Jump to Main ContentJump to Primary Navigation
mondiaux

Mondial 2019 : le bilan

Le championnat du monde 2019 est terminé. Après plus d'un mois de compétition intense, le tournoi le plus important de l'année a pris fin et c'est une fois de plus la Chine qui a remporté la coupe. Représenté par FunPlus Phoenix, le vainqueur de la LPL durant le segment d'été, la Chine a eu l'occasion de prouver sa nouvelle hégémonie sur la scène internationale, laissant l'Europe sur une deuxième place à domicile. Avec une métagame diversifiée, et différentes régions qui sont venues défendre leurs couleurs avec leur propre style, ce Mondial 2019 aura été une épopée historique, qui mérite d'être racontée une dernière fois.

 

Une méta plus variée que jamais

 

2018 avait ouvert la voie, 2019 a enfoncé la porte pour de bon. La méta durant les Worlds de cette saison 9 a été la plus variée de l'histoire de League of Legends, avec pas moins de 99 champions différents joués ou bannis au cours des 120 parties du tournoi, soit 68% des 145 champions du jeu. Si certains rôles n'ont pas eu la chance d'être représentés par beaucoup de personnages différents, notamment la voie du bas où Xayah et Kai'Sa étaient de loin les meilleurs choix, les équipes sont arrivées sur la scène mondiale avec des styles très différents.

Dans les pas de l'année précédente, LoL est devenu un jeu plus agressif qu'à l'époque de l'hégémonie coréenne et du contrôle parfait de la vision. Désormais, il favorise davantage la prise de risques et d'escarmouches, ce qui explique partiellement la domination chinoise à laquelle les spectateurs ont pu assister durant ce tournoi. Cependant, il reste absolument possible pour des équipes d'éviter les affrontements et de jouer des styles différents que celui concentré sur un début de partie explosif.

En effet, G2 Esports a réussi à se qualifier jusqu'en finale en se concentrant davantage sur son milieu de partie, sa capacité à splitpush et à éviter les combats lorsqu'elle n'avait pas la composition pour. De même, des équipes comme DAMWON et SK Telecom T1 ont trouvé un certain succès en jouant davantage pour les combats d’équipe de fin de partie. 

Néanmoins, comme démontré par FunPlus Phoenix, le style qui aura été le plus couronné de succès cette année repose sur un début de partie fort, avec un duo mid et jungle capable de décaler et d'impacter les autres voies, et une excellente compréhension des pics de puissance de leurs champions pour forcer des escarmouches dans des phases avantageuses. Elevé au rang d'art, ce style qui est extrêmement populaire en LPL a réellement permis aux équipes chinoises, et surtout à l'éventuel champion, de dominer ces Worlds 2019.

 

La Chine sur le toit du monde

 

Il est difficile de parler de ce mondial sans mentionner FunPlus Phoenix. Les champions du segment d'été de la LPL sont arrivés aux Worlds sans attentes exceptionnelles, car ils n'étaient pas du tout expérimentés sur la scène internationale. Propulsés dans un groupe qui est peut-être le plus « facile » de l'histoire de League of Legends, cet environnement n'aura pas réellement permis aux coéquipiers de Doinb de faire leurs preuves, d'autant qu'ils ont été mis en difficulté par Splyce et J Team. Pourtant, c'est en playoffs que les Phoenix ont émergé comme de réels challengers au titre.

Si Doinb a été sous le feu des projecteurs, c'est surtout Tian qui a été la pièce maîtresse du succès de FunPlus Phoenix en 2019.

Si Doinb a été sous le feu des projecteurs, c'est surtout Tian qui a été la pièce maîtresse du succès de FunPlus Phoenix en 2019.

Après une victoire plutôt expéditive contre Fnatic, elle a dû affronter les champions du monde en titre, Invictus Gaming en demi-finale. Celle-ci avait montré beaucoup de signes de faiblesse durant les mois précédant le Mondial, mais semblait finalement retrouver son état de grâce à l'aide des formidables performances de Rookie, TheShy et JackeyLove. Pourtant, elle s'est inclinée face aux prouesses du duo de support et jungle de FPX, Crisp et Tian, qui ont su contrôler parfaitement le match. Dans un BO5 explosif, comptabilisant 168 éliminations en 4 parties, les champions en titre sont tombés.

