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LCS

Les 10 bans donnent du caractère à la méta

À chaque partie, seuls 20 des 134 champions sont invoqués ou bannis. Les choix sont cornéliens et pourtant décisifs. Quel champion est le meilleur dans sa catégorie ? Quelle catégorie est dominante ? Comment bien assembler les catégories entre elles pour concevoir une composition équilibrée ? Qui bannir pour contrer l’équipe adverse ? Autant de questions dont les réponses évoluent au fil des patchs et des découvertes. Mais alors, où en est-on ?

Nous sommes au milieu de la saison régulière du printemps. À en croire le thermomètre, elle ne porte pas bien son nom (à moins que vous habitiez en outre-mer, petits veinards). Mais sur la Faille l’herbe est bien verte ! Pour s’assurer qu’elle le reste durablement, elle est placée une semaine en jachère, parce que déjà 76 parties ont été disputées en LCS Europe et les paysagistes ont insisté pour que la terre puisse se reposer. Et puis c’est vrai, l’une des raisons de cette trêve est surtout la tenue des IEM qui ont lieu à Katowice cette semaine. Cette pause est l’occasion idéale d’étudier comment les meilleurs invocateurs du vieux continent se sont approprié la méta et se sont adaptés à l’ajout de 4 bannissements supplémentaires.

Grosse fête sur la voie du bas !

Depuis le patch 6.15, League of Legends a profondément changé. Exit l’échange de voie en début de partie : la tourelle extérieure de la voie du bas ne bénéficie plus du bonus de fortification pendant les 5 premières minutes de jeu. Elle est donc bien plus facile à faire tomber. Si une équipe décide de la laisser sans défense et de se concentrer sur la tourelle extérieure de la voie du haut, elle tombe très rapidement et l’équipe adverse empoche le pactole de la première brique. Une situation catastrophique qui force des affrontements plus classiques.

Conséquence de ces modifications, les équipes jouent beaucoup autour de la voie du bas. C’est le lieu le plus déterminant en début de partie, d’autant plus que les dragons sont à proximité et peuvent avoir un impact très important sur la suite de la partie. Pour faire simple, il est inconcevable d’être dominé sur la voie du bas, d’être forcé à se retrancher sous sa tourelle sans jamais pouvoir répliquer, en attendant que la tempête passe. C’est pourquoi dès le début de la saison, Zyra et Malzahar, deux mages imaginés pour être joués sur la voie du milieu, ont été les supports les plus plébiscités. Durant les 2 premières semaines, ils ont été choisis ou bannis dans respectivement 94 % et 76 % des parties. Et pour cause, leurs forts dégâts de base applicables via des invocations permettent de mettre une pression inégalable, ce qui répond parfaitement aux besoins du moment.

Jeune carry AD, Hans Sama a un rôle capital au sein de Misfits

Jeune carry AD, Hans Sama a un rôle capital au sein de Misfits

En revanche, les tireurs dont le style de jeu est basé sur des échanges longs à l’attaque de base ne répondent pas à ces besoins parce qu’ils prennent du temps à devenir dangereux. Ils nécessitent au grand minimum deux objets complets (et onéreux) pour commencer à devenir une menace et encore plus pour réellement inquiéter leurs adversaires. C’est pourquoi, nous vous en parlions en détail, Varus et Jhin ont été les stars du patch 7.1. L’utilité apportée par leur kit a également joué en leur faveur. Capables d’immobiliser ou de ralentir les adversaires, ils sont particulièrement efficaces lors des combats d’équipes ou pour attraper un adversaire qui gambade. C’est la raison pour laquelle Ashe a également été très plébiscitée lors des deux premières semaines de compétition. Mais lors du patch 7.2, la létalité a été revue à la hausse. Conséquence directe, Varus et Jhin, qui profitent extrêmement bien de la pénétration d’armure, ont pu asseoir leur autorité, au détriment d’Ashe qui a subitement disparu des radars.

Troisième support en vogue sur les patchs 7.1 et 7.2, Tahm Kench, qui est l’un des seuls mêlés à avoir trouvé sa place à ce poste en début de saison. Efficace contre les tireurs du moment, car il peut délivrer un allié touché par un contrôle de foule, il est également utile à leurs côtés, car ils manquent de mobilité. En les repositionnant et en les rendant impossibles à cibler, il est leur assurance santé face aux nombreuses menaces. Mais le champion qui a refait surface pendant la 5e semaine est Braum. Choisi à 4 reprises, il a triomphé lors de toutes ses apparitions. Sa grande force est Incassable, son E, qui érige son bouclier et encaisse une compétence. Excellent contre Jhin, parfait contre Varus. Dans l’immense majorité des cas, il a été sélectionné après que l’équipe adverse ait choisi son support : une Karma ou un Tahm Kench et rarement contre une Zyra. Cette dernière et son acolyte Malzahar ont perdu du terrain à cause des nerfs qu’ils ont subis lors du patch 7.3, ce qui a facilité le retour en grande pompe de Braum, mais aussi de Karma qui a été le support le plus prisé en cette 5e semaine.

