ses parents. Motivé par l’aventure, Bjergsen finit par convaincre son père que cette opportunité est une occasion unique pour sa carrière.

A 17 ans, il devient le deuxième joueur européen (après Edward) à quitter les LCS EU et à partir en Amérique du Nord, une voie que suivront également plus tard ses compatriotes Midlaners Froggen et Jensen. Signé pour remplacer le légendaire Reginald, la pression aurait pu faire craquer le jeune danois. Bjergsen travaille alors sans compter, et adopte une hygiène de vie exemplaire, un cas à part au sein d’une région réputée pour son manque de discipline.

La suite est connue de tous : Bjergsen s’illustre dès ses premières parties au sein de Team SoloMid et s’impose comme le meilleur joueur de sa région, permettant à l’organisation californienne de participer à huit finales de suite, et de remporter le titre à cinq reprises entre 2014 et 2017. A titre individuel, Bjergsen décroche quatre titres de Meilleur joueur des LCS NA, un record pour le championnat nord-américain. En outre, TSM soulève le trophée des IEM Katowice en 2015, la dernière coupe majeure obtenue par une formation occidentale.

 

UNE IMAGE MECONNUE DU GRAND PUBLIC

Considéré comme le meilleur joueur occidental ayant évolué en Amérique du Nord, et l’un des tous meilleurs talents de la planète, le public semble s’être habitué aux prouesses du génie danois. Or depuis quelque temps, les fans pointent du doigt la fine silhouette au visage encore enfantin du Midlaner après presque chaque défaite de son organisation. Habitué à porter son équipe, ce dernier n’arrive plus à faire la différence au sein d’une scène devenue si compétitive, que l’aspect stratégie a pris le pas sur le talent individuel. A l’image de Faker, Bjergsen paraît souvent isolé au sein même de son équipe. Si certains pensent qu’il n’a pas progressé depuis plusieurs saisons, le jeune danois a néanmoins gagné en assurance et en maturité, faisant évoluer son rôle au sein de TSM, mais également dans sa région.

Il faut dire que pour les fans ayant connu les débuts professionnels de Bjergsen, son image a longtemps été celle d’un joueur assez solitaire, réservé, à des années-lumière du personnage de Reginald qui aimait tout contrôler au sein de son équipe. Pour autant, cette vision est depuis longtemps dépassée car le jeune danois a gagné en assurance et a pris suffisamment confiance en lui pour devenir avec le temps, un leader au sein de Team SoloMid. Cette transformation s’est faite durant l’année 2015 où, après être très peu intervenu dans les discussions de sa formation (tant durant les parties qu’en dehors), le Midlaner a commencé à faire entendre sa voix.

Bien qu’il partage actuellement le rôle de shotcaller (celui qui prend les décisions durant les matchs), Bjergsen est depuis quelques années le catalyseur de son équipe en dehors des rencontres : meilleure éthique de travail, assiduité durant les périodes d'entraînement, le jeune danois joue désormais le rôle de mentor autrefois occupé par son ami Deficio durant sa période chez Copenhagen Wolves. Obnubilé par la victoire, le visage du Midlaner a eu bien du mal à contenir sa peine lors des échecs successifs de son organisation durant les compétitions internationales. Car si Bjergsen a réussi son pari de participer aux Championnats du monde, le joueur danois n’aura atteint le stade des quarts de finale qu’à une seule reprise en quatre tentatives.

Une situation qui le touche au plus profond de lui, au point de devenir un élément moteur d’une meilleure éthique de travail au sein de la région toute entière. Car l'entraînement est la source du succès de Bjergsen, et une obsession de tous les instants. La SoloQ ayant été son exutoire pendant la période la plus difficile de sa vie, il y prête énormément d’attention durant la saison, ainsi que pendant les mois de pause. C’est pourquoi il a régulièrement mené le combat pour une meilleure structure d'entraînement au sein de la région NA, et ce dès 2016.

 
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Bjergsen durant la saison d'été des LCS NA 2018.

Utilisant son image auprès des fans, et sa position chez Team SoloMid, Bjergsen milite pour l’utilisation plus régulière du serveur de tournoi dans le cadre d’une SoloQ réservée aux joueurs professionnels. Une solution pour réduire les problèmes de latence, mais également pour maintenir un niveau de jeu élevé. Si pour le moment sa campagne n’a pas encore atteint son objectif, le retour du débat au sein de l’Association des joueurs (dont il fait partie) pourrait finalement lui donner raison. Si sa position de Vice-président de cet organe de représentation des joueurs en LCS NA est une preuve supplémentaire de son désir de s’investir pour le bien de ses collègues, elle révèle aussi son évolution en tant que personne.

Le Midlaner danois utilise également sa notoriété pour parler d’un sujet qui lui tient à cœur, celui de la violence à l’école. Bien qu’il ait encore du mal à en parler, Bjergsen a régulièrement évoqué ce sujet, souvent tabou pour les victimes, afin de sensibiliser à la fois ses fans mais également leurs parents à ce problème qui touche des enfants sur tous les continents.

Longtemps réservé et isolé malgré la lumière des projecteurs, le parcours singulier de Bjergsen a progressivement transformé le jeune danois en une superstar de la scène internationale de League of Legends, et en un ambassadeur de choix de la région NA. Bien que son palmarès à l’international demeure encore très limité, ses performances individuelles depuis 2013 en font une légende de la scène professionnelle. Mais si ce n’est pour son palmarès, c’est peut-être par son engagement au sein de sa région, et pour une cause noble que l’on retiendra le joueur danois parmi l’élite de la scène esport.

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