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CHALLENGE FRANCE

Solary : « Le seul plafond qu’on a, c’est celui que l’on se fixe »

Entre conseils avisés et ambiance de franche camaraderie, ils se sont construit une audience fidèle, qu’ils divertissent sept jours sur sept. Mais au-delà de leur activité d’animateur, les joueurs de Solary sont avant tout avides de compétition. C’est particulièrement le cas de Wakz et Caëlan, qui évoluent en duo sur la voie du bas et avec qui nous avons pu échanger. L’occasion de mieux les connaître.

Des six participants du Challenge France, Solary sort évidemment du lot. Pas que cette équipe soit meilleure que les autres, pas qu’elle soit plus ancienne, pas qu’elle se soit qualifiée différemment, mais parce qu’elle est différente, intrinsèquement. 

Une équipe professionnelle comme Fnatic s’entraîne dans l’ombre, travaille sur ses stratégies en veillant à ce qu’elles ne soient pas analysées par ses adversaires. L’objectif premier de Fnatic est la compétition. S’entraîner pour gagner, jouer pour remplir les armoires de trophées. À leur échelle, les équipes du Challenge France appliquent le même processus. Mais pas Solary. Quand Solary s’entraîne, c’est en diffusant aussi bien son jeu que la communication entre ses joueurs, sans aucun filtre, laissant à ses adversaires tout le loisir de s’informer pour préparer aux mieux les rencontres. Si on était sur The Witcher 3, on dirait que la difficulté a été réglée sur « Marche de la mort ». 

Jeu et locaux en chantier

Heureusement, en ce moment « tout le monde est un peu dans le flou » souligne César « Wakz » Hugues. La faute au chamboulement annuel de la présaison. Par la suite, il précise : « C’est à notre avantage. On peut jouer de ça pour mettre les équipes en danger et aller chercher des games ». Pour l’instant, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Solary pointe, seