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SK Telecom T1, deux ans après

Souvenez-vous : 21 mai 2017, Rio de Janeiro. SK Telecom T1 remportait le Mid-Season Invitational au terme d'une finale intense face à G2 Esports. Ronaldo, légende brésilienne du football, remettait à Lee « Faker » Sang-hyeok la médaille du vainqueur. C'était il y a deux ans, et depuis ce jour, Faker et SKT – les deux sont-ils vraiment dissociables ? – ont dû prendre leur mal en patience, sans soulever le moindre trophée. Jusqu'à ce 13 avril 2019, où la structure la plus titrée de l'histoire du jeu est enfin revenue sur le devant de la scène. Un retour au sommet rendu possible par un recrutement ambitieux et une nouvelle dynamique, qui fait logiquement de SKT l'un des favoris de ce MSI 2019. Comment Faker a-t-il reconquis son trône ? Quel est le véritable niveau des champions coréens ? C'est ce que nous allons voir aujourd'hui.

Lorsque l'on est le meilleur joueur de l'histoire, deux ans sans titre, c'est très long. Alors, il n'est finalement pas étonnant que Faker ait été un peu submergé par l'émotion après avoir récupéré sa couronne au terme de ce segment printanier. Bien sûr, le Dieu-Démon Immortel ne nous avait pas habitués à cela ; stoïque et souriant après chacune de ses nombreuses victoires, seule la défaite en finale du championnat du monde 2017 avait brisé son masque, nous offrant l'une des photos les plus emblématiques de dix années de compétition. Il y a eu, aussi, l'extraordinaire série produite par l'OGN (« SKT T1 : The Chase » ), dont l'épisode 1 nous offrait une plongée dans les difficultés rencontrées par le joueur et par l'homme au cours d'une année 2018 très compliquée. Mais l'émotion affichée par Faker après avoir écrasé Griffin reste exceptionnelle, et nous prouve que la machine n'en est pas une, même si sa régularité au plus haut niveau n'en finit plus d'impressionner.

Le grand ménage hivernal

Après une saison 8 extrêmement décevante, SKT ne pouvait plus se contenter de bricolages et de paris risqués. En investissant un budget que l'on devine colossal, la structure a reconstruit une « super-équipe », dans l'esprit de ce que KT Rolster avait fait début 2017. Malgré le CV et le niveau de Bae « Bang » Jun-sik et Lee « Wolf » Jae-wan, il faut admettre que l'arrivée de Park « Teddy » Jin-seong et Cho « Mata » Se-hyeong a constitué une amélioration considérable sur la voie du bas. Teddy ne commet pour ainsi dire pas d'erreur, excelle dans tous les compartiments du jeu, et a plusieurs fois sorti son équipe de situations difficiles par son simple talent et sa maîtrise invraisemblable de Ezreal. Mata a apporté, on s'en doute, sa science du shotcall ; et bien qu'il n'ait pas toujours été irréprochable, ses excellents Playoffs auront fait taire les rares critiques s'élevant contre un joueur au palmarès sidérant. 

SKT_2019

L'un des challenges de SKT cette année : trouver de nouvelles poses pour les photographes à chaque victoire. Pas facile !

Kim « Khan » Dong-ha, ancien pensionnaire de Kingzone DragonX, a eu encore moins de mal à prendre la suite de Park « Thal » Kwon-hyuk et Park « Untara » Ui-jin. Kim « Clid » Tae-min a lui aussi donné raison au staff SKT, en écartant rapidement toute alternance avec Kang « Haru » Min-seung, et en obtenant 1000 points de MVP (troisième du classement général, et meilleur joueur SKT devant Khan et Teddy avec 700 points), un indicateur généralement fiable. 

Sur le papier, cet effectif annonçait clairement les objectifs de l'équipe en 2019 : remporter les LCK et empêcher l'accession au trône annoncée de Griffin, gagner le MSI, et surtout, le championnat du monde. À vrai dire, c'est bien le titre suprême que la structure a en ligne de mire ; et le fait de ne pas s'octroyer le titre printanier, si cela s'inscrivait dans le processus de construction et de progression de l'effectif, n'aurait pas été spécialement gênant. Quatre mois après l'annonce du line-up, il faut toutefois se rendre à l'évidence : SKT est en avance sur ses temps de passage, et malgré ses lacunes, fait déjà partie des cinq meilleures équipes du monde. 

Rigueur et coups d'éclat : comment SKT joue-t-elle ? 

Plusieurs éléments méritent d'être soulignés vis-à-vis du style de jeu de SKT cette saison. On constate d'abord que Faker a très souvent employé Lissandra, et dans une moindre mesure Galio (11 et 6 sélections respectivement). Bien qu'il ait utilisé 13 champions différents en 50 parties, allant des assassins – LeBlanc, Akali, Sylas – aux bruisers – Urgot, Irelia – cet attachement à deux personnages particulièrement efficaces pour rapidement rejoindre ses alliés n'est pas anodin. En jouant généralement le contrôle de la voie plutôt que la domination, Faker démontre qu'il peut enfin avoir confiance en ses coéquipiers et jouer le rôle de splitpusher ou d'électron libre pour assister le reste de l'équipe. Il affiche d'ailleurs un taux de victoire de 91% avec la Sorcière de glace, et 83% avec le Colosse. 

Faker

Faker, concentré face à Griffin en finale de la LCK.

