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Finale du Mondial : en plein cœur du Munhak Stadium

Plus qu'une compétition de très haut niveau, le Mondial est aussi une constellation d'aventures humaines. Plongée aux abords du stade et dans les tribunes pour humer un peu l'atmosphère de cette finale inédite.

Dans le métro reliant Séoul à Incheon, les visages occidentaux sont anormalement présents dans les wagons. La rame, habituellement silencieuse et d'un calme imperturbable, est agitée de conversations bruyantes. « L'ultime d'Alistar donne toujours des dégâts d'attaque ? », débattent en français un groupe d'étudiants. Ils sont en Corée du sud pour un semestre d'échange avec leur université québécoise et ont pris leurs places dès l'ouverture des ventes, « pour être sûr d'assister à la finale. Voir un match de League of Legends dans un stade de foot en Corée, c'est une occasion qui n'arrive qu'une fois dans ta vie ! », s’extasie Clément, le plus loquace de la bande dans son maillot Fnatic.

Pour les supportrices chinoises et indonésiennes entassées juste à côté, c'est une autre envie qui les a poussée à venir : « assister à un événement historique ». Les quatre fans de Invictus Gaming, drapées dans des gilets aux couleurs de la LPL, la ligue chinoise, travaillent ensemble dans une start-up de communication à Busan. Elles ont fait le déplacement pour « être témoin de l'avènement de la Chine comme nation dominante de l'e-sport. Il y a eu tellement d'argent investi ces dernières années que c'était inéluctable. Les équipes chinoises ont recruté les meilleurs Coréens disponibles, et vu le nombre de joueur en Chine, les talents locaux ont fini par émerger », expliquent-elles, sans le moindre doute sur les chances d'Invictus Gaming de l'emporter.

Aux abords du stade de Munhak, construit pour la Coupe du monde de football 2002, un bijou architectural avec ses deux grandes ouvertures latérales lui donnant des airs de Colisée, les fans chinois sont d'ailleurs présents en grand nombre. La queue devant les stands de figurines et de maillots installés autour du stade s'étirent sur plus d'une centaine de mètres. Même chose en face des food trucks qui proposent du gâteau de riz baignant dans sa sauce piquante et les inévitables hot-dog coréens, soit une saucisse entourée d'un beignet qu'on trempe dans le sucre et le ketchup. A l'intérieur, sur la pelouse, les spectateurs s'évertuent à trouver leurs places dans le dédale de sièges qui recouvrent le terrain de football. A trente minutes du début du match, des hommes déguisés s'approchent des énormes gongs entreposés autour de la scène. Ils martèlent en rythme le décompte avant la cérémonie alors que le public perd progressivement le fil, entamant les dix dernières secondes dans un brouhaha général teinté d’excitation.

 
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Sur scène, les danseuses s'installent et débutent leur chorégraphie typique des girl-bands coréens. Elles sont rejoint sur scène par les chanteuses du groupe (G)I-Dle, qui entonnent leur nouvelle chanson produite par Riot, alors que les trois écrans géants reproduisent la même chorégraphie mais cette fois effectuée par Ahri, Janna, Evelynn et Kai'Sa, dans leurs nouvelles tenues « Spotlight » sorties pour l'occasion. A la fin de leur chansons, les starlettes laissent la scène au groupe The Glitch Mob qui interprète le tube désormais célèbre « Rise », accompagné par la star du rap en Corée du Sud, Bobby du groupe iKON. Le guitariste s'amuse du playback en improvisant des solos absurdes sur son instrument alors que les enceintes continuent de jouer des accords monotones.

 

Comme le groupe précédent, ils quittent la scène après un seul morceau, au milieu des feux d'artifices qui éblouissent le ciel et couvrent la scène de fumée. Le staff s'active pour placer la coupe en évidence, au centre de la scène, avant que les deux équipes arrivent enfin face au public. Le légendaire caster Jeon Yong-jun fait les présentations dans son style toujours aussi expressif. A l'applaudimètre, le public affiche distinctement sa préférence pour Invictus Gaming. FNC Rekkles a malgré tout le droit à une ovation particulière alors qu'il tend le poing fièrement à l'appel de son nom, avant de rejoindre la cabine de son équipe.

