Jump to Main ContentJump to Primary Navigation
TRUCS & ASTUCES

Le shotcall : l'art de la prise de décision

Sur la scène professionnelle, la communication permet très souvent de différencier une équipe de niveau moyen d’une bonne équipe, mais on sous-estime souvent à quel point. Loin de la file solo avec ses spams de pings et informations non filtrées, la communication d’informations aux différents moments de la partie est un aspect sur lequel se concentrent beaucoup les équipes. Organisée par celui que l’on appelle communément le « shotcaller », la hiérarchisation de l’information se fait de façon précise, en fonction de ce que l’on cherche à faire sur la Faille de l’Invocateur. Zoom sur ce rôle essentiel en compétition.

« Quand League a débuté, c’était un rôle assez flexible au sein des membres d’une équipe car personne ne savait réellement quoi faire et par conséquence chacun pouvait avoir son opinion sur le jeu », explique Maurice « Amazing » Stückenschneider, jungler évoluant à niveau professionnel depuis 2012. Au fil des ans, les joueurs les plus expérimentés ont pu voir l’évolution du jeu et en comprendre les moindres rouages. Ainsi, Amazing raconte que c’est notamment l’influence des équipes coréennes qui a fixé les règles d’un joueur ou un duo de joueurs énonçant les informations durant la partie pour l’ensemble de l’équipe.

Un chef d’orchestre pour l’équipe

Peu surprenant quand on connaît la discipline et l’organisation de cette région. Mais quel joueur peut donc prendre cette responsabilité de chef d’orchestre ? Est-ce que cela répond à un profil spécifique ? Bien que rien ne soit gravé dans le marbre, en fonction des informations recherchées durant les différentes phases de jeu, on comprend aisément que certains rôles soient plus adaptés que d’autres. « Il peut y avoir plusieurs shotcallers dans une composition, en fonction des forces de l’équipe », explique Hadrien « Duke » Forestier, coach en LCS, « le plus commun est d’avoir différents shotcallers à différents moments de la partie : le jungler sera plus à même de s’occuper du début de partie, tandis que le mid et late game seront plutôt attribués à des joueurs plus expérimentés ».

En effet, les informations de début de parties concernent notamment la phase de lane : qui a la priorité sur quelle lane, quel est l’état des match-up...ces informations permettant par la suite de comprendre et de créer un rythme pour l’équipe. La recherche de vision ainsi que les informations sur les sorts d’invocateurs seront aussi des données utiles pour que le jungler puisse avoir les informations nécessaires et savoir à quel endroit agir. Pour résumer, les premières phases de jeu doivent être assimilées par le joueur qui possède la vision la plus globale sur la partie, afin d’agir sur le moment, mais aussi de prévoir la suite de la partie.

Un schéma classique selon Deficio : 


Début de partie: le jungler est en charge du shotcall tandis que les autres joueurs donnent des informations sur leur voie et les positions adverses ;
Milieu de partie: Les splitpushers sont en charge du shotcall tandis que le noyau de l’équipe donne des informations ;
Combats de fin de partie : Un carry donne l’information de la cible qu’il vise mais tout le monde est capable de décider d’une action s’il y a une initiation.
*Amazing ajoute que le contrôle de la vision est surtout assuré par le joueur qui porte le plus de balises, inévitablement le support depuis les changements de patch cette année. 

 

C’est pourquoi un bon shotcaller n’est pas seulement un joueur capable d’énoncer les bonnes informations, il doit aussi et surtout avoir un très haut niveau de compréhension du jeu. Martin « Deficio » Lynge, analyste et commentateur, explique que « des règles claires existent dans League of Legends, mais être capable de lire la carte et guider son équipe est difficile pour la plupart des joueurs, mais pas les plus grands shotcallers ! ». Il ajoute que la connaissance du jeu ainsi que la capacité à assimiler rapidement des informations pour prendre des décisions en situation de pression est aussi une qualité rare et nécessaire. Même si des schémas peuvent être connus des joueurs et travaillés en entraînement, agir spontanément pour prendre les bonnes décisions est difficile et peut faire qu’un joueur excellent s’écroulera sous la pression.

Le poids d’une partie repose sur une décision

Comme nous l’avons expliqué plus haut, différents joueurs auront une voix plus importante à différents moments de la partie mais endosser la responsabilité de prendre des décisions n’est pas chose facile pour un joueur. Amazing explique que pour être un bon shotcaller  « il faut de la patience, du courage et surtout de la confiance en soi. Il doit permettre à son équipe d’être à l’aise en prenant inévitablement les choses en main, mais aussi prendre la responsabilité d’actions qui peuvent mal se passer ».

