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ACTUALITÉ

Les Dieux de la Faille, épisode 4 : Rekkles

Cet été, à travers notre série « Dieux de la Faille », nous proposons un portrait de joueurs professionnels ayant marqué League of Legends. Après Uzi, Faker et Bjergsen, voici celui de Rekkles, le légendaire carry AD suédois.

Elu meilleur joueur de la saison de printemps des LCS Europe 2018, Martin « Rekkles » Larsson est très certainement l’un des membres les plus appréciés et respectés du championnat européen. Or, en raison d’une méta ne convenant pas à son style de jeu (et surtout aux champions qu’il a l’habitude de jouer), le capitaine de Fnatic a décidé au début de l’été de laisser sa place sur la voie du bas à son coéquipier Gabriël « Bwipo » Rau pour le bien de son équipe. Cette décision exceptionnelle prouve que la principale motivation du joueur suédois est le succès de sa formation. Cependant, ce n’est pas la première fois que Rekkles fait le choix de de s'effacer, au détriment de son ego, pour donner la priorité à la victoire de son club.

Un premier sacrifice digne d’un vétéran

En effet, la situation actuelle rappelle une période désormais assez lointaine de la carrière de l’AD carry suédois, puisqu’il faut remonter à ses débuts professionnels. Courant 2012, bien qu’âgé de 15 ans seulement, Rekkles se révèle être un jeune talent prometteur, réalisant de solides performances sur la scène semi-amateur européenne. Repéré par Fnatic et SK Gaming, il signe finalement avec l’organisation britannique fin 2012 afin de devenir potentiellement l’un des futurs titulaires de l’équipe type. Durant plusieurs mois, il enregistre d’excellents résultats lors de tournois internationaux, affrontant ainsi les meilleurs clubs de la planète comme CLG.Eu, World Elite ou encore les champions du monde Taipei Assassins. Rekkles est alors perçu au lancement des LCS comme l’une des futures stars européennes.

Or, à ce moment là, il n'a que 16 ans, et de ce fait, le jeune Rekkles est contraint d’attendre patiemment la fin de la première saison des LCS EU pour retrouver l’équipe type chez Fnatic. Mais durant l'été la formation régresse, et la voie du bas devient un point de tension pour l’organisation, puisque les joueurs voient de plus en plus l’ombre du prodige suédois s’étendre sur la voie du bas. YellOwStaR change alors de position, devenant le nouveau Support, tandis que l'équipe est forcée de recruter un remplaçant, l’Estonien Puszu au poste d’AD carry. Si cette situation paraît anodine, elle est cependant considérée par beaucoup comme une façon pour l’organisation de préparer le terrain avant l’arrivée de Rekkles (qui fêtera ses 17 ans après les playoffs d’été).

Fnatic réussit parfaitement sa fin de segment d’été, conservant son titre en s’imposant en finale face à Lemondogs. Pour les fans et Rekkles, c'est la situation idéale : le jeune joueur pourra participer aux Championnats du monde à Los Angeles à la place de Puszu. D'autant plus que ce dernier a réalisé une saison moyenne au sein d’un club possédant deux des meilleurs joueurs européens à leur position : les vétérans Xpeke et sOAZ. Contre toute attente, l'équipe en accord avec Rekkles, décide finalement de conserver le joueur estonien jusqu’à la fin des Worlds. Le joueur suédois estime notamment que Puszu a mérité sa place, et qu’il ne veut surtout pas briser la cohésion du groupe au dernier moment. Cette décision révèle deux facettes de la personnalité de Rekkles : la prise de risque pour lui, car en cas de victoire de Fnatic, Puszu aurait pu devenir le titulaire incontesté de l'équipe, reléguant Rekkles à une position de remplaçant. Et elle démontre aussi qu'il fait preuve d’altruisme, or ces deux qualités caractérisent très bien le parcours du joueur suédois.

Or, s'il est capable de s'effacer pour le bien de son équipe, Rekkles a également démontré à de nombreuses reprises que seule la victoire comptait pour lui.