 
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Le premier match démarre timidement. Les dix premières minutes ne sont ponctuées que de quelques escarmouches sans conséquence, jusqu'à ce que les deux junglers se décident à venir se battre sur la voie du milieu. La Camille et la Lissandra de l'équipe chinoise viennent à bout de la Irelia de FNC Caps sous le regard impuissant de FNC Broxah et de son Lee Sin. Le public exulte brièvement et s'éteint à nouveau, jusqu'à ce que la même situation se reproduise. FNC Caps concède une nouvelle mort, et Invictus Gaming installe progressivement et implacablement sa domination sur la partie. En moins de trente minutes, le Nexus des européens tombe et la Chine commence sa marche vers le trophée tant convoité. Les mines des joueurs de Fnatic sont marquées par le doute et les joueurs restent muets un long moment alors que les caméras s'attardent sur Caps et Broxah.

Alors que les spectateurs affamés se ruent vers les stands à l'extérieur, Meng, un Coréen de 24 ans venu avec son frère, ne décolèrent pas contre « cette équipe européenne qui a pris la place d'une équipe coréenne ». Il argumente : « Seuls les coréens auraient pu stopper les chinois. Vu son niveau de jeu lors de la première manche, Fnatic va perdre 3-0 et se faire humilier tout le match. Si Griffin s'était qualifié, il aurait brillé dans ce méta agressif et il aurait pu l'emporter. Mais nous allons encore une fois avoir le droit à une finale décevante et sans suspense. », peste-t-il.

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La suite va lui donner totalement raison. La seconde partie ressemble beaucoup à la première. Mais c'est cette fois FNC Bwipo, sur la voie du haut, qui se fait martyriser par le Gragas de IG Ning et un IG The Shy intenable sur Irelia. Sur un score de 22-6, dont 8 morts pour le Urgot de Bwipo, Invictus Gaming s'impose encore. La foule entonne des « I-G » en cœur, semant un peu plus le désespoir dans le cœur des fans de Fnatic qui ne peuvent que constater le désastre.

Acculé, Fnatic sort son dernier atout, son vétéran qui n'a plus joué depuis la phase de groupe : sOAZ. Le joueur français choisit lui aussi Urgot pour tenter de dominer la voie du haut. Dès la première minute, alors que les sbires n'ont pas encore démarré leur marche éternelle sur les lignes, le support chinois IG Baolan s'aventure dans la jungle adverse et se fait rattraper par la patrouille. FNC Caps récupère un premier sang sans effort et l'espoir renaît. Mais, comme à chaque fois, Invictus Gaming reprend très vite le contrôle de la partie. Ning abandonne cette fois la voie du haut pour insister sur celle du bas et abattre le Thresh de Hylissang. Il n'en fallait pas plus à la Kai'Sa de IG Jackeylove pour devenir incontrôlable et multiplier les kills, bien aidé par la maîtrise des teamfights par ses coéquipiers.

 
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La partie est loin d'être finie mais les fans l'ont bien compris : rien n'empêchera la LPL d'asseoir enfin sa domination sur League of Legends. Les supporters s'amassent contre les barrières qui protègent la coupe afin de se préparer à la sortie des joueurs. Jackeylove signe son treizième kill de la partie sur sa Kai'Sa avant de finir le Nexus. Certains fans chinois sont en pleurs alors que les joueurs se ruent vers le trophée. En une heure et demi, dans ce qui restera la finale la plus rapide de l'histoire de League of Legends, les espoirs de Fnatic ont été vite douchés. Devant leur cabine, trois supporters s’époumonent en hurlant « Fnatic ! », mais malgré leurs carrures impressionnantes et leur dévotion, aucune chance pour les joueurs déchus d'entendre ces cris d'amour. A tout juste 19 heures, le stade est vide dans la nuit d’Incheon. Charge maintenant à la Corée du Sud de préparer sa revanche, qu’elle aura l’occasion de prendre à l’AccorHotels Arena à Paris, l’année prochaine.