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ACTUALITÉ

Dieux de la Faille : Portrait de Faker

Cet été, à travers notre série « Dieux de la Faille », on vous parle de joueurs professionnels ayant marqué League of Legends. Après Uzi, voici Faker, le légendaire Midlaner coréen.

Les pseudonymes de certains joueurs sont synonymes d’actions légendaires, comme le backdoor de xPeke, ou le coup de pied d’InSec. Mais concernant Faker, son nom est synonyme de succès, de talent, de grandeur, de transcendance, voire d'immortalité... lorsqu'il est surnommé « The Unkillable Demon King » (un surnom hérité de sa performance lors des Worlds de la Saison 3) et même « Dieu » par certains. Unanimement considéré comme le meilleur joueur de l’histoire du jeu, Sang-hyeok « Faker » Lee a tellement dominé les premières saisons de sa carrière, qu'il y a quelques mois encore, il était difficile de lui trouver un dauphin incontestable. Alors qu'Uzi, le Carry AD chinois dont on a dressé le portrait récemment, semble être en mesure de prendre le flambeau du Midlaner coréen, il est encore loin de pouvoir égaler le légendaire parcours de son rival.

Le parcours de Faker semble tout droit tiré d’un livre d’aventures. Au départ, notre héros est un jeune prodige, inconnu du grand public qui doit prouver sa valeur au sein d’un groupe sous-évalué dans une ligue de géants de la scène professionnelle. Affrontant les meilleurs joueurs de Corée, le Midlaner se fait rapidement sa place en démontrant un talent inné et une capacité à renverser les parties. Pourtant, rien ne semblait destiner ce gamin vivant à la périphérie de Seoul, à devenir une légende de l’esport. D’une famille assez modeste, il découvre rapidement les joies du jeu vidéo lorsque ses parents lui achètent un ordinateur. Fasciné par l’univers du gaming, il débute League of Legends à l’âge de 15 ans, comme beaucoup de ses camarades de classe. Vivant dans un pays où l’esport est déjà solidement ancré, le projet de devenir un joueur professionnel commence à germer dans sa tête lorsqu’il se met à gravir les échelons des parties classées.

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Impact et Faker lors des Worlds 2013.

C’est sous le pseudonyme de « GoJeonPa » que le jeune Midlaner, grâce à ses prestations au sommet de la hiérarchie coréenne, se fait remarquer en fin d’année 2012. Inconnu du grand public, il est approché par plusieurs organisations cherchant à créer une « sister team » (« équipe sœur »), c'est-à-dire un deuxième effectif en parallèle d’un groupe évoluant déjà au sein de la ligue professionnelle coréenne. Jusqu’à 2015, le championnat local autorisait les équipes à aligner deux formations sous le même nom lors des compétitions. Ce modèle unique à cette époque, permet à GoJeonPa de rapidement faire la transition entre les parties classées et le championnat professionnel.

 

En février 2013, il signe chez SK Telecom T1, une organisation qui cherche à retrouver sur League of Legends sa gloire d’antan obtenue sur Starcraft. L’équipe prend le risque de recruter GoJeanPa qui, bien qu’il soit classé numéro 1 de la soloQ coréenne, est encore très jeune et totalement dépourvu d’expérience. Pour le Midlaner, cette décision peut paraître anodine. Or, elle nous apprend beaucoup sur lui, avant même ses débuts professionnels et le parcours extraordinaire que l'on connaît aujourd'hui : son choix de signer chez SKT démontre non seulement une envie de rapidement faire ses preuves, mais également une certaine sérénité pour son jeune âge. Car en signant son premier contrat professionnel, l’adolescent de tout juste 16 ans, met fin à ses études au lycée pour se consacrer jour et nuit à une carrière qui aurait pu être extrêmement éphémère. Il change également de pseudonyme afin d’adopter « Faker » un nom plus occidental et qui, malgré sa connotation négative, plaît au jeune joueur.

