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LCS

La funeste épopée d’Origen : un destin icarien

Il y a un peu plus de 2 ans naissait de la poussière une toute nouvelle structure : Origen. Aujourd’hui l’équipe est reléguée en Challenger Series au terme de la pire performance jamais vue aux LCS Europe. Entre temps, l’équipe de xPeke a pourtant réalisé l’ascension la plus rapide de l’histoire, bravant les difficultés jusqu’à atteindre le toit du monde. Retour sur cette aventure au destin tragique, qui n’a d’équivalent que la magnificence de sa réussite.

Quand le nom d’Origen est évoqué, la première image qui vient en tête est celle de son fondateur, l’iconique Enrique « xPeke » Cedeño Martínez. Protagoniste d’un sauvetage héroïque à coup de Kassadin vu des dizaines de millions de fois, il est l’une des plus grandes figures de la scène League of Legends et ce depuis ses prémices. Son image était intimement liée à celle de l’équipe Fnatic pour laquelle il jouait depuis 2011. Et pourtant, au terme de la mésaventure du Mondial 2014, xPeke a rendu clavier et souris pour lancer son propre projet : Origen.

Mot transparent, Origen signifie en français la source, l’origine. Un nom qui traduit bien la situation dans laquelle il s’engageait. En quittant Fnatic, il n’abandonnait pas seulement la place de choix qu’il occupait dans l’une des meilleures structures européennes, mais faisait également une croix sur le confort des LCS. Le pari était d’autant plus risqué que le filet de sécurité était maigre. Avant d’espérer côtoyer de nouveau les studios de Berlin, et même avant d’avoir la chance d’évoluer en Challenger Series, il fallait s’y qualifier. Un retour aux sources où il fallait à nouveau se frotter aux équipes amateurs et semi-pro dans des tournois de qualification ouverts à tous. La première étape : créer une fiche d’équipe et se hisser dans le top du classement challenger. Bref, un pari courageux, mais osé, car le moindre faux pas pouvait être fatal. L’idée germait déjà dans la jeune tête de l’Espagnol depuis un certain temps, mais l’orage ayant électrisé l’ambiance pourtant d’habitude si amicale du vestiaire Fnatic et la frustration de l’échec cruel du Mondial 2014 l’ont convaincu qu’il était temps de se jeter à l’eau.

Un cadre de vie olympien

Pour se jeter à l’eau, quoi de mieux qu’avoir la mer à ses pieds ? L’entrepreneur a pris l’expression au premier degré en installant son équipe dans une très jolie villa à Tenerife, dans les îles Canaries. Une gaming house spacieuse, équipée d’une piscine, d’un cours de tennis, de nombreux appareils de musculation, le tout dans un cadre idyllique entre palmiers, océan à perte de vue et sous un magnifique ciel bleu. Des conditions très agréables pour créer une cohésion d’équipe et permettre aux joueurs de se concentrer sur les Challenger Series auxquels ils se sont qualifiés sans encombre, bien qu’ils se soient fait une petite frayeur face aux Millenium Spirit d’Alexandre « Narkuss » Mege. Seul bémol, les joueurs étaient géographiquement isolés de tout. Mais la période des matchs en ligne ne s’étalant que sur quelques semaines, cet isolement n’était que temporaire, pourvus qu’ils réussissaient.

Proche de ses supporters, Origen a proposé de nombreux contenus pour dévoiler au public les coulisses de leurs entraînements, jusqu’à organiser une grande fête autour de la piscine avec des fans en guise de dépendaison de crémaillère.

Un capitaine qui inspire la confiance

Un Espagnol qui quitte les LCS pour fonder sa structure, c’était du déjà-vu. La comparaison avec son aîné Carlos « ocelote » Rodríguez Santiago était facile, lui qui avait quitté son équipe emblématique SK Gaming un an plus tôt pour fonder sa propre structure : Gamers2. Pourtant, l’aventure d’ocelote n’a pas été un franc succès. Contrairement à ce dernier qui a misé sur des talents potentiels de l’époque comme le Français Florent « Yuuki60 » Solar ou le Suédois Jesper « Jawow » Strandgren, xPeke a construit son cinq dans une tout autre optique.