Pour pouvoir mettre en place un véritable 1/3/1, il faut un second splitpusher, et c'est évidemment à Khan que revient ce rôle. Connu pour son amour des champions agressifs, et un peu moins pour ses performances avec des tanks, l'ancien joueur de Kingzone DragonX affiche un panel de champions large (15 héros sélectionnés en 50 parties) mais à l'identité bien claire : oubliez Urgot (5 sélections) et Sion (2 sélections) et allez plutôt chercher du côté des mages (Viktor, Vladimir, Akali, Ryze, Sylas) ou des bruisers (Aatrox, Fiora, Riven). Toutefois, l'atout numéro 1 de Khan, c'est bien son Jayce (9 parties, 6 victoires). Ce champion dispose d'un match-up avantageux contre de nombreux autres toplaners grâce à sa portée et sa capacité à burst, excelle en duel, et permet aussi à SKT de se réorienter vers du poke, en collaboration avec le fameux Ezreal de Teddy. 

Ces champions dominateurs sont généralement mis sur de bons rails grâce à Clid, toujours très actif en début de partie et affectionnant notamment Lee Sin (19 sélections, 14 victoires) et Jarvan IV (12 sélections, 11 victoires). Il affiche un taux de participation au premier sang de 60% (30% pour Mata et Faker, 28% pour Khan, 24% pour Teddy), illustration de sa faculté à provoquer du mouvement rapidement et ce de n'importe quel côté de la carte. 

Clid_Teddy_Spring2019

Clid et Teddy, une nouvelle (b)romance en Corée ?

Malgré ses indéniables qualités, Khan a aussi, parfois, saboté sa voie et mis en péril les conditions de victoire de son équipe. En fait, SKT s'est régulièrement retrouvée dans une situation inconfortable et en manque de solutions ; fort heureusement, elle dispose cette année d'une assurance tout risques en la personne de Teddy. Extraordinaire avec Ezreal (18 sélections, 83% de victoires et 10.4 de KDA), il a bien souvent remporté la partie tout seul en distribuant sans relâche les Tirs mystiques. Très efficace également avec Kalista, Varus ou Xayah, il a en revanche montré quelques (rares) limites dans son utilisation de Lucian ou de Kai'sa. Ses excellents résultats doivent néanmoins amener du crédit à Mata, dont le champion favori, Tahm Kench, s'inscrit lui aussi parfaitement dans un plan de jeu 1/3/1. Le champion du monde 2014 a par ailleurs souvent employé Braum, ces deux champions étant éminemment fiables et pouvant jouer un début de partie défensif pour protéger Teddy et lui permettre de croître efficacement. Ils sont aussi très intéressants lors de ganks, ce qui explique les passages souvent victorieux de Clid sur la voie du bas. 

Le MSI, un dangereux révélateur

Considérée comme l'une des équipes les plus agressives de LCK en début de partie, SKT ne peut cependant pas être classée comme une équipe démesurément proactive dans les premières minutes de jeu. En s'accordant une certaine souplesse dans la construction de ses drafts, et en maniant différents styles – malgré les préférences explicitées plus haut – SKT joue la méta, et ce qui fonctionne. En conséquence, elle ne semble pas encore disposer d'une identité claire et forte, sans que cela remette en question les immenses qualités de l'effectif.

Mata_Spring2019Finals

Pour remporter le MSI, SKT aura grand besoin de son principal stratège, Mata.

Lors de leur périple vietnamien, Faker et consorts devront faire face à plusieurs équipes qui, elles, savent ce qu'elles veulent, et semblent en mesure de mettre un terme aux ambitions coréennes. Si l'on met de côté Team Liquid, qui, malgré un niveau intéressant, ne devrait pas être en mesure de résister à l'armada SKT, deux écuries peuvent s'atteler à la tâche sans rougir : G2, et bien sûr les champions du monde en titre, Invictus Gaming.

Victorieuses dans leurs régions respectives grâce à d'innombrables prouesses individuelles, et une faculté à prendre à la gorge leurs adversaires pour obtenir un avantage décisif avant le quart d'heure de jeu, G2 et iG vont proposer à SKT le style le plus susceptible de la faire vaciller. Ces oppositions vont surtout nous offrir des affrontements exceptionnels sur toutes les voies : Khan – TheShy – Wunder (et Impact !) au top, Faker – Rookie – Caps (et Jensen !) au mid, Teddy – JackeyLove – Perkz (et Doublelift !) au bot. Concernant la voie du bas justement, espérons que Mikyx puisse tenir son rang, car son absence déstabiliserait lourdement les champions d'Europe. 

Faker_Kkoma_Spring2019_Finals

Kkoma et Faker, deux immenses champions inséparables, soulagés d'être revenus au sommet.

Face à des équipes capables de l'agresser très tôt et sans complexe, SKT va devoir faire preuve d'imagination en draft et en début de partie pour ne pas être débordée. Dans un compartiment qu'elle a jusque-là maîtrisée contre des adversaires pas franchement spécialistes de l'exercice, la structure multiple championne du monde devra se montrer solide pour atteindre le milieu de partie sans trop de casse. Si elle y parvient, son excellente macro et sa formidable maîtrise des affrontements d'équipes devraient lui donner l'ascendant sur les représentants chinois et européens, moins habitués à devoir gagner « à la régulière » (comprenez, sans avoir acquis d'avantage significatif rapidement).

 

Pour sa première sortie internationale depuis le championnat du monde 2017 (occultons les Rift Rivals), SKT briguera bien évidemment le titre. Deuxième étape d'un retour au sommet annoncé, ce MSI offrira par ailleurs l'occasion à Faker de rappeler à Rookie et Caps que Dieu est encore bien présent. Un échec renforcerait au contraire la sensation d'une passation de pouvoir.

Selon vous, quelles sont les chances de SKT lors de ce MSI ? Quel duel attendez-vous avec le plus d'impatience ? 

FakerThumbsUp