Un personnage difficile à cerner

Finalement, sa non participation aux Championnats du monde 2013 n’aura pas de conséquences négatives pour la carrière du joueur suédois, vu qu'il intègre l’équipe principale de Fnatic dès la fin de la saison. Rapidement, il confirme l’engouement des fans et des analystes l’ayant vu jouer l’année précédente, et il maintient son organisation au sommet de la scène européenne.

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Rekkles en 2014 lors de sa première saison en LCS EU

L’équipe s’impose durant le segment de printemps, avant de perdre sa première finale européenne face à Alliance durant l’été 2014. Pour la première fois de son histoire, Fnatic ne remporte pas le trophée des LCS EU, malgré l’excellente saison de son AD carry, Rekkles obtenant le titre de MVP du segment d’été. Mais cet échec le motive d’autant plus, il s'entraîne alors sans relâche sur la SoloQ coréenne afin de faire mieux que la place en demi-finale réalisée par l’équipe en 2013 avec son remplaçant. Mais en Asie, Fnatic déçoit les fans en ne remportant que deux matchs durant la phase de groupe. Bien que l’équipe crée la surprise en s’imposant contre Samsung Blue, le carry AD suédois est le seul à vraiment s’illustrer durant la compétition (dont un 18-0 face à LMQ, record d’éliminations aux Worlds).

Frustré par les piètres performances de ses équipiers, et surtout par le manque de sérieux au niveau de la préparation du groupe durant la deuxième partie de la saison, Rekkles décide de quitter Fnatic après deux saisons. Il signe alors chez Alliance (qui deviendra Elements) pour rejoindre Froggen et les champions en titre de la ligue européenne. Ce choix est alors très critiqué par une partie de la communauté qui considère que le joueur suédois choisit la facilité en quittant son club d’origine. Or, pour lui, c’est un challenge supplémentaire : rompre avec ses habitudes chez Fnatic, pour essayer de de se renouveler, d'innover chez Alliance.

Mais cette expérience tourne à l'échec pour Rekkles puisque la formation ne trouvera jamais son rythme durant la saison de printemps. Pendant ce temps, son ancienne équipe s’impose une fois encore au sein des LCS EU, cette fois-ci avec un effectif totalement nouveau créé autour de YellOwStaR. Lors du MSI 2015, le club britannique obtient des résultats plus qu'impressionnants (une demi-finale perdue en cinq matchs face à Faker et les siens), et pourtant l’organisation n’hésite pas une seconde lorsque le joueur suédois laisse entendre avec humilité qu’il souhaite retourner dans l'équipe.

Cet épisode, avec sa très rapide réintégration au sein de Fnatic dès l'été 2015 explique probablement pourquoi trois ans plus tard Rekkles, capitaine de l'équipe, a décidé de laisser sa place cet été, une façon de prouver qu’il pense avant tout au succès d’un club qui lui a « ouvert les bras » malgré son départ. Bien que l’image d’un joueur individualiste, qui aurait trahi son équipe, soit encore parfois évoquée aujourd'hui par quelques fans, pour la grande majorité d'entre eux, cette vision a rapidement été effacée par le travail sans relâche du joueur.

De jeune talent prometteur au rôle de capitale de Fnatic

Ainsi, le retour au sein de Fnatic est immédiatement un incroyable succès, tant pour Rekkles que pour l’organisation : cet été là, le club réalise la seule saison parfaite de l’Histoire des LCS EU, en remportant ses 18 matchs avant de s’imposer en finale contre Origen. Légèrement éclipsé par le tempérament fougueux d’Huni, le joueur suédois décide de faire profil bas après son retour et de montrer l’exemple au sein d’un groupe particulièrement travailleur.

Fnatic réalise alors une performance qui est restée dans les mémoires des fans en se hissant dans le dernier carré des Championnats du monde 2015 en Europe. Bien que battu 3 à 0 par KOO Tigers, Rekkles lave ainsi l’affront de la précédente édition et égalise la performance de Puzsu en 2013.

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Le regard concentré du joueur suédois durant la demi-finale des Worlds 2015

Pour autant, un nouveau choix s’annonce pour lui à la fin de l’année : le duo de coréens Huni et Reignover ainsi que YellOwStaR s’envolent pour l’Amérique, le laissant avec Febiven pour reconstruire une équipe. Là, Rekkles n’hésite pas, et préfère rester pour reconstruire un effectif plutôt que de céder aux sirènes de la ligue américaine. Cette décision démontre que le joueur, alors âgé de tout juste 19 ans, a appris de ses erreurs.