Des cendres de leurs rivaux, Gimgoon, Tian, Doinb, LWX et Tian se sont hissés jusqu'en finale, et étaient encore à ce moment perçus comme l'équipe la plus faible face à G2 Esports. Contre toute attente, FunPlus Phoenix a su trouver les failles dans les drafts et la façon de jouer des tenants du titre européens afin de les défaire sur un score implacable de 3-0. Grâce à l'excellente lecture de jeu de son jeune jungler, Tian, et à sa capacité à jouer en combinaison avec son midlaner et son support, FunPlus Phoenix a pu soulever la coupe de l'invocateur et démontrer pour la deuxième année consécutive que le meilleur niveau venait de Chine.

En parallèle, Royal Never Give Up fait tâche dans le palmarès chinois. Jouant dans le « groupe de la mort », aux côtés de SK Telecom T1 et de Fnatic, l'équipe d'Uzi n'a pas su s'adapter à la méta de 2019. Toujours obsédée par des plans de jeu reposant sur les prouesses de son ADC en teamfight, celle-ci a été déjouée par les dauphins du LEC, qui l'ont éliminé dès la phase de groupe.

 

Le Vieux-continent, éternel second

 

L'expérience européenne à ces championnats du monde a été similaire à de véritables montagnes russes. Cette succession de hauts et de bas a commencé dès l'annonce des groupes. D'un côté, Fnatic a eu la malchance de rejoindre le « groupe de la mort », et semblait déjà disqualifiée de la compétition, tandis que Splyce a eu la chance d'être tiré dans une des poules les plus faciles de l'histoire du mondial. Fnatic a commencé le tournoi de façon catastrophique, s'obstinant à utiliser un duo Garen et Yuumi qui, s'il avait très bien fonctionné en LEC, n'était certainement pas au niveau face à des adversaires du calibre de SK Telecom T1. Comme Splyce, l'écurie européenne a commencé le tournoi en 1-2 sur la première semaine, ce qui ne semblait pas réellement annonciateur d'espoir pour la suite. 

Pourtant, les deux équipes ont réussi à renverser la tendance pour la deuxième partie de la phase de groupe, remportant chacune leurs trois matchs et se qualifiant pour les quarts de finale. Si, pour Splyce, cet état de grâce semblait voué à être de courte durée puisqu'elle devait affronter SKT en quarts de finale, Fnatic avait quant à elle toutes les chances de son côté contre FunPlus Phoenix. C'est du moins ce que pensaient les fans européens. Face aux éventuels champions du monde, les dauphins du LEC ont été éliminés très rapidement, tandis que Splyce a également subi une défaite prévisible face aux champions de la LCK. Seul G2 Esports restait en lice pour le titre.

En effet, parmi les trois représentants du Vieux-continent, les champions en titre du MSI et du LEC étaient évidemment perçus comme les meilleurs, voire les favoris du tournoi. Implacables face à Griffin dès leur premier match, et malgré de nombreuses erreurs individuelles, les coéquipiers de Perkz semblaient prêts à réussir un 6 - 0 en phase de groupe tant convoité. Par le passé, seules trois équipes avaient réussi ce score parfait : Samsung White en 2014, SK Telecom T1 en 2015 et Longhzu Gaming en 2017. Les deux premières ont remporté le mondial, tandis que la troisième a été éliminée en quarts par Samsung Galaxy, qui a également remporté le tournoi. Tous les signes semblaient indiquer que G2 Esports serait le prochain champion du monde, mais le réveil de Griffin fut dévastateur. Lors du dernier match, puis lors du tiebreaker, la deuxième formation coréenne a pris le dessus sur l'espoir européen.

Après ces défaites, G2 Esports a toutefois eu l'occasion de prendre sa revanche sur le pays du matin calme à deux reprises. Grâce à un Perkz en forme olympique, l'équipe européenne a tout d'abord dominé DAMWON Gaming en quarts de finale, avant de devoir affronter l'escouade qui lui avait donné du fil à retordre en demi-finale du MSI : SK Telecom T1. Grâce à un style de jeu plus contrôlé que jamais, elle a su remporter le Bo5 malgré un retard d'or à 15 minutes dans chacune des parties, le tout en concédant 6 Barons Nashor, et en n'en prenant qu'un seul en 4 matchs, ce qui est un exploit encore inégalé. Si même Faker n'a pas réussi à exploiter les faiblesses de G2, ce sont finalement les rookies de FunPlus Phoenix qui réussiront cet exploit. Avant la finale, la majorité des analystes s'accordaient sur une victoire de l'écurie européenne, mais cet espoir est rapidement tombé à l'eau. Devant un public français plus électrique que jamais à l'AccorHotels Arena de Paris, les champions du MSI en titre ont été soufflés par la meilleure équipe chinoise, sur un score décisif de 3-0.

Malgré le soutien d'une écrasante majorité du public lors de la finale, G2 Esports n'a pas réussi à tenir la cadence face à FunPlus Phoenix.

Malgré le soutien d'une écrasante majorité du public lors de la finale, G2 Esports n'a pas réussi à tenir la cadence face à FunPlus Phoenix.

Cet échec n'est évidemment pas sans rappeler le sort de Fnatic en 2018. Après une performance spectaculaire, Rekkles et ses coéquipiers s'étaient également qualifiés jusqu'en finale avant d'être désarçonnés par Invictus Gaming. Malgré un progrès évident de la scène européenne au cours des dernières années, elle a encore beaucoup de chemin à parcourir si elle souhaite un jour sortir de l'ombre de la Chine.

 

La Corée montre signe de vie

 

La chute des LCK a été très violente en 2018. Alors qu'elle avait dominé la scène internationale depuis la professionnalisation de sa ligue en 2013, la Corée avait subi la plus grosse humiliation de son histoire lors des Worlds, avec les champions en titre - Gen. G - qui ne sortent même pas de la phase de poule et les deux autres formations incapables d'avancer plus loin que les quarts de finale. En 2019, le pays du Matin calme avait une revanche à prendre, et tout semblait bien parti. Mené par une nouvelle génération de joueurs, avec deux équipes qui ont rejoint les LCK respectivement mi-2018 et début 2019, Griffin et DAMWON Gaming, la relève semblait assurée. En outre, l'organisation triple championne du titre, SK Telecom T1 était de retour sous le feu des projecteurs, avec de nouveaux joueurs mais toujours son capitaine emblématique : Faker. Beaucoup de fans et d'analystes s'attendaient à un retour de l'âge d'or coréen, mais il n'en fut rien.

Pourtant, les trois équipes ont commencé le tournoi en fanfare. Plus agressives que leurs consœurs des éditions précédentes, elles ont prouvé dès la phase de groupe de quoi elles étaient capables, en se qualifiant toutes les trois en quarts de finale en tant que premier seed. Tout d'abord, DAMWON Gaming était réputée pour sa capacité à teamfight grâce à un style de jeu qui favorisait l'accélération de l'économie, notamment pour le toplaner Nuguri et son Vladimir Kleptomancie signature. Griffin était quant à elle une formation bien plus axée sur le contrôle de début de partie, notamment grâce à l'excellent travail de son duo mid et jungle, Chovy et Tarzan. Enfin SK Telecom était le meilleur des deux mondes, possédant bien plus de cordes à son arc grâce à l'expérience de son capitaine aux trois titres, Faker.

Griffin en particulier représentait l'espoir d'une nouvelle génération de joueurs plus agressifs, la passivité étant ce qui a énormément coûté à la Corée en 2018.

Griffin en particulier représentait l'espoir d'une nouvelle génération de joueurs plus agressifs, la passivité étant ce qui a énormément coûté à la Corée en 2018.

L'hécatombe commença une fois de plus dès les quarts de finale. Si en 2018, c'étaient Invictus Gaming et Cloud9 qui avaient eu l'honneur d'éliminer KT Rolster et Afreeca Freecs dès leur premier Bo5, Rookie et TheShy ont eu une fois de plus l'occasion de sortir un représentant des LCK. Face à Griffin, la force brute des deux sololaners d'IG, et en particulier la différence de niveau entre TheShy et Sword aura eu raison de la nouvelle génération coréenne. Du côté de DAMWON Gaming, c'est G2 Esports qui a réussi à punir le style de jeu très gourmand des coréens, qui reposait trop souvent sur les teamfights de fin de partie pour remporter leurs matchs. Face à l'excellente macro de l'écurie européenne, l'équipe de rookies de la scène internationale s'est inclinée sur un score de 1 - 3.