Des prédateurs et un ami de la forêt

La saison a commencé avec du Kha’Zix. Beaucoup de Kha’Zix. Du Kha’Zix dans 85 % des parties des 2 premières semaines puis dans 79 % de celles des semaines 3 et 4. Le faucheur du néant a fait régner la terreur pendant longtemps. À vrai dire, il était tout de même moins menaçant que son ennemi juré, Rengar, présent dans absolument toutes les parties, mais banni dans l’immense majorité des cas. À l’aise dans la jungle, très mobile, incomparable en duel, il peut appliquer une pression pesante sur l’équipe adverse et se sortir des situations les plus incongrues grâce à son invisibilité (qui n’est plus contrée depuis la disparition des balises de vision). De plus, comme Jhin et Varus, il profite à merveille de la létalité. Les changements apportés à la Lame spectre de Youmuu lors du patch 6.22 (davantage de vitesse de déplacement au détriment de la vitesse d’attaque) ne le dérangent pas tandis que la propriété active du nouvel objet, le Voile de la nuit, lui sied à merveille.

Les coachs comme NicoThePico ont de plus en plus de responsabilité

Les coachs comme NicoThePico ont de plus en plus de responsabilité

Pour lui faire face, Rek’Sai a été le premier choix des invocateurs des LCS EU. Cependant, devant des résultats visiblement mitigés, elle a totalement été délaissée dès la 3e semaine. Les créatures du néant ont une âme, mais personne n’y pense… Pour la remplacer, c’est Ivern qui a été extrêmement apprécié des junglers. 97 % de présence (banni ou choisi) sur le patch 7.2. L’aîné de la forêt est tout l’inverse de Kha’Zix puisqu’il est un support en puissance dont l’atout principal est son invocation : Marguerite. Véritable 6e champion, elle a assumé le rôle d’un tank, encaissant de nombreux coups de tourelle pour permettre des dives et entravant les déplacements des adversaires en combat d’équipe. Pourtant, Ivern est bien typiquement européen. Dans les autres régions, il semblerait qu’il ait été jugé trop faible, car trop vulnérable aux invasions de début de partie. Mais chez nous, tout s’est bien passé pour lui. Jusqu’au patch 7.3.

Patatras, son ultime a été nerfé : moins de résistances et fini la régénération des PV. Dans le même temps, l’insecticide a été sorti pour enrayer la surpuissance de Kha’Zix : un ratio moins élevé sur le A et moins de réduction de délai. Résultat, Lee Sin et Graves ont profité de ces modifications qui peuvent paraître minimes, mais qui ont toute leur importance au niveau professionnel pour reprendre du service. Eux aussi ont les qualités demandées : mobilité, aisance dans la jungle, capacité de duel, pression en début de partie. De plus, Graves profite également des objets de létalité et avait reçu un petit coup de pouce lors du patch 7.2. En revanche, Rengar plane toujours au sommet de la chaîne alimentaire et l’a prouvé en remportant les 3 parties dans lesquels il a été laissé libre, lui qui n’avait pas vu la lumière du jour depuis 2 semaines. Pauvre chat.

Me laisse pas solo, solo

Comme souvent, la voie du milieu est celle où l’on retrouve le plus de diversité. 21 champions différents y ont disputé au moins une partie. Malgré les nerfs qu’elle a subis sur le patch 7.1, Syndra a été très exploitée pendant les deux premières semaines. Tout comme Ryze, elle a été invoquée 14 fois et bannie à peine moins que ce dernier. Mais alors que Ryze est resté au centre des attentions jusqu’à aujourd’hui encore, Syndra a vite cédé sa place à Corki, le tireur hybride dont les excellents dégâts et la tenue de ligne exceptionnelle ont su conquérir le cœur des invocateurs. Il répond parfaitement à ce qui est demandé à un midlaner en 2017 : être autonome sans mourir en début de partie, éliminer des sbires par centaines et transformer les PO accumulées en énormes dégâts. Quant à LeBlanc, elle fait si peur qu’à l’image de Rengar, elle est constamment bannie. Et quand elle ne l’est pas, elle fait des ravages, même après son nerf du patch 7.3.