Or sa fidélité se fera au prix d’une année extrêmement difficile pour Rekkles qui ne participera qu’à une seule compétition internationale majeure (les IEM Katowice, où il s’incline 3 à 0 face à SK Telecom T1 en finale), laissant la place de champion à G2 Esports. Pire, il perd rapidement le titre de meilleur carry AD d’Europe au profit du danois Zven, qui réussit quant à lui son arrivée chez G2 en remportant haut la main le segment d’été.

Durant presque deux années, le groupe se retrouve dans l’ombre de G2, tandis que Fnatic enchaîne les troisièmes places au sein de la ligue européenne. Alors qu’en 2017 l’effectif est presque entièrement reconstruit autour de Rekkles, le vétéran suédois devient le capitaine incontesté d’un groupe mélangeant des vétérans comme sOAZ, avec des rookies comme Caps puis Broxah. Il faudra finalement attendre l’été 2017 pour voir le vrai retour de l’organisation au premier plan, avec une qualification aux Worlds, obtenue grâce notamment à l’incroyable saison d’été de son carry AD qui obtient à nouveau le trophée de meilleur joueur.

En Chine, les fans se souviendront longtemps du parcours chaotique mais absolument jouissif de l’équipe qui transforme une phase de groupe catastrophique en une remontée digne d’un film d’aventure. Critiqué pour une prise de risque qui coûte finalement la partie à Fnatic face à Immortals, Rekkles prend très à cœur le reste de la compétition, jouant le visage très fermé sur scène. C’est probablement pourquoi, lors d’un quart de finale loin d’être disputé, le joueur suédois craque et fond en larmes durant de longues minutes suite à l’élimination de la formation européenne.

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Rekkles après sa défaite face à RNG aux Worlds en 2017

Le meilleur joueur d’Europe sur le banc ?

Cette image, souvent critiquée par les membres de la communauté (fans et joueurs), est désormais aux antipodes de son choix de laisser sa place cet été. Il faut dire qu’au retour des Worlds en Chine, Rekkles et les siens ont continué de travailler sans relâche afin de récupérer leur place au sommet de la hiérarchie européenne. Ce travail paye tant pour Fnatic, qui s’impose 3 à 0 face à G2 Esports en finale, que pour le Carry AD qui conserve son titre de MVP en LCS EU.

Toutefois, comment expliquer que tout juste deux mois après ce triomphe, Rekkes opte pour rester sur le banc plutôt que de suivre l’exemple d’Hans Sama ou de Ruler (champion du monde avec Samsung), qui continuent à jouer des ADC dans la voie du bas ? Si le vétéran a expliqué à plusieurs reprises que la méta ne lui convenait pas, il est également probable que tout le temps passé à s'entraîner, sans compter, a finalement eu raison de lui.

 

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Presque trois après son dernier titre, Fnatic retrouve la première place en Europe.

Il est vrai qu’avant même le changement brutal de méta apporté par le Patch 8.11, Rekkles avait déjà eu du mal à performer à son meilleur niveau lors du MSI 2018 en Europe. Sur ses terres, Fnatic avait réussi à se qualifier dans le dernier carré de la compétition, mais c’était cette fois Caps qui avait fait la différence pour le club britannique, et non son AD carry vedette.

Amoindri, probablement fatigué après plusieurs longues campagnes avec son club, et usé par un rythme de vie soutenu depuis ses débuts professionnels, Rekkles a certainement eu besoin de cette coupure pour se ressourcer. Après tout, il est difficile de jeter la pierre sur un joueur ayant démontré qu’il était à la fois l’un des tous meilleurs talents européens depuis bientôt cinq années, mais également l’un des rares professionnels à toujours répondre présent lors des grandes compétitions internationales.

Alors qu’actuellement Faker et Uzi sont également sur le banc dans leur région respective, la position du joueur suédois ne paraît finalement pas si insolite. Reste désormais à savoir si la situation restera identique sur le long terme (notamment si la méta ne bouge pas) ou si Rekkles parviendra à réussir un comeback avec Fnatic durant l’été.  

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