Jump to Main ContentJump to Primary Navigation
SAV qui peut

Le "lane swap"

Chaque semaine dans le « SAV qui peut », nous décryptons un élément de jeu ou autour du jeu. Au programme aujourd’hui, une stratégie ayant beaucoup évolué depuis les premières saisons, mais qui conserve une importance capitale pour prendre un ascendant sur l’adversaire : le lane swap !

Le lane swap peut se résumer ainsi : à un moment de la partie, les équipes choisissent de modifier l’attribution des voies, plus particulièrement la voie du haut et celle du bas. En général, cela se traduit par un déplacement du duo carry AD – support vers le nord de la Faille ; le toplaner peut simultanément se rendre sur la botlane, ou bien rester au top pour profiter de cette supériorité numérique en récupérant un kill ou une tourelle. Pourquoi, et comment ? Avant de répondre à cela, quelques rappels historiques s’imposent.

Il y a bien longtemps, dans une méta lointaine…

Depuis pratiquement 8 ans, un aspect du jeu n’a pas vraiment changé : la répartition des joueurs sur la carte en début de partie. Un joueur au top, un joueur au mid, deux joueurs au bot, et un jungler. Assez rapidement, dès la saison 2, les meilleures équipes ont compris qu’une rupture de ce schéma conventionnel pouvait déstabiliser leurs adversaires, et surtout ouvrir de nouvelles possibilités stratégiques. Une inquiétude sur le duel qui se profile sur la toplane ? Pas de problème : envoyons-y notre duolane à la place !

Tahm_Kench

Apprécié pour sa présence globale et sa capacité à protéger son ADC, Tahm Kench souffre toutefois en phase de lane. Ses atouts justifient-ils la perte de la première tour ?

Bien sûr, le lane swap est complexe. Envoyer deux joueurs contre un seul permet certes d'infliger une lourde pression au toplaner adverse, mais notre propre toplaner risque lui aussi de souffrir dans une situation de 1 contre 2 ! De plus, quelle est la priorité : prendre la tour ennemie aussi rapidement que possible, ou empêcher le joueur adverse de récupérer des sbires, de l’argent et de l’expérience pendant un maximum de temps ? Outre le choix intelligent de héros pouvant survivre en 1 contre 2, ou au contraire pouvant totalement dominer un 2v1, de nouvelles tactiques ont également dû être élaborées : par exemple, les toplaners se sont souvent mis à aider leur jungler et à récupérer une partie des camps neutres, pour ensuite se diriger vers une tourelle extérieure déjà mise sous pression par l’ADC et le support, et s’en emparer – ou éventuellement tuer le toplaner adverse n’ayant pas flairé le pot aux roses.

La disparition du lane swap traditionnel

Au grand dam de nombreux commentateurs, qui appréciaient la diversité apportée par cette alternative au schéma classique, mais à la grande joie des spectateurs, qui jugaient le lane swap ennuyeux, une série de mesures a été prise pour éliminer presque totalement cette tactique du jeu compétitif. L’introduction du concept de « première tourelle détruite », qui rapporte une quantité d’argent considérable au premier joueur venant à bout d’un bâtiment adverse, a notamment mis à mal le lane swap. Une situation fréquente voyait en effet quatre joueurs de chaque équipe en train de s’attaquer à une tourelle dans les premières minutes de la partie. En général, les deux édifices s’effondraient avec quelques secondes d’écart, ce qui n’était alors pas un souci : mais dès lors que la première tour rapporte beaucoup plus d’argent, ces quelques secondes sont devenues fondamentales, et trop difficiles à évaluer en amont pour que les équipes acceptent de prendre le risque de tomber derrière aux golds après 3 minutes de jeu. 

La tourelle extérieure de la voie du haut a également vu sa résistance augmenter par rapport à celle de la voie du bas, parachevant ainsi l’inhumation du lane swap… en début de partie, en tout cas. On rappellera tout de même que les surprenants Vietnamiens de Gigabyte Marines, lors des derniers championnats du monde, ont remis le lane swap au goût du jour, s’emparant notamment d’une victoire prestigieuse face à Fnatic grâce à cette stratégie inattendue. 