L’EXEMPLE LE PLUS CLASSIQUE EST CELUI D’UNE ÉQUIPE QUI S’EMPARE DES TOURS T1 ET N’EST PAS CAPABLE DE POUSSER SON AVANTAGE. UNE EQUIPE PEUT MONTRER UNE COMPRÉHENSION BASIQUE DU JEU POUR CAPITALISER SUR UNE AVANCE SANS POUR AUTANT ÊTRE CAPABLE D’AJOUTER LA PARTIE PLUS TECHNIQUE DE MACRO, CARACTÉRISTIQUE D’UN BON SHOTCALLER.

Hadrien “Duke” Forestier

La pression en jeu peut entraîner divers comportements de joueurs sur la carte, et pour un analyste, il est facile de déceler des défauts de communication ou prises de décisions de certaines équipes :
« Je vois souvent des équipes se concentrer sur une seule action, au lieu de s’adapter à l’état de la carte. Un exemple courant sera une équipe qui oubliera totalement le contrôle des lignes latérales pour se ruer sur la voie du milieu encore et encore », raconte Deficio. Exemple qui a souvent été pointé du doigt en Amérique du Nord pendant des années. Un autre exemple pourrait être le fait qu’une équipe ne prenne pas en compte ses timings de combats en équipe ou escarmouche : « Fnatic vs Misfits, rappelez-vous ! », enchaîne-t-il. « Regarder des compositions basées sur le scaling tenter d’initier des actions dès la quatrième minute montre bien que même les meilleures équipes peuvent avoir du mal à prendre les bonnes décisions »

Bien sûr, bien que Duke explique que même si le rôle de shotcaller a beaucoup évolué et ne s’applique pas qu’à un joueur, on reconnaît tout de même quelques joueurs qui ont révolutionné et marqué leur temps, de par leur capacité à guider leur équipe vers la victoire. Pour lui et Deficio, Mata reste un exemple historique avec Samsung White, Clearlove chez EDG ressort aussi comme une figure d’autorité sur lequel son équipe se reposait (parfois trop). Hai, joueur ayant officié sur plusieurs voies à niveau compétitif, est aussi cité parmis les grands leaders. Il y en a évidemment bien d’autres, et chacun d’entre eux a brillé en compétition mais Hadrien précise qu’il est bien souvent difficile de savoir quel joueur sera un bon shotcaller sans avoir travaillé avec lui « car les réputations sont souvent loin de la réalité ».

Un rôle que les équipes s’approprient

Une chose est certaine, la manière de donner des informations dans League of Legends est en évolution, au point même que certains coachs poussent à l’extrême l’aspect d’esprit d’équipe pour faire entendre une décision. Ainsi, dans une récente interview, le coach de l’équipe coréenne Griffin, Cvmax déclarait que selon lui, la cohésion et l’entente parfaite d’une équipe permettait de prendre les bonnes décisions sans avoir à parler. La part d’instinct mise à l'épreuve dans des situations de tensions doit se faire dans le calme pour qu’un joueur prenne la décision optimale et que les autres puissent le suivre. Il complète en disant que même si prendre des décisions sans parler est impossible, c’est ce vers quoi son équipe doit aller.

Un League of Legends instinctif sans shotcall ? Ce n’est pas quelque chose que Deficio et Duke trouvent hallucinant en un sens, et les deux l’expliquent dans la mesure où l’instinct étant un point central des combats d’équipe, cela permet aussi aux joueurs de jouer plus vite. De plus, le rôle de shotcaller unique comme l’on a pu le connaître n’existant plus réellement, il est vrai que plusieurs joueurs font entendre leur voix.

Cependant, la déclaration de Cvmax a déclenché de vives réactions car « selon les joueurs composant une équipe, se concentrer sur son propre jeu mais aussi être capable de lire chaque mouvement de la carte sera difficile pour beaucoup de joueurs », explique Deficio. « Je ne vois pas un monde où ce schéma est possible pour une équipe de l’Ouest et en général, il y aura toujours une valeur à communiquer sans que cela devienne un flot constant d’information ».

En somme, le rôle de shotcaller varie en fonction des besoins d’une équipe ainsi que de ceux de son encadrement. Bien qu’il n’existe pas de modèle parfait, la communication et le partage de l’information dans League of Legends restent un point central de la réussite d’une équipe, et c’est avec les équipes de coaching et l'expérience que les meilleurs joueurs deviennent parfois des leaders.