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mondiaux

Regard sur la finale, comment Samsung l'a emporté

Ce qui a été le plus surprenant n’a finalement pas été d’apercevoir le dragon ancestral déployer ses ailes sur le nid d’oiseau ou une coupe géante sortir du sol, mais bien de découvrir Samsung manger les triples champions du monde à la même sauce que Longzhu Gaming et Team WE. D’un sec trois à zéro, SSG s’est assuré que SK telecom T1 n’ait pas la moindre opportunité de doucement retomber sur ses pattes. Disséquons la rencontre.

Un constructeur de téléphones d’un côté, une entreprise spécialiste des télécommunications de l’autre. D’ordinaire, ces deux éléments ont besoin l’un de l’autre et travaillent main dans la main. Mais sur la Faille, qu’importe le nombre de cœurs de son processeur, Samsung n’a pas fait de sentiment contre SKT. Personne n’avait encore jamais battu SK telecom T1 en cinq manches gagnantes lors des championnats du monde. C’est chose faite. Personne n’avait jamais remporté une finale sans concéder au moins une manche, à l’exception de SKT en 2013, qui a fait cette année l’amère découverte du vide que l’on ressent après un résultat aussi cinglant.

En moins de deux heures de jeu, la troisième équipe envoyée par la LCK a achevé sa remontée des abysses entamée il y a deux ans, et ce de la meilleure façon possible. Avec le même collectif qui avait échoué au pied du mur un an plus tôt, malgré une désillusion terrible en fin de parcours, Samsung Galaxy a su trouver la force pour rester soudé et jaillir au moment le plus propice, plus impitoyable que jamais. 

Samsung avant la rencontre

Samsung avant la rencontre

Pris à son propre piège

D’usage, c’est SK telecom T1 qui est connu pour insuffler un faux rythme à ses parties, endormant son adversaire, mais grattant objectif par objectif, creusant alors l’écart aux PO sans qu’on ne s’en aperçoive et ne laissant aucune opportunité à son adversaire, jusqu’à le forcer à l’erreur et à lui asséner le coup fatal. Pourtant, si l’on avait enlevé les pseudonymes et tags d’équipes de la première partie, il y a fort à parier que vous auriez cru observer SKT alors que vous vous délectiez en réalité du jeu d’orfèvre de Samsung. Le seul moment de doute que vous auriez pu avoir est évidemment quand, à la 23e minute, le Gragas de Wangho « Peanut » Han a réussi à subtiliser l’enchantement main du Baron en exploitant un cafouillage adverse. Hormis cette erreur, qui a été à l’origine de l’immense majorité des éliminations de la partie, c’est avec une délicatesse chirurgicale que Samsung a remporté la première partie. 

Dès la phase de draft, l’approche des deux équipes a été très différente. Il était assez évident que SKT a voulu supprimer des choix de confort de ses adversaires quand ses deux premiers choix se sont portés sur Gragas et Varus. En l’absence de Sejuani et Jarvan IV, Chanyong « Ambition » Kang a été forcé de se rabattre sur Zac, ce qui ne l’a étonnamment pas empêché d’être bien plus actif que Peanut en début de partie. À lui seul, il a donné de l’espace à son duo pour qu’il reprenne le contrôle de la voie du bas, alors que la combinaison entre Varus et Lulu est extrêmement menaçante dès les premiers instants.

De l’autre côté de la carte, Seung-hoon « Huni » Heo était paralysé par Sungjin « CuVee » Lee, ce dernier ayant choisi d’invoquer un Kennen qu’il a, à contrario des précédents rencontrés dans ce Mondial, décidé de jouer AD. L’idée était de sacrifier son potentiel de dégâts de zone lors des regroupements, mais de contenir le Gnar de Huni, qui a passé le plus gros de son temps à créer de l’espace pour son équipe en abusant du splitpush. Répondre au feu par le feu, une technique souvent efficace. Du choix des objets à l’utilisation de ses téléportations, CuVee s’est totalement adapté pour faire de l’une des forces de SKT un point faible.

