Jump to Main ContentJump to Primary Navigation
mondiaux

Trois ans après, Samsung reprend son dû, SKT s'incline enfin

Au terme d'une finale dominée de la tête et des épaules, Samsung Galaxy a remporté le championnat du monde 2017. La structure a surtout repris le titre qu'elle s'était octroyée en 2014, en mettant cette fois-ci un terme au règne sans partage de SK Telecom T1. Un match pour l'histoire, riche en belles histoires, mais qui pose aussi des questions intéressantes pour l'avenir.

Reprise de la finale de l'an passé, remportée 3-2 par les protégés de Kim « Kkoma » Jung-gyun, cet affrontement a tourné court tant la supériorité de Samsung était criante. En profitant à merveille des faiblesses affichées depuis un mois par SKT, Kang « Ambition » Chan-yong et les siens sont allés chercher un titre que peu leur promettaient à l'issue des phases de groupes. Trois semaines plus tard, le public ne peut que s'incliner devant les nouveaux rois coréens.

Un admirable retour au sommet

La réussite de Samsung éclaire les dernières saisons d’une lumière nouvelle. Après les championnats du monde de la saison 4, les équipes Blue et White sont démantelées, et tous les joueurs de la structure partent pour la Chine. S’ensuit une année 2015 difficile ; mais début 2016, la structure aligne un cinq de départ dont presque tous les membres nous sont désormais familiers. Ambition est recruté dans la jungle pour apporter son immense expérience, encadré par Lee « CuVee » Seong-jin et Lee « Crown » Min-ho. Jo « CoreJJ » Yong-in arrive en tant que tireur, avant d'effectuer une transition vers le rôle de support au cours de l'été. À cette occasion, Park « Ruler » Jae-hyuk est ajouté à l'effectif pour prendre la place vacante sur la voie du bas.

Ruler_2017_Finals

La joie de Ruler et Crown après une finale rondement menée.

En dépit d'un style de jeu peu flamboyant, Samsung franchit rapidement les étapes, en s'appuyant notamment sur Crown et Ambition, dont l'impact et la science du jeu se font très vite sentir. Une sixième place au printemps, une quatrième place en été, puis une qualification pour les championnats du monde en venant à bout de KT Rolster, pourtant largement favorite. Aisément sortie de son groupe, la structure coréenne détruit successivement Cloud9 puis H2K pour s'offrir une place en finale face à l'ogre SKT. Dominés pendant deux manches et demie, Cuvee et les siens passent pourtant proches de l'exploit, finalement vaincus lors de la cinquième partie suite à une décision douteuse de Ruler.

Ce qui est remarquable, c'est la confiance attribuée par les membres du staff à leurs joueurs. Beaucoup auraient – ont – accusé Ruler d'être trop faible, trop fragile psychologiquement, et préconisaient son départ. CoreJJ, malgré d’excellentes prestations, pouvait difficilement être compté parmi les meilleurs supports du monde. Même Cuvee et Ambition se sont vus reprocher un manque d'impact sur le jeu de leur équipe, dont le style patient et basé sur la punition systématique des erreurs adverses aurait pu ne pas être un choix, mais une nécessité face aux limites mécaniques de ses individualités. Un an plus tard, ce sont bien les cinq joueurs vaincus au Staples Center qui se sont imposés au Nid d'Oiseau. La stabilité a une nouvelle fois payé.

Une chute attendue et sans panache

Le numéro d’équilibriste que nous proposait SKT depuis le début de l’été s’est donc achevé de la façon prévue, tant le bateau tanguait dangereusement. Face à Misfits et RNG, les titans coréens avaient donné du grain à moudre à leurs détracteurs, en affichant des lacunes criantes en début de partie, des prises de décisions parfois hasardeuses, et des combats d’équipe pas toujours bien menés. Heureusement pour eux, le capitaine du navire a tenu bon la barre : dans une méta qui ne permet pourtant pas vraiment aux midlaners de s’exprimer pleinement, Lee « Faker » Sang-hyeok a rappelé, une fois de plus, pourquoi il reste le meilleur joueur du monde. Galio, Ryze, Karma… Le triple champion du monde a déployé tout son éventail, n’hésitant pas à prendre un héros de soutien et parvenant malgré tout à infliger une énorme pression à son adversaire direct.