Le sourire de l'Espagnol est sa marque de fabrique

La sourire de l'Espagnol est sa marque de fabrique

Pour viser la réussite instantanée, il a fait appel à des joueurs expérimentés, des vétérans qui pourrait rapidement s’acclimater, en commençant par son compatriote Alfonso « mithy » Aguirre Rodríguez. Support à l’époque de la fantastique saison de Lemondogs, il venait à peine de purger sa suspension pour mauvais comportement et pouvait donc reprendre la compétition. Un joueur talentueux, expérimenté, également espagnol et à la recherche d’un nouveau projet, c’était parfait. Pour officier dans la jungle, c’est Maurice « Amazing » Stückenschneider qui a été sollicité. L’Allemand venait de s’expatrier outre-Atlantique chez Team SoloMid, où il a renforcé son bagage d’un titre de champion d’Amérique du Nord et d’une expérience en quart de finale de championnats du monde et voulait retourner en Europe. C’était le timing parfait. Par la suite, Paul « sOAZ » Boyer a finalement décidé de rejoindre son coéquipier de longue date dans sa nouvelle aventure, ajoutant un poids de vétéran incomparable. Le seul profil fondamentalement différent était le carry AD. Sous les conseils de Martin « Rekkles » Larsson, xPeke a fait confiance à Jesper Svenningsen, autrefois connu sous le pseudo de Niels, désormais Zven. Jeune talent à la très maigre expérience compétitive, il avait l’avantage de jouer à un poste où les mécaniques de jeu sont le principal atout exigé et où il pourrait facilement être aiguillé par ses nouveaux coéquipiers.

Cette stratégie, dont le déploiement a été largement facilité par l’aura immense de xPeke, a très vite porté ses fruits. Qualification en Challenger Series, première place de la saison régulière avec 9 victoires pour 1 seule défaite, demi-finale remportée 2 à 1, passage explosif par la Gamers Assembly pour s’entraîner en condition réelle et victoire écrasante en finale des Challenger Series conclue par un « backdoor » de xPeke, qui signait là de sa patte. En remportant les Challenger Series, Origen et xPeke étaient automatiquement qualifiés à la saison estivale des LCS EU 2015. C’était un véritable pied de nez à ocelote dont l’équipe avait perdu le match pour la 3e place la veille, comme pour lui montrer que, comme sur la Faille de l’invocateur, il réussissait mieux que lui.

Où s’arrêtera la conquête ?

Le plus dur était fait. L’objectif avait été rempli de fort belle manière. xPeke était de retour en LCS, avec sa propre équipe. Mais Origen ne s’est pas arrêté là. Dès les premières semaines, le nouvel arrivant a trusté le top 3, sans jamais en sortir. Niels a été élu meilleur joueur de la première semaine avant d’être sacré meilleur « rookie » à l’issue de la saison. Origen a fini à la 2e place de la saison régulière, derrière la nouvelle génération des Fnatic invaincus, qu’ils ont retrouvés en finale. Quatre joueurs des Fnatic 2014 étaient alors dans la partie, deux de chaque côté, signe que cette scission avait été bénéfique pour tout le monde. Alors que Fnatic arrivait en grand favori, cumulant 21 victoires d’affilées, Origen a mis un terme à cette série dès la première manche, indiquant à l’Europe entière qu’ils étaient là pour sérieusement prétendre au titre. Le reste du match a été explosif et le suspense insoutenable jusqu’à la dernière seconde. Finalement, l’équipe de xPeke s’est inclinée 2 à 3. Leur aventure était magnifique, mais l’obstacle final trop difficile à surmonter. 

Origen au Mondial 2015, une histoire qui a fait rêver plus d'un fan

Origen au Mondial 2015, une histoire qui a fait rêver plus d'un fan

Origen devait alors se battre pour gagner sa place au Mondial 2015. Face à ROCCAT, le Némésis, les joueurs ont failli flancher, mais se sont finalement imposés avant de mettre une rouste à Unicorns of Love et de décrocher le fameux sésame. Là, le destin met Origen dans le groupe D, considéré comme le « groupe de la mort » en raison de la concentration d’équipes à très fort potentiel. Contre toute attente, Origen a réussi à s’en sortir, usant de connaissances de jeu épatantes, saupoudrées d’éclairs de génie individuels. Le tirage du quart de finale est clément, Origen balaye Flash Wolves et atteint les demi-finales. Loin d’être ridicules face à SK Telecom T1, ils montrent pourtant leurs limites et s’inclinent rapidement. Rien à regretter, ils venaient de perdre contre les futurs champions du monde presque incontestés. 

D’une traite, Origen était passé d’équipe qui n’était dans aucun circuit compétitif à un top 4 de la plus prestigieuse compétition de League of Legends. Une « success story » comme on n’en voit qu’une seule dans sa vie.

De joueur à dirigeant, la transition

À peine la compétition achevée, xPeke est passé à la deuxième étape logique : sa transition. En tant que président de sa structure, il était entendu qu’il devait trouver un moyen de réduire son temps de jeu pour consacrer du temps à ses nouvelles activités. C’est dans ce sens qu’a été recruté Tristan « PowerOfEvil » Schrage. L’objectif annoncé était que le nouveau midlaner alterne son temps de jeu avec xPeke afin que ce dernier lui prodigue des conseils et l’aide à devenir un joueur plus complet, lui qui avait déjà prouvé ses qualités individuelles chez Unicorns Of Love. La première aventure de PoE avec Origen a été couronnée de succès puisqu’ils ont remporté les IEM San José, quelques semaines après le Mondial.

À l’aube de la saison 2016, Gamers2 réussit finalement à se qualifier aux LCS, comme galvanisé par le récent succès d’Origen. Désormais connue sous le nom de G2 Esports, la structure truste la première place, tandis qu’Origen n’est plus aussi pêchu. Alors que tout le monde s’attendait à ce qu’il alterne davantage avec PowerOfEvil, xPeke sort totalement des radars. L’équipe n’est plus aussi impressionnante qu’elle ne l’était et stagne dans le ventre mou du classement. Finalement, Origen parvient à rejoindre G2 en finale, mais ces derniers s’imposent 3 à 1, ce qui permet à ocelote et sa bande de soulever la coupe au nez et à la barbe de xPeke, qui a disputé l’ultime manche, mais qui n’a pas pu être héroïque cette fois-ci.

Là, Origen connaît son premier départ de joueurs : Zven et mithy décident de rejoindre G2 Esports, la concurrence directe, autant sportive qu’historique. Un grand choc, révélateur d’un meilleur environnement de travail du côté d’ocelote, alors qu’Origen avait déjà subi les départs et critiques publiques d’employés de la structure. La période estivale montre les problèmes de gestion de l’équipe. Recruté pour pallier le départ de Zven, Konstantinos « FORG1VEN » Tzortziou quitte l’équipe en tout début de saison, dans un contexte trouble. L’équipe perd de nombreuses semaines de préparation, tandis que xPeke assure l’intérim au poste incongru de carry AD. Un remplaçant lui est finalement trouvé, mais il ne dispute que 3 rencontres avant que xPeke ne reprenne le rôle. 

Encore aujourd'hui Zven et mithy font la pluie et le beau temps sur la voie du bas

Encore aujourd'hui Zven et mithy font la pluie et le beau temps sur la voie du bas

La saison est catastrophique, Origen est relégable. L’équipe se sauve de justesse et peut espérer repartir sur des bases saines en 2017. Malheureusement, ce ne sera jamais le cas. Tous les joueurs partent. Tout est à reconstruire de zéro. Les annonces de recrutement sont tardives et les noms annoncés peinent à convaincre, comme celui de Nae-hyun « NaeHyun » Yoo, un Coréen qui n’a jamais remporté la moindre partie en LSPL, la 2e ligue chinoise. Quand la saison commence, les résultats viennent confirmer les attentes : Origen ne remporte aucune partie. Le fiasco continue quand xPeke s’essaye au 4e rôle de sa carrière : support, pour tenter de remettre son équipe à flot. Mais cette fois loin de la piscine de Tenerife, il n’y arrivera pas. Origen finit la saison avec 2 victoires pour 32 défaites et est relégué en Challenger Series.

D’équipe à structure, la transition manquée

Le goût de la défaite est amer. Nombreux sont les fans à se demander comment une telle descente aux enfers est possible. La récente pénalité de 10 000 € infligée à Origen pour des problèmes de contrats vient confirmer la mauvaise gestion de la structure, déjà traduite par les départs de joueurs et par les recrutements qui ne sont pas à la hauteur d’une équipe avec de tels résultats. Si xPeke a réussi à créer l’une des toutes meilleures équipes de l’histoire de l’Europe, il s’est brûlé les ailes sur le reste et en paie le prix aujourd’hui. Pourtant, il avait réussi à transférer sa popularité à sa structure. Très vite Origen a suscité l’intérêt des fans et les chiffres impressionnants des réseaux sociaux en témoignent : G2 Esports et H2K ont respectivement 281 000 et 51 500 abonnés sur Twitter, là où Origen en compte 638 000. Encore loin du million de Fnatic, certes, mais à un niveau incroyable considérant l’âge de la structure et le fait qu’elle ne soit développée que sur League of Legends. 

L’avenir d’Origen est incertain. Est-ce que le projet perdurera ? Ou sera-t-il abandonné prématurément ? Le choix est encore secret, mais si xPeke peut apprendre quelque chose de son aventure c’est que Rome ne s’est pas faite en un jour. Son compatriote ocelote a lui aussi connu des moments difficiles avant d’arriver à la tête de l’équipe qui règne sur l’Europe depuis un an et demi. Le plus dur dans cette situation est certainement d’avoir connu le succès avant les difficultés. Mais une chose est certaine, si Origen perdure et remonte la pente, les fans seront au rendez-vous.