Camille, LeBlanc et Rengar, la trinité des champions présent dans toutes les parties

Camille, LeBlanc et Rengar, la trinité des champions présents dans toutes les parties

Sur la voie du haut, Maokai a peu à peu été déraciné. Il était le champion le plus joué sur le patch 7.1 puis s’est fait grignoter par Rumble et Jayce qui sont revenus à la mode. Ce dernier profite très bien du duo d’objets de létalité, ce qui en fait un dominateur hors pair, capable de vous faire disparaître en deux temps trois mouvements. Magie ! Mais le roi du moment est bien Shen. Duelliste redouté, son ultime lui permet d’apporter son soutien rapide à sa duolane, pièce centrale de l’échiquier. La boucle est bouclée. Et puis il y a Camille, l’autre membre du club très privé des « banni ou joué ».

Que faire de 10 bannissements ?

Cette saison a été instauré le système à 10 bannissements. 4 de plus que ce que l’on connaît depuis des années. Une seconde phase de ban a été ajoutée après la sélection des 6 premiers champions pour permettre aux équipes de contrer les plans de leurs adversaires. Première observation facile, le nombre de champions différents au moins joués une fois est de 76 en 76 parties (quel hasard !) tandis que l’année dernière à la même période on comptait 70 champions en 90 games. Le nombre de bannissements n’est qu’un facteur de cette évolution, mais il était important de le mentionner.

Il est difficile d’étudier correctement l’impact des 10 bans car trois champions se sont imposés comme des menaces si fortes qu’ils ont tous trois été bannis dans une immense majorité des cas par l’équipe du côté rouge, de peur que l’équipe bleue use de son privilège du premier choix pour en sélectionner un et mettre toutes les chances de son côté. On s’est souvent retrouvé dans la situation où seule l’équipe bleue pouvait prendre de vraies décisions concernant la première phase de ban. Si cette situation est fâcheuse, elle n’a tout de même pas empêché d’observer des comportements nouveaux.

Je pense que le nouveau système va aider tous les joueurs à s'améliorer, parce que vous pouvez vous retrouver dans une situation où vous devez jouer un champion avec lequel vous n'êtes pas familier. Allez-vous passer un cap ou allez-vous vaciller ? J'aime vraiment ça.

Søren « Bjergsen » Bjerg

Il est désormais possible et courant de sélectionner un champion fort à son poste puis de bannir ses plus fortes alternatives là où la seule option par le passé était de bannir les alternatives puis de sélectionner le champion voulu. La deuxième rencontre de la saison nous a offert le premier exemple. Face à Fnatic, G2 avait très bien analysé que Varus, Jhin et Ashe étaient les meilleurs choix du moment et a utilisé le nouveau système pour pousser Fnatic vers un autre champion jugé moins fort tandis qu’ils s’assuraient de verrouiller Ashe. Fnatic n’a pas vu le coup venir ou n’a tout simplement pas réussi à déterminer la valeur des tireurs aussi bien que son adversaire et n’en a pas choisi lors de la première phase de sélection des champions. Cette situation a permis à G2 de jouir d’un champion plus adapté à la méta et a contribué à la victoire des samouraïs.

Jhin et Varus étant bannis, Rekkles, à l'image en pleine réflexion, s'est réfugié sur Ezreal

Jhin et Varus étant bannis, Rekkles, à l'image en pleine réflexion, s'est réfugié sur Ezreal

Nous en parlions, la trinité des tireurs s’est par la suite scindée en un duo Varus – Jhin. L’une des raisons, outre les différents patchs, est que les équipes ont appris de ces situations délicates et ont plus souvent choisi leur carry AD durant la 1ère phase de sélection afin d’éviter de se retrouver bredouilles. Dans 63% des cas, une équipe bannit deux champions du même poste pendant la 2e phase de bannissement. Quand ça arrive, l’équipe a déjà choisi son propre champion à ce poste et cherche à retirer les meilleures options restantes pour que les adversaires doivent se contenter d’un choix moins optimal. C’est le cas d’école de cette nouvelle phase de draft !

