Jump to Main ContentJump to Primary Navigation
LCS

IgNar, support aux airs de Madlife

Dès son arrivé en Challenger Series, Dong-geun « IgNar » Lee a croulé sous les éloges de ses coéquipiers, de ses adversaires, du public et de la grande majorité des observateurs de la scène. Après avoir qualifié Misfits en LCS avec une aisance insolente, il devait confirmer au plus haut niveau et l’a fait sans trembler. Braquons les projecteurs sur ce joueur aux airs de Madlife.

Contrairement aux attentes de certains, il ne suffit pas d’incorporer un joueur de nationalité coréenne dans une équipe pour la transformer comme par magie, tout comme l’ingrédient secret de votre grand-mère ne suffit pas, seul, à transformer un gâteau au yaourt en pièce montée. C’est seulement quand il est intégré intelligemment et dans les bonnes conditions qu’il dévoile toute sa saveur et séduit discrètement les papilles de vos hôtes. Pour continuer dans la métaphore culinaire, nous pourrions énumérer tous les Coréens envoyés en Europe qui sont arrivés comme un cheveu sur la soupe et qui se sont fait manger tout cru. Si quelques-uns ont connu un succès fulgurant comme le mythique tandem Seung-hoon « Huni » Heo - Yeu-jin « Reignover » Kim au ratio de victoire le plus haut de l’histoire de la ligue, certains talents transférés comme Sang-ook « Ryu » Yoo ont connu un chemin sinueux avant d’embrasser le succès et beaucoup, comme Sang-won « Parang » Lee, n’ont jamais réussi à s’imposer comme élément fort. Il est apparu évident que sortir n’importe qui du cadre d’entraînement idyllique du pays du Matin calme n’était pas un gage suffisant de la valeur d’un joueur pour une équipe occidentale.

En mai 2016, pour se qualifier aux Challenger Series, Misfits avait fait le pari coréen, engageant un nom connu, Kim « Wisdom » Tae-wan. Une fois la place acquise, IgNar, lui totalement inconnu sur le Vieux Continent, est venu renforcer les rangs de l’équipe. Pourtant, c’est ce dernier qui a très vite fait parler de lui, jusqu’à être élu meilleur support de la saison printanière des LCS Europe 2017. Tout a commencé avec un incroyable Thresh, si précis et maîtrisé qu’entre ses mains il paraissait surpuissant alors qu’il n’était pas le champion le plus prisé au poste de support, loin de là. Son agressivité en phase de lane a donné des sueurs froides à nombre de voies du bas, tandis que ses lanternes ont sauvé la vie à ses coéquipiers à plusieurs reprises, au point que ce champion lui ait parfois été retiré par des adversaires qui s’inclinaient devant les prouesses dont il était capable. En Challenger Series, Misfits a survolé son sujet, ce qui a évidemment contribué à l’impression que donnait IgNar de survoler son sujet, faisant preuve d’une certaine insolence quand il a acheté une Proto-ceinture Hextech 01 sur Taric puis Alistar en finale des play-offs. Quel culot.

Aux côtés de son tireur, le Français Steven « Hans Sama » Liv avec lequel il est très complice, IgNar a fait l’objet de nombreux montages grâce à ses actions impressionnantes, autant en compétition qu’en partie classée. Alors qu’il n’avait pas encore disputé la moindre rencontre en LCS, son pseudo était déjà dans toutes les bouches et sur tous les tweets. Il fallait alors confirmer les attentes. Dans une ligue au niveau plus relevé et dont la saison est bien plus longue, sur de nouveaux patchs et avec deux nouveaux coéquipiers, serait-il au rendez-vous ? 