Sur la voie du milieu, Samsung a également été très méticuleux. Sanghyeok « Faker » Lee est sans conteste la clé de voute de son équipe. Ses interventions ont été divines tout au long du tournoi et sa proactivité en demi-finale est inégalable. Cependant, pour jouer le pompier tout au long de la compétition, il a fallu qu’il puisse mettre la main sur des champions mobiles, capables de porter secours à ses coéquipiers en un éclair. Or SKT a été contraint de bannir Galio pour éviter que les Samsung ne s’en emparent, et Taliyah a été bannie par ces derniers. Restait alors Ryze, dont la maîtrise du meilleur joueur du monde n’est plus à démontrer. Mais voilà, Minho « Crown » Lee avait tout prévu en sélectionnant Malzahar, qui contre directement Ryze et qui venait alors assurer Samsung que la principale menace serait cantonnée à la voie du milieu. Certes, il s’exposait à un face à face compliqué contre Cassiopeia, mais Malzahar a l’avantage de ne pas avoir besoin d’énormément de ressources pour toujours être une source de dégâts importante et l’utilité de sa compétence ultime est sans pareil pour neutraliser un joueur ou le forcer à investir dans une ceinture de mercure.

Un moins bon départ, pour le même résultat

Samsung soulève le 2e titre de son histoire

Samsung soulève le 2e titre de son histoire

Dans la deuxième manche, même scénario sur la voie du milieu, mais Faker passe le cap et porte son dévolu sur Ryze, qu’importe la présence de Malzahar. En haut de la carte, la situation s’inverse : c’est CuVee qui invoque Gnar, tandis que Huni lui répond par un Yasuo, connu pour être l’une des bonnes solutions pour lutter contre le chaînon manquant. Cette fois, grâce à la compétence ultime de Ryze et au décalage du Yasuo de Huni, rendu possible par l’avantage de ce dernier dans son duel, SKT a pris de l’avance très tôt. Un premier dive dont Crown a été la victime. Peanut a alors semblé plus percutant dans le début de partie, mais à y regarder de plus près, il n’a pas réellement été à l’initiative et a surtout appuyé les bonnes entreprises de son midlaner.

Cette meilleure adaptation de composition a très vite montré ses limites en combat d’équipe. La composition de SKT s’est retrouvée face à un mur alors que Junsik « Bang » Bae et Jaewan « Wolf » Lee ont été pris pour cibles par le toujours aussi excellent combo entre Jarvan IV et Gnar, tandis que Jaehyeok « Ruler » Park, appuyé par la très bonne Janna de Yongin « CoreJJ » Jo, était absolument intouchable et pouvait enchaîner les volées de plumes sans craindre de représailles. Malgré une partie honnête, le Yasuo de Huni n’a pas eu l’ombre d’une chance de faire la différence lors des échauffourées. SKT semblait confus, n’exploitant pas vraiment les capacités de splitpush de son toplaner. 

De la résistance pour un sacre encore plus savoureux

Finalement, après deux parties presque parfaites pour SSG, le sang a coulé à flots dans ce qui s’est avéré être l’ultime manche de cette finale. Et pour cause, Bang et Wolf ont abandonné Lulu et Varus avec lesquels ils avaient été incapables de s’imposer, pour embrasser un style fondamentalement différent à base de Tristana et de Leona. Plus important, SKT a enfin retiré Janna des mains de CoreJJ, qui avait été impeccable dans toutes ses interventions. L’écurie double championne du monde en titre a revu la place de Faker dans l’effectif, constatant que le Malzahar de Crown verrouillait trop la voie du milieu. La Karma permettait d’assurer un encensoir ardent, qui a été aussi bien utile à Bang qu’à Huni, auteur d’une partie magistrale avec son Trundle. Mais voilà, même avec une avance substantielle, SKT a échoué. Une fois de plus l’apparition de Sungu « Blank » Kang n’a pas été salvatrice. Le niveau du collectif de Samsung était bien trop haut pour SKT dont les performances de ses junglers étaient en deçà du niveau affiché par Ambition, qui a mérité d’enfin soulever la coupe qu’il convoite depuis tant d’années, lui qui a disputé plus de 550 parties compétitives et qui a, il y a 5 ans, été la toute première victime de Faker. 

Terrible image de Faker, dépité

Terrible image de Faker, dépité

Dans une configuration où le rôle des carrys AD et de leurs supports était particulièrement important en relief avec les années précédentes, Bang et Wolf n’ont pas été à la hauteur, là où Ruler s’est montré aussi décisif que confiant. C’est d’ailleurs sur son initiative d’utiliser son Saut éclair et sa compétence ultime de manière agressive pour immobiliser Faker que ce match s’est conclu. Somme toute, une belle démonstration de préparation et d’exploitation des failles adverses.