Mais parfois, ces bannissements sont utilisés sur des champions qui n’ont jamais ou presque foulé le sol de la Faille cette saison. C’est par exemple le cas d’Urgot qui n’avait rien demandé à personne, mais qui a été victime du bannissement de Misfits face à Splyce. Swain a également été retiré à deux reprises à UoL par G2. Souhaitaient-ils contrer une éventuelle surprise détectée à l’entraînement ou voulaient-ils juste ne pas se servir de leur bannissement et ont banni un champion qui n’est pas en vogue ? Cette pratique ne serait pas nouvelle, mais a été observée plusieurs fois depuis la reprise de la saison. Quand les équipes n’ont pas du tout banni de champion, on suppose qu’elles ont manqué de temps et raté le coche, mais lorsqu’elles choisissent Urgot ou Swain pour cible, il est évident que c’est un choix. Et nous, on adore les choix ! Les invocateurs ont déjà trouvé de nouvelles stratégies à mettre en place via l’ajout de ces 4 bannissements et ce n’est que le début. En travaillant dur et en réfléchissant, nul doute que la situation va évoluer. Quand Rengar Camille et LeBlanc ne seront plus aussi terrifiants, nous devrions également voir de nouveaux mécanismesémerger pour la phase de draft

Et c'est parti pour le show 

Pour tout un tas de raisons, les invocateurs nous ont gâtés de choix assez peu conventionnels. Exit Ryze, Varus et Maokai, longue vie à…

  • Kennen, carry AD ou toplane ! Invoqué par Martin « Rekkles » Larsson qui voyait en lui une alternative aux tireurs utilitaires, il a réussi à remporter l’une des deux parties disputées. Pas sûr pour autant qu’on le revoit tenter de le jouer en ce moment étant donné qu’il est tout l’inverse des tireurs à la mode. Mais le Kennen vitesse d’attaque a également été joué en toplane par Olof « Flaxxish » Medin, sans succès, puis par Barney « Alphari » Morris qui en a fait meilleur usage contre un Maokai et qui s’est imposé dans l’art du splitpush ;
  • Illaoi a également fait quelques apparitions sur la Faille : 1 victoire pour 2 défaites mais 3 bannissements qui prouvent qu’elle a inquiété. Champion atypique, elle a su proposer du spectacle via un style de jeu particulier et des dégâts tentaculaire (vous l’avez ?). Malheureusement, maintenant que Rumble et Jayce sont très présents, difficile de l’imaginer revenir nous dire bonjour de sitôt ;
  • Draven. Pardon, DRAAAAAAAAAAAVEN. Notre Frenchy Steven « Hans Sama » Liv nous a fait l’immense honneur de dire non à Varus et de tourner la tête à Jhin pour revenir vers son chouchou. C’est beau l’amour. Et ça fait pousser des ailes, puisqu’il a remporté ses deux rencontres ;
  • Warwick a été retravaillé et le jeune talent Andrei « Xerxe » Dragomir lui a directement donné sa chance, avant que Marcin « Jankos » Jankowski ne lui emboîte le pas. Il ne s’est pas imposé comme l’un des tous meilleurs junglers mais a tout de suite réussi à montrer qu’il a du potentiel. Il est toujours agréable de voir qu’un champion oublié et tout fraîchement retravaillé trouve une place — aussi minime soit-elle — dans le jeu à très haut niveau ;
  • Camille… sur la voie du milieu ! C’est la preuve des grands, la preuve des versatiles, la preuve des peut-être un peu trop forts. Quand Camille est laissée disponible elle peut aussi prendre des vacances et voyager. C’est Rasmus « Caps » Winther qui a joué le rôle de passeur. C’est passé une fois, 13 de KDA, mais la fois d’après catastrophe et un moins beau 0/4/3. Au moins il a fait le spectacle !

Mention honorable à Nocturne jungle, Kled, à la réminiscence de Ziggs sur la voie du bas, à la tentative de Xerath, au Mordekaiser mid de Chres « Sencux » Laursen qui a séché une Katarina ainsi qu’à Tristan « PowerOfEvil » Schrage qui a tenté de réinsuffler la vie au Kog’Maw mid AP.

Somme toute les conséquences des 10 bannissements se font déjà sentir même si l'on peut aisément palper qu’elles sont encore timides, la faute peut-être au blocage de la trinité LeBlanc – Camille – Rengar. L’avenir stratégique de League of Legends s’annonce radieux et coachs comme analystes ont du pain sur la planche. Au plus haut niveau, chaque changement a une conséquence de poids et enclenche un effet papillon. Mais tant qu’au bout les professionnels nous offrent du spectacle, tout va pour le mieux.

Et vous, quelle stratégie cachée voudriez-vous voir émerger ? Quel champion vous fait rêver ?