IgNar, l'exemple d'une très bonne importation

IgNar, l'exemple d'une très bonne importation

Dès la première semaine, IgNar a répondu présent. Un premier match face à des Giants qui sortaient d’une performance surprenante aux IEM Gyeonggi, pendant lequel il a été majestueux sur trois champions différents. Son entrée a été fracassante sur Thresh. Un combo Saut éclair – E suivi d’une anticipation du Saut éclair adverse pour positionner un grappin qui a offert le premier sang à son jungler sur un plateau d’argent. Après seulement 3 minutes de jeu en LCS et sans vergogne, il avait déjà fait la démonstration de son talent. Plus tard dans la partie, ce sont ses lanternes toujours placées au bon moment et au pixel près qui ont mis en exergue sa vision de jeu en combat d’équipe. Dans ce même match, on a également pu admirer un autre champion qu’il affectionne tout particulièrement, bien qu’il ne soit pas très populaire : Taric. Moins mécanique que Thresh, la difficulté principale de Taric réside dans le timing de sa compétence ultime, qui peut à la fois totalement nullifier les dégâts adverses ou être utilisée trop tôt ou trop tard et totalement gâchée. Heureusement, IgNar a toujours su anticiper les situations et presser la touche R au meilleur moment, participant amplement à la première victoire de la saison de Misfits.

Suite à ce départ sur les chapeaux de roues, Misfits a continué sa course, s’imposant comme l’une des toutes meilleures équipes d’Europe en se plaçant rapidement à la 2e place du groupe A. Pourtant, IgNar s’est fait un peu plus discret. Moins tape à l’œil, il a pourtant été l’un des principaux artisans de la réussite de son équipe. Présent dans 71% des éliminations de Misfits, soit de loin la plus haute participation de tous les supports, il est parfaitement impliqué dans le style de jeu d’un collectif qui pratique le jeu le moins meurtrier de la ligue : seulement 0,6 élimination par minute dans les parties impliquant Misfits, soit le plus bas ratio. Le jeu Misfits est particulièrement calculé et intelligent. Pour pouvoir prendre les meilleures décisions et couper l’herbe sous le pied de leurs adversaires, IgNar et ses coéquipiers ont besoin d’énormément de vision. Et ça tombe bien, avec 1,59 balises posées par minute, IgNar est le joueur qui pose le plus de balises* !

Loin d’être limité aux champions avec lesquels il s’est démarqué, IgNar s’est bien adapté aux besoins de la meta. Malzahar en tête, avec d’excellents résultats (86% de victoire), il a été le support à invoquer le plus de champions différents : 12, contre 10 au maximum pour ses homologues. Si cette différence est mince, elle est tout de même le signe d’une grande confiance et d’une certaine versatilité, toujours de bon présage venant d’un « rookie ». 

Alors oui, mécaniquement IgNar est irréprochable. C’est le minimum syndical, surtout venant d’un Coréen. Oui, IgNar a une bonne vision de jeu et est la principale source de contrôle de la vision pour son équipe, son compatriote Byung-kwon « KaKAO » Lee étant loin d’être le jungler à porter le plus d’attention à la prise de vision. Mais ce que les play-offs de ces LCS nous ont appris, c’est qu’IgNar a également un charisme insoupçonné. Face à des Splyce qui menaient 2 à 0 dans un quart de finale en 3 manches gagnantes, il a tout donné pour tenir son équipe motivée et la guider vers la victoire. Il a prouvé, en élevant la voix à en perdre l’ouïe à ses coéquipiers, qu’il n’est pas un joueur timide bloqué par la barrière de la langue. Sa maîtrise de l’anglais et sa confiance en lui sont suffisantes pour énoncer clairement les objectifs et pour guider ses alliés en combat d’équipe, annonçant les actions qu’il s’apprête à faire et les cibles sur lesquelles se focaliser. Cette capacité à mettre à profit sa bonne vision de jeu est sûrement l’un des atouts qui font la réussite de l’intégration d’IgNar dans le paysage européen.

Comme un signe, c’est avec Thresh et un superbe KDA de 0/1/18 qu’il a participé à la première victoire de la remontée fantastique de Misfits. La prochaine échéance est contre Fnatic qui a surpris tout le monde en balayant le favori H2K d’un cinglant 3–0. Autant dire que le plus dur est encore à venir, mais si l’aventure venait à s’arrêter là pour cette édition, le chemin parcouru en resterait honorable. Le jeune Coréen a encore les cartes en main et peut espérer se qualifier pour disputer sa première compétition internationale : le Mid-Season Invitational. 

*En excluant AoD qui  n’a disputé que 9 parties.

Pensez-vous IgNar capable de s’imposer dans le temps comme un grand nom au poste de support ?