Le dernier espoir était, une fois de plus, SK Telecom T1. L'organisation aux 3 étoiles a eu la chance de tirer Splyce en quarts de finale, qui était sur le papier la formation la plus abordable du top 8. Après l'avoir éliminée rapidement, non sans perdre une partie en faisant jouer Mata à la place d'Effort, SKT a avancé jusqu'en demi-finales où elle avait l'occasion de prendre sa revanche face à G2 Esports. En effet, les champions du LEC avaient déjà éliminé Faker lors du MSI, et celui que l'on surnomme le « roi démon immortel » semblait prêt à réclamer son titre. Malgré une avance à 15 minutes à chacune des parties, son équipe n'aura pas réussi à punir les failles du leader européen, qui a su se défendre admirablement et remporter le Bo5 sur un score de 3-1.

Si ces Worlds 2019 ont été moins catastrophiques pour la Corée que l'édition de 2018, elle indique toutefois un constat très difficile à avaler pour le pays qui a dominé la scène internationale pendant si longtemps : les LCK ne produisent plus les meilleures équipes du monde. Bien qu'elle ait partiellement adapté son style par rapport à l'année précédente, et joue plus agressivement, de nombreux efforts restent à faire si elle souhaite reprendre son trône.

 

Le reste du monde toujours en retard

 

Malgré une finale disputée par Team Liquid lors du MSI 2019, il est clair que les LCS ne sont absolument pas au niveau des trois autres régions majeures. Avec aucune de ses équipes capable de sortir de la phase de poule, même pas son quadruple champion en titre, l'écart entre l'Amérique du Nord et la Corée, l'Europe et la Chine semblent plus important que jamais. Outre Team Liquid, Cloud9 qui est habituellement le meilleur représentant à l'international n'a pas montré quoique ce soit de prometteur cette année, tandis que Clutch Gaming n'a même pas remporté un seul match.

Si Doublelift est l'un des joueurs les plus expérimentés et le leader de la scène nord-américaine, il n'est toujours pas parvenu à se qualifier pour les quarts de finale du Mondial.

Si Doublelift est l'un des joueurs les plus expérimentés et le leader de la scène nord-américaine, il n'est toujours pas parvenu à se qualifier pour les quarts de finale du Mondial.

Du côté de la LMS, le constat est encore plus catastrophique. Depuis l'implosion du roster de Flash Wolves qui avait porté cette région sur son dos pendant des années, aucune autre équipe n'a réussi à reprendre le flambeau. Si J Team a montré quelques matchs intéressants, les autres représentants de Taïwan, Hong Kong Attitude et ahq eSports Club ont une fois de plus cumulé 12 défaites en phase de groupe, comme en 2018.

Enfin, les régions « wild card » ne semblent pas réellement rattraper les autres non plus. Que ce soit lors du play-in ou lors de l'événement principal, aucune équipe qui ne provient pas d'une région majeure a été capable de mettre réellement en danger les représentants du LEC, de la LPL ou des LCK. Le Vietnam reste toutefois le pays à surveiller dans les années à venir. Outre sa scène esport grandissante, il bénéficie du deuxième serveur le plus peuplé du monde derrière la Chine, ce qui devrait sans doute mener à la découverte de joueurs très talentueux à l'avenir.

S'ils n'a pas apporté autant de surprises que l'édition précédente, nul doute que le championnat du monde de la saison 9 de League of Legends restera dans l'histoire comme l'un des plus excitants pour les spectateurs. S'il a assuré la continuité d'une nouvelle ère, dominée par la Chine, il a également permis de rétablir un rapport de force de plus en plus équilibré entre les différentes régions majeures.

L'Europe est pour le moment cantonnée à la deuxième place, mais si elle continue de progresser comme elle l'a montrée au cours de ces dernières années, peut-être qu'elle parviendra à enfin récupérer le trône sur lequel elle n'a pas pu s'assoir depuis la saison 1.