 

FAKER A LA CONQUETE DU MONDE

Chez SK Telecom, il intègre l’équipe numéro 2 de l’organisation, qui cherche à composer un effectif jeune et talentueux. Moins de deux mois après son arrivée chez SKT, l’adolescent réalise son baptême du feu en participant à la saison de printemps 2013. La suite, tout le monde la connaît : Faker obtient la première élimination de sa carrière en solo sur Ambition, alors considéré comme le meilleur Midlaner coréen (il représentera quelques semaines plus tard la ligue lors de la première édition du All-Star Game à Shanghai), grâce à un excellent combo sur Nidalee. Malgré la pression de l’évènement, Faker se montre extrêmement lucide durant cette série, et même après la victoire, son visage reste toujours concentré et fermé.

 

Cette image est souvent présentée à tort comme le moment initial où le monde a découvert Faker. Or, la réalité est un peu différente. En fait, le jeune joueur est resté durant plus d’une saison dans l’ombre d’un rival extrêmement talentueux : Dade, le capitaine de MVP Ozone. De plus, le public occidental n'a commencé vraiment à s’intéresser au joueur de SKT T1 #2 qu’après une incroyable performance face à MVP Blue deux semaines plus tard, où il écrase la partie de tout son talent avec 11 éliminations sur LeBlanc, un champion qui deviendra l’un de ses préférés par la suite.

 

Mais c’est sur une autre action que Faker est entré dans la postérité du jeu et de l’esport... Ce fameux duel Zed contre Zed en finale de la saison d’été 2013 de la ligue coréenne, qui a fait le tour du monde et qui, encore aujourd’hui, résonne dans toutes les têtes. Si certains aiment décortiquer l’action image par image, celle-ci demeure plusieurs années après, le symbole du talent unique de Faker, mais aussi de sa capacité à faire la différence dans les moments cruciaux.

 

C'est aussi cette action mondialement célèbre qui fait de Faker et de ses équipiers, les grands favoris pour le titre de champions du monde se déroulant à Los Angeles à l’automne 2013. Là, de façon presque scriptée, le jeune coréen surpasse toutes les attentes placées en lui en dominant de A à Z le tournoi. Il en profite pour s’imposer face à pléthore de joueurs qui se présenteront à de nombreuses reprises sur sa route durant sa carrière : mithy, Maple, PraY et Uzi.

Champion du monde, mais aussi meilleur joueur de la planète, Faker a atteint le sommet de la scène League of Legends en tout juste huit mois. Son faible niveau d’anglais et sa personnalité assez discrète et réservée auraient pu limiter son attrait pour le public occidental, or son profil peu démonstratif renforce un peu plus le côté mythique du prodige.

L'INSATIABLE DESIR DE VICTOIRE DE FAKER

Après ce triomphe californien, beaucoup croyaient que SK Telecom dominerait la scène mondiale durant plusieurs saisons. Or, une nouvelle méta et des tensions au sein de l’équipe ont empêché le groupe de défendre son titre mondial sur son sol. L’année 2014 fut pour Faker une période compliquée, où son talent brut ne fut pas suffisant pour faire la différence face à des équipes plus complètes et mieux organisées. Habitué à conserver un visage très fermé durant les matchs, ce dernier montre pour la première fois des signes d’impatience et ses émotions lors des moments difficiles.

Pire, alors que SKT semble revenir après sa victoire lors de la saison de printemps 2015, Faker s’incline pour la première fois sur la scène internationale, avec une défaite en cinq matchs face à EDward Gaming durant la finale du Mid-Season Invitational. Si pour une majorité de fans, il demeure le meilleur joueur de la planète, son côté invincible à l’international se fissure, d’autant qu’il partage la position avec son équipier Easyhoon. Très affecté par cet échec, Faker se remet en question. Durant l'été, il innove et change son style de jeu. Il décroche ainsi des victoires sur Irelia et Master Yi, tandis que SKT écrase la compétition, conservant son titre tout en permettant au club de retrouver les Worlds.

 
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Faker durant les Championnats du monde 2015 en Europe.

