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ACTUALITÉ

Les Dieux de la Faille, épisode 6 : sOAZ

Cet été, à travers notre série « Dieux de la Faille », nous proposons un portrait de joueurs professionnels ayant marqué League of Legends. Après Uzi, Faker ou encore Rekkles, voici celui de sOAZ, le vétéran français de chez Fnatic.

Quand on parle d’e-sport, la longévité de la carrière des joueurs professionnels est régulièrement présentée comme une période très courte, tout au plus deux, voire trois années. Si les précédents portraits des Dieux de la Faille ont déjà mis à mal ce cliché, le parcours de Paul « sOAZ » Boyer tombe clairement dans le cadre du contre-exemple, vu que le joueur français évolue sur la scène professionnelle depuis bientôt huit ans. Dernier vétéran de la Saison 1 du côté européen (Doublelift est l’unique rescapé du côté nord-américain), le vétéran est à la fois un précurseur dans l’univers professionnel de League of Legends, mais également l’un des meilleurs ambassadeurs de l’e-sport pour le public français. Retour sur l’incroyable parcours de sOAZ, le Toplaner de tous les records en LCS, et l’une des figures emblématiques de l’e-sport français.

 

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Le joueur français (premier à gauche) chez Fnatic lors des Worlds en 2013.

UN DES PREMIERS JOUEURS PRO SUR LEAGUE OF LEGENDS

Pour les joueurs occidentaux souhaitant devenir professionnels sur League of Legends, le scénario classique est d’évoluer au sein des compétitions secondaires (comme l’Open Tour en France), afin de se faire repérer par des organisations disposant d’un effectif en LCS Europe voire en NA. Or, cet écosystème n’existait absolument pas lorsque sOAZ a fait ses débuts sur LoL.

Fan de Counter Strike 1.6 et de DotA (Defense of the Ancients), des jeux auxquels il a joué de façon sérieuse depuis plusieurs années, le joueur français ne croyait pas qu'une carrière professionnelle était possible grâce au jeu vidéo. Si la création du sport électronique remonte à plusieurs décennies, rares sont ceux qui ont pu vraiment vivre de cet univers en Occident, avant l’avènement de grandes ligues et compétitions durant les années 2010. Et pourtant, sOAZ a pris le risque de s'écarter d'une vie professionnelle traditionnelle pour s’investir à 100% dans LoL, et ce à un moment où personne ne savait comment évoluerait ce jeu, et moins encore sur la scène compétitive.

Comme beaucoup de belles histoires, celles du vétéran de Fnatic débute par hasard lors d’une partie classée, durant l’année 2010. A cette époque là, le système du jeu est dépourvu d’une division Challenger, de rangs et de divisions et le monde du streaming est encore extrêmement limité. Les joueurs sont uniquement classés selon leur score d’ELO, permettant alors aux équipes amateurs de recruter des membres selon leur classement. C’est au cours d’une rencontre en partie classée que sOAZ rencontre Bora « YellOwStaR » Kim, l’une des futures stars de l’univers LoL en France. Ancien joueur semi-professionnels sur Starcraft, YellOwStaR recrute le Toplaner afin de créer un effectif pour participer à des compétitions en ligne. L’équipe est alors signée en novembre 2010 par la structure française Against All Authority. Elle s’impose comme l’une des meilleures formations du monde en se hissant jusqu’en finale des Championnats du monde de la Saison 1, s’inclinant face à Fnatic. Impressionnée par le niveau de jeu de sOAZ, l’organisation britannique recrute le joueur français en juin 2012 après plusieurs mois assez compliqués, durant lesquels le Toplaner change à de nombreuses reprises d’équipes, s’essayant même à la Jungle durant un temps.

 

 

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sOAZ durant un match des Championnats du monde S4.

Malgré sa participation à de très nombreux tournois internationaux et son contrat avec l’une des plus grandes organisations de la planète, le joueur français demeure extrêmement prudent quant à son avenir professionnel, « en réalité je n’ai jamais vraiment pensé à gagner ma vie avec l’e-sport quand j’ai débuté, c’est uniquement lorsque les LCS ont commencé que j’ai vu que c’était une possibilité », évoque-t-il en 2014 lors d’une interview avec theScore esports.

 

La professionnalisation de l’e-sport est un sujet qui est régulièrement évoqué lors des interviews avec sOAZ, puisque ce dernier représente l’un des rares exemples de joueurs ayant connu l’univers compétitif avant l’arrivée des LCS en 2013. Alors que beaucoup critiquent un modèle jugé trop concentré et laissant peu de place aux compétitions internationales, le témoignage du vétéran sur les conditions des joueurs avant l’arrivée des ligues régionales est un excellent indicateur du chemin parcouru depuis quelques années.

LA POLYVALENCE, LE SECRET DE SA LONGEVITE

Si de nombreux joueurs européens ont fait la transition entre le modèle des deux premières saisons de League of Legends et l’arrivée des LCS EU, sOAZ est le seul à avoir maintenu un haut niveau de jeu depuis le début de la Saison 1. Dans la majorité des cas, les vétérans ont été remplacés à partir de 2015, avec l’apparition d’une nouvelle génération ayant grandi avec LoL comme jeu principal. Preuve en est, le joueur français et Samux (bien que ce dernier ait quitté les LCS pendant plusieurs saisons) sont les seuls rescapés à avoir participé à la toute première saison des LCS Europe, et à évoluer encore sur le vieux continent durant le segment d’été en 2018. Alors que l’on évoque régulièrement l’impact des changements de la méta sur les performances des joueurs, ainsi que le stress résultant du calendrier très long de la saison, comment expliquer une telle longévité ?

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En 2015, lors de la demi-finale des Worlds.

La réponse est assez simple, mais ne retire en rien la performance de sOAZ, bien au contraire : le joueur français possède une excellente éthique de travail, ainsi qu’un style de jeu assez particulier lui permettant de constamment s’adapter aux changements de la méta. Mieux, sa volonté d’augmenter sa maîtrise de nombreux champions lui a permis d’anticiper certaines évolutions sur la ligne du haut, lui donnant un statut de précurseur et d’innovateur au fil des années. Là où Rekkles a eu du mal à s’adapter à la disparition des Carry AD durant l’été, en raison d’une habitude à ne jouer que des personnages de ce type en entraînement, la polyvalence de sOAZ, héritée de sa volonté d’essayer d’élargir son panel d’options, a fait la force du vétéran français depuis plusieurs saisons.

Il n’est alors pas surprenant de le voir jouer sans trop de difficulté sur des champions aussi différents que Gangplank, Heimerdinger, Gragas, Cho’Gath ou Camille cette saison, car il  a toujours maintenu un temps de jeu important sur des picks plus atypiques durant sa carrière.Outre cette capacité à s’adapter, cette large connaissance du jeu lui a également permis de devenir force de proposition au sein des équipes où il a évolué, faisant de lui un atout non négligeable au niveau stratégique. Alors que bien souvent, la faculté à développer une nouvelle stratégie, ou surtout à s’adapter à un nouveau courant est un point fondamental durant les compétitions internationales, sOAZ s’est imposé comme un élément clé du succès de Fnatic, mais également d’Origen sur la scène internationale.

 

Cet impact sur le plan stratégique lui a également permis de devenir un leader discret au sein des différents groupes dans lesquels il a évolué. Étant capable d’avoir un impact sur les tactiques de l’équipe, sOAZ a ainsi montré l’exemple sur l’importance de la préparation, tant en parties classées qu’en entraînement (scrim). Bien que cela ait potentiellement joué sur la rapide progression de son coéquipier Bwipo (et donc sa mise sur le banc durant une partie de l’année 2018), le vétéran a régulièrement exprimé l’importance de donner de l’expérience aux jeunes joueurs. Polyvalent, régulier, un atout stratégique et un bon élément au sein d’un groupe, les raisons sont nombreuses pour expliquer pourquoi sOAZ reste, après huit ans de carrière, l’un des joueurs les plus respectés par les membres de l’univers professionnel de LoL.

