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LCS

Odoamne, la force tranquille

Odoamne. Son pseudonyme est connu depuis plusieurs années de la plupart des fans d'e-sport. Pilier de la voie du haut chez H2K, il s'est imposé durablement comme l'un des tous meilleurs d'Europe à son poste. Mais le joueur lui-même est tout sauf une star. Plutôt discret, Andrei Pascu vit à l'ombre de ses performances, loin des paillettes et de la gloire. Il ne vise qu'une chose : progresser, encore et toujours, afin que son jeu soit une carte de visite suffisante.

Affable, le ton toujours calme et posé, Andrei « Odoamne » Pascu est parfois concis dans ses réponses mais toujours d'un abord agréable en interview. À l'image de son jeu, le joueur roumain est sûr de lui sans être arrogant. Son jeu, c'est d'ailleurs ce qui le définit en premier lieu. Il se présente par son pseudonyme, se décrit simplement comme « titulaire sur la voie du haut pour H2K et joueur des LCS EU », avant de parler de son « amour » pour League of Legends.

Il faut dire que, sur LoL, Odoamne n'est pas n'importe qui. Joueur compétitif depuis la saison 3, il a passé près de deux ans à arpenter la scène challenger avant de se qualifier pour les League Championship Series. Et autant dire qu'il a dû s'accrocher pour rejoindre le plus haut niveau européen. Il participe en effet aux deux tournois de promotions de la saison 2014, sans succès. Suite à ces échecs – respectivement contre Supa Hot Crew et Copenhagen Wolves –, le jeune joueur et ses coéquipiers Jonas « Trashy » Andersen et Fabian « Febiven » Diepstraten se voient affublés d'une réputation de pros incapables de supporter la pression.

Odoamne EULCS Spring 2015

Au printemps 2015, Odoamne découvre enfin les studios des LCS EU.

Pas de quoi décourager le toplaner roumain, plus décidé que jamais à s'imposer. Le tournoi d'expansion organisé par Riot lors du passage des LCS de huit à dix équipes lui donne une nouvelle occasion de prouver sa valeur, occasion qu'il ne laisse pas passer. Le 20 décembre 2014, déjà sous les couleurs d'H2K, Odoamne accède enfin par la grande porte à la ligue continentale. Son équipe se qualifie 3-0, en bonne partie grâce à sa performance : il joue Irelia deux des trois manches, avec un KDA cumulé de 18-3-19, excusez du peu ! La suite de l'histoire est connue : H2K s'installe pour la durée parmi les structures LCS et Odoamne en devient un pilier incontournable.

Le contraire d'une star

Cité chaque année comme l'un des meilleurs joueurs européens, le toplaner n'a pourtant à aucun moment acquis le statut de star. Une relative discrétion qu'il attribue aujourd'hui à deux éléments. D'une part, sa loyauté envers H2K ne lui a pas permis de rejoindre une équipe adorée du grand public. « Des joueurs comme Febiven et Rekkles ont fait partie de Fnatic, l'équipe que tout le monde met en avant, ça a contribué à les faire connaître et à en faire des figures populaires ». D'autre part et surtout, ce n'est pas ça qui l'intéresse. « Contrairement à quelqu'un comme Cabochard, je n'ai jamais cherché à me vendre d'une certaine façon, à créer une image de marque pour me faire remarquer », affirme-t-il.

Odoamne H2K LCS EU Summer SPlit 2017 week 8

Qu'il soit dans l'ombre ou en pleine lumière, Odoamne ne se concentre que sur son efficacité.

Il préfère, encore et toujours, revenir sur sa manière de jouer et d'aborder la compétition. Plutôt que de chercher la gloire, il « se concentre sur son travail et [son] niveau de jeu. Même si [il] est l'un des meilleurs, [son] rôle n'est pas spectaculaire, n'attire pas l'oeil, car il est plus centré sur le jeu d'équipe que sur les exploits individuels ». Odoamne regrette parfois l'importance des tanks sur la voie du haut, lui qui adorait « la saison 2, avec cette voie très longue, sans téléportation, ou s'affrontaient des champions comme Irelia, qui peuvent porter une partie » ; néanmoins, il est à l'aise à son poste et apprécie de pouvoir se « déplacer souvent sur la carte pour aller aider les coéquipiers ou tendre un piège au jungler adverse, le forcer à venir ». Que ce soit à pieds ou via une téléportation bien placée, le joueur roumain aime « les actions qui ont un impact sur le reste de la carte ».