Objectifs, vision et match-ups : le nouveau lane swap

Dans la méta actuelle, le lane swap n’a pas disparu. Il intervient simplement plus tard dans la partie, généralement vers les 10 minutes de jeu, bien que cela dépende grandement des compositions d’équipes et du déroulement des premières phases de la partie. Il répond à plusieurs objectifs :

  • Profiter d’une situation favorable pour se retrouver avec au moins trois joueurs sur une voie, et la possibilité d’éliminer un ou plusieurs adversaires, ou bien simplement de détruire la première tour sans que l’ennemi n’ait le temps de réagir.
     
  • Renverser la partie de l’autre côté de la Faille. Typiquement, si le dragon (proche de la botlane) a été récupéré tôt dans la partie, envoyer le duo ADC-support sur la toplane permet de contrôler plus facilement la vision autour du Héraut de la Faille, et de récupérer cet objectif puis certainement une tourelle. 
     
  • Certains match-ups sont positifs pour une équipe dans les premières minutes, mais deviennent nettement plus compliqués après l’achat du premier objet majeur de chaque côté. Le lane swap permet donc de fuir au moins temporairement cet affrontement plus difficile à gérer. En outre, certains champions à dégâts magiques employés sur la toplane forcent leur adversaire direct à acheter des items de résistance magique, ce qui les met en situation de faiblesse face à un ADC. 

Plusieurs champions excellent lorsqu'il s'agit d'effectuer une rotation rapide sur la carte. C'est notamment le cas de Tahm Kench : grâce à sa Traversée des Abysses, il peut prendre de vitesse l'équipe adverse, et emmener son ADC avec lui au top. Si un tel mouvement n'a pas été anticipé, il aboutit généralement à la prise de la première tour. 

Uzi_Ming_Xiaohu_2018_MSI_Finals

Uzi (à droite) et Ming (à gauche) ont copieusement dominé tous leurs adversaires durant ce MSI, y compris les légendaires PraY et GorillA.

Néanmoins, le tout récent MSI nous a donné quelques indications sur les tendances actuelles. Dans une majorité de parties, la prise de la première tour s'est faite grâce à une domination violente du 2v2 sur la voie du bas. Si la supériorité intrinsèque d'un duo sur l'autre a toujours un rôle à jouer - on pense notamment au tournoi phénoménal de Jian « Uzi » Zi-Hao et Shi « Ming » Sen-Ming - certains match-ups sont apparus quasiment ingérables. Tahm Kench, par exemple, a pu être contré par Janna ; la pression infligée par l'Avatar de l'Air empêche quasiment le Roi des rivières de se déplacer sur la carte, et facilite grandement la prise de la tour botlane

De plus, les ADCs ont privilégié le sort d'invocateur Téléportation lorsque l'affrontement bot était une question de push plutôt que de kill. Cette mobilité accrue, à laquelle il faut ajouter un éventuel Grimoire Déchainé pour les supports et même les midlaners, a grandement contribué à la diminution du nombre de lane swaps. Par conséquent, la domination du 2v2 était inestimable, de par les opportunités qu'elle offrait dès le milieu de partie. Bien entendu, une fois la première tour récupérée, il est difficile de parler de lane swap : il est naturel pour l'ADC et le support d'aller sur les autres voies pour y récupérer des objectifs !

En résumé, le lane swap continue d’enrichir le jeu. Entre bluff, effet de surprise, renversement stratégique et temporisation, il offre un large éventail d’idées aux équipes pour gérer leurs temps forts et temps faibles. Ces possibilités se répercutent bien sûr sur les phases de draft, qui se voient elles aussi diversifiées puisque certains sacrifices apparents (choix d’un match-up difficile, notamment) pourront être compensés par de bonnes décisions au cours de la partie.

Les précédents SAV qui peut :

Et comme d'habitude, n'hésitez pas à nous soumettre dans les commentaires des sujets de SAV qui peut, nous essaierons d'y répondre dans les plus brefs délais !