 

 

QUEL AVENIR POUR SOAZ ?

Cette régularité lui a permis d’obtenir de très nombreux trophées et records au sein des LCS Europe, mais également sur le plan international. Ainsi, sOAZ est devenu en mars dernier le premier joueur (toutes positions confondues) à décrocher 200 victoires au sein des LCS EU. Il a été le premier joueur de la voie du haut à enregistrer 1000 participations à une élimination en LCS, toutes régions confondues. Avec Fnatic, il a obtenu quatre titres de champions d’Europe, auxquels il faut ajouter deux finales jouées au sein d’Origen. S’il est sans conteste le meilleur Toplaner de l’Histoire des LCS EU, le vétéran français a également inscrit sa légende sur le plan international. Avec 5 participations aux Championnats du monde, il côtoie PraY, Doublelift, Clearlove ou encore Dyrus au sommet du classement dans cette catégorie, tandis qu’une sixième participation semble se profiler au vu des résultats de Fnatic cet été. Mais il est le seul joueur de la planète à avoir joué une demi-finale des Worlds avec trois équipes différentes (aAa, Fnatic et Origen), preuve de son importance au sein d’un groupe.

 

Bien que souvent sous-estimé par les fans dans ses duels face à des joueurs asiatiques et notamment coréens, sOAZ a régulièrement tenu tête aux meilleurs Toplaners de la planète, tant en 2012 qu’en 2017. En outre, sa polyvalence et sa capacité d’adaptation n’ont jamais été mises en défaut sur le plan international, le vétéran français ayant joué 7 champions différents en 13 matchs lors des Worlds 2015, ou des picks aussi variés que Zed, Blitzcrank et Yorick durant les Championnats du monde en 2013. Ces succès ont poussé le public, qu’il soit français ou étranger, à adopter sOAZ dans son cœur, brandissant une baguette en signe de soutien lors des compétitions régionales et internationales. Ce symbole, adopté par le vétéran depuis plusieurs années, est devenu avec le temps un emblème pour sOAZ, mais également pour une partie des joueurs français. Celui-ci s’est même étendu à d’autres jeux, afin de soutenir les francophones dans différents tournois à travers le monde.

 

 

 

 

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Introduction de sOAZ et de Broxah avant le match contre RNG en 2017.

Après bientôt huit années à évoluer au plus haut niveau, certains commencent à évoquer la possibilité d’une retraite amplement méritée. Néanmoins, le Français a déclaré qu’« à la seconde où je serais sûr que je ne peux plus jouer au meilleur niveau international, j’arrêterai ma carrière de joueur professionnel. Toutefois, j’ai encore l’impression de pouvoir jouer au plus haut niveau », dans une vidéo publiée par Fnatic en janvier 2018. Preuve qu’il reste motivé par la compétition, et qu’il croit toujours en ses capacités de joueur. Pour autant, la récente situation avec Bwipo (le jeune belge avait remplacé sOAZ lors de sa blessure au poignet, avant de conserver le poste de titulaire durant la majorité du MSI) démontre que le vétéran n’est pas « éternel » et que tôt ou tard, il sera contraint de laisser sa place.

 

Digne représentant de la scène française à travers le monde, sOAZ demeure un modèle de régularité et un exemple pour les jeunes joueurs, ainsi que pour les fans. S’il est probable que sa place de titulaire chez Fnatic puisse être remise en question dans les mois à venir, nul doute que son parcours légendaire restera dans les mémoires tant pour son excellent niveau de jeu, que pour son incroyable longévité. Alors qu’il semblerait qu’Hans Sama soit prêt à reprendre le flambeau du statut de joueur français le plus populaire sur LoL, le chemin du Carry AD de Misfits Gaming sera encore long avant d’égaler la carrière du vétéran de chez Fnatic.

LES PRECEDENTS DIEUX DE LA FAILLE :

Avec ce dernier portrait, nous concluons donc cette série des Dieux de la Faille, en espérant qu'elle vous a plu !