Un bourreau du travail

Quant au reste, son classement individuel, le regard des fans, etc. il laisse chacun « parler, être libre de son opinion ». Lui veut seulement « devenir chaque jour meilleur, être LE meilleur ». Il se refuse même à se comparer aux autres, puisque « ça n'apporte rien ». Il ne mesure ses progrès que « par rapport à son propre niveau », afin « d'être meilleur aujourd'hui qu'hier, de toujours progresser ». Odoamne est avant tout « un compétiteur », qui trouve toujours League of Legends « amusant à jouer » mais ne supporte pas l'idée d'y faire du surplace.

« Je veux devenir chaque jour meilleur, être LE meilleur, m'améliorer sans cesse »

Andrei « Odoamne » Pascu

Travailleur acharné, il se considère comme « plutôt intelligent » et passe en conséquence son temps libre à... « regarder des vidéos » de ses matchs et de ceux d'autres équipes, à « les analyser » et à tenter de corriger ses défauts en fonction. Pas le temps de se reposer ou d'avoir de vrais loisirs pour le joueur, même s'il aimerait « avoir plus souvent l'occasion de nager », lui qui a passé « beaucoup de temps à la piscine » quand il était plus jeune.

L'importance du collectif

Malgré son désir apparemment inépuisable de s'améliorer au niveau individuel, Andrei Pascu n'oublie pas qu'il est professionnel sur un jeu en équipe. C'est même un aspect auquel il a longuement réfléchi. Avec un certain recul, il estime que l'expérience d'un joueur pro sur League of Legends est inséparable de l'existence des Gaming House, ces fameux lieux collectifs d’entraînement et de vie.

Il y voit une métaphore de l'importance du collectif, à la fois pendant une compétition et en dehors. Le quotidien au sein d'une Gaming House est « plaisant la plupart du temps, mais seulement à condition de gagner ». Au sein d'une structure qui vole de victoires en victoires, les problèmes s'effacent et tout le monde s'entend en général bien. Mais « quand l'équipe est dans une situation difficile, vivre ensemble devient compliqué, les tensions s'accumulent » et les nerfs menacent rapidement de craquer. Une situation que le joueur roumain entend à tout prix éviter.

H2K LCS EU Summer SPlit 2017 wek 8

Odoamne sait se mettre au service du collectif.

Plus âgé, sans doute plus « mature » que la plupart de ses collègues des LCS, Andrei Pascu s'arrange pour voir tout ça d'un regard le plus extérieur possible. Il explique notamment que, s'il est resté depuis son arrivée en LCS chez H2K, c'est avant tout parce que la structure a toujours su lui proposer des équipes compétitives et à même de lui épargner les affres d'une spirale de défaites. « Chaque année », depuis 2014, il a reçu « des offres de la part d'autres structures, dont certaines avec un salaire plus élevé » que ce qu'il touche actuellement. Il aurait donc pu choisir de partir, de profiter des avantages financiers qui lui ont été offerts. Mais lui ne regarde que les coéquipiers qui peuvent l'entourer et estime que H2K lui « a systématiquement proposé la meilleure équipe » pour l'accompagner.

Il sait que, « contrairement aux joueurs professionnels de Counter Strike: GO, ceux de LoL sont la plupart du temps assez jeunes et manquent de maturité. Résultat, quand ils sont en difficulté, ils ne parviennent pas vraiment à distinguer le professionnel du personnel, ce qui provoque des soucis entre les joueurs ». Pour lui, la victoire est donc synonyme de bien-être, sur tous les plans.

L'ambition d'un champion

C'est la victoire qui lui apporte le calme nécessaire à son bonheur de tous les jours, qui lui permet de garder l'esprit tranquille. C'est aussi elle qui lui procure les meilleures sensations, surtout quand le niveau de la compétition monte. Odoamne a beau jeu d'affirmer en riant que son souhait le plus cher n'est que « la suppression de Rammus et Maokai », champions qu'il déteste. Il peut tout aussi bien aussi prétendre qu'il n'est « pas du genre à rêver grand » et que seul lui importe « les accomplissements qui sont à sa portée, devant lui », son ton de voix le trahit. Lui qui ne s'est pas départi d'un flegme presque britannique tout au long de l'entretien s'enflamme enfin au moment de se remémorer sa demi-finale aux championnats du monde 2016. Il lui est « impossible d'oublier ce sentiment de travail accompli, de réussite, d'union de cinq esprits qui s'articulent enfin ensemble efficacement ». Soudain passionné, il révèle son ambition pour la fin de la saison 2017 : « au minimum, se qualifier pour les championnats du monde et, si l'occasion se présente, y faire au moins aussi bien qu'en 2016 ». Tout le paradoxe du compétiteur discret est là. Il se retient, se contient, mais ne peut s'empêcher de voir toujours plus haut.