Pour Faker, les Championnats du monde 2015 ne seront pas seulement une compétition, mais une toile sur laquelle le joueur coréen va peindre son chef d’œuvre. En Europe, le Midlaner s’impose dans 11 de ses 12 matchs, balayant sur son chemin EDward Gaming ainsi que deux de ses rivaux de 2013 : mithy et PraY. Le triomphe est total et le Midlaner se permet même de sortir de sa réserve habituelle : grand sourire avant les rencontres, de plus en plus de réponses en anglais en interviews, mais également une roulade impromptue durant la cérémonie de la finale.

Cette rédemption faisant suite aux ratés des 12 derniers mois va déclencher une période d’euphorie dans le camp SKT, l’équipe remportant successivement les IEM Katowice, le MSI et les Worlds 2016, le seul triplé du genre sur LoL. Outre sa domination sans partage de la scène compétitive, l’image de Faker demeure immuable : une aura semble suivre le joueur tandis qu’aucun scandale ne vient bouleverser la perception des fans à son propos. Alors que ses coéquipiers changent, SKT continue inlassablement de gagner grâce à son Midlaner de génie qui ne se laisse pas séduire par les sirènes de la ligue chinoise.

On parle alors de Dynastie SK Telecom, on compare le joueur coréen aux plus grandes légendes du sport traditionnel, tandis que Faker devient l’un des rares professionnels de l’esport à être mis en avant dans les médias généralistes. Son nom dépasse alors le cadre de League of Legends, tandis que même les non initiés associent Faker à cette image de grandeur.

 

LA FIN D'UN REGNE ?

En 2017, rien ne semblait pouvoir arrêter la machine SKT, car en dépit des changements au sein de son effectif, Faker et les siens arrivaient toujours à trouver une façon de gagner. Malgré le retour en force de ses principaux rivaux Uzi et PraY, aucun d’entre eux n’arrive à empêcher l’armada SK Telecom d’atteindre pour la quatrième fois en cinq ans la finale des Championnats du monde.

 

Puis, comme un coup du sort, celui qui avait été la première victime de Faker devient également son premier bourreau sur la scène des Worlds : Ambition et Samsung Galaxy brisent finalement le rêve d’un quatrième titre mondial en écrasant la finale jouée à Beijing. Impuissant face à la domination de son ancien rival devenu Jungler, Faker pleure tandis que Samsung fête sa victoire. A l’image de ses actions légendaires, la scène fait le tour du monde et rappelle à tous ses fans que malgré son talent prodigieux, le génial Midlaner est humain.

 

Cette image est d’autant plus marquante que désormais SK Telecom et Faker sont dans une situation particulièrement difficile au sein de la ligue coréenne. Dominé par plusieurs formations s'étant inspirées du modèle SKT, le club est en difficulté depuis le début de l’année. Isolé au sein d’une organisation ayant du mal à se remettre en question, Faker pourrait à nouveau rater les Championnats du monde ayant lieu sur son territoire.

 
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Faker en larmes suite à sa défaite en Finale des Worlds 2017.

Une situation encore plus préoccupante depuis que l’un de ses rivaux de toujours, le génial Carry AD chinois Uzi, est sur une dynamique totalement opposée. Après avoir vécu durant près de cinq ans dans l’ombre de Faker, il s’affirme comme le favori pour remporter l’ensemble des compétitions majeures de l’année 2018. Or ce que nous avons appris du parcours de Faker, c’est de ne jamais douter du joueur coréen et de sa résilience. Bien qu’au pied du mur à quelques semaines de la fin de la saison, personne n’ose encore « mettre de côté » le légendaire Midlaner.


Même s’il ne pourra pas dominer éternellement la scène LoL, il ne fait aucun doute qu'il demeurera longtemps un symbole de l’esport mondial et une référence pour les jeunes joueurs cherchant à devenir professionnels. Et comme dans les aventures épiques, si le héros a le droit de se reposer après avoir fait preuve de bravoure, l’attachement que l’on a pour le personnage nous pousse à croire que ce dernier est toujours capable de nous faire rêver…