Huni_2017_Finals

Huni n'est pas, lui non plus, un habitué des larmes. Et pourtant...

C’est hélas bien le problème : la solitude de Faker dans ces matches cruciaux. Quelles que soient les raisons, l’effectif SKT n’a jamais affiché la même maîtrise qu’au printemps. Sur la voie du haut, alors qu’il était considéré comme l’hypothétique point faible de la structure, Heo « Huni » Seung-hoon a réalisé un assez bon travail. Son style plus orienté vers l’agression a offert des possibilités intéressantes à son coach. Il est possible que ce choix ait été effectué pour contrebalancer le manque de consistance de Bae « Bang » Jun-sik, dans une méta où le tireur est censé porter l’essentiel des dégâts de son équipe. En difficulté depuis plusieurs semaines, le duo SKT n’a pas réussi à retrouver un second souffle ; des faiblesses mises en évidence lors du quart de finale face à Misfits, durant lequel Steven « Hans sama » et Lee « IgNar » Dong-geun avaient copieusement dominé Bang et Lee « Wolf » Jae-wan.

Avant le début des championnats du monde, Kkoma avait décidé d’emmener Kang « Blank » Sun-gu et Han « Peanut » Wang-ho en Chine, délaissant ainsi son toplaner remplaçant Park « Untara » Ui-jin. Le déroulement du championnat lui a donné partiellement raison, même si aucun des deux junglers n’a affiché la même sérénité que durant la saison régulière. La méta explique en partie les problèmes qu’ils ont pu rencontrer, mais n’excuse pas les errements observés tout au long du tournoi.

Vivre et mourir par la lame

En dépit d'un Châtiment hasardeux lors de la première partie, Ambition s'est montré à la hauteur d'une finale qu'il ne pouvait pas perdre. Il n'a pas brillé par des agressions inattendues, mais comme d'habitude par sa maîtrise globale et sa faculté à trouver des ouvertures pour punir SKT. Cela fait de toute façon bien longtemps que l'expérimenté jungler a délégué les prouesses mécaniques à ses acolytes, notamment Ruler et Cuvee durant ce match. Crown, unanimement reconnu un travailleur acharné, a lui parfaitement su utiliser son Malzahar. En résistant à la pression d'un Faker moins précis qu'à l'accoutumée, il a pu contrôler les affrontements d’équipe grâce à son ultime.

Faker_2017_Finals

Finalement, elle est sans doute là, l'image du tournoi.

Parlons de Faker, justement. Les images de sa détresse à l'issue de la rencontre ont déjà fait le tour de la toile. Triple champion du monde, meilleur joueur de l'histoire, meilleur joueur du monde à l'heure actuelle, et pourtant effondré et en larmes à l'issue d'une rude défaite. Bien sûr, c'est une finale de championnat du monde. Bien sûr, c'est la première fois que Faker s'incline aux Worlds (en quatre participations – mesurez-vous ce chiffre?). Mais cette tristesse en dit long sur la motivation du joueur et son implication. Que tout le monde se rassure : « Dieu » sera présent l'an prochain. Sa réaction suite à cet échec sera l'une des attractions du printemps.

Après avoir si souvent écrasé ses adversaires, en tuant le suspense aussi rapidement que possible, SKT a subi ce qu’elle avait l’habitude d’infliger aux autres structures. Pour nos finalistes, il faut désormais se tourner vers l'avenir. Samsung devrait se concentrer sur la succession d'un Ambition ayant atteint son objectif ultime ; et les faiblesses affichées par Kang « Haru » Min-seung pourraient conduire le staff à s’orienter vers une nouvelle recrue. Pour SKT, l'équation est plus délicate ; Huni a probablement été le deuxième meilleur joueur de l'équipe durant le tournoi, et Peanut et Blank ont démontré une certaine complémentarité, même si l'absence d'un titulaire clair dans la jungle peut être préjudiciable à l'équilibre de la structure. Restent Bang et Wolf, dont il ne faut pas oublier trop vite l'immense contribution aux multiples titres remportés par l'écurie coréenne. Mais une chose est claire : quelque chose n'a pas fonctionné cette saison pour SKT. Le fait que l'équipe soit parvenue en finale malgré tout est assez terrifiant. Et l'année 2018 en Corée s'annonce palpitante.

Quel a été pour vous le moment marquant de cette finale ? Quelle image retenez-vous de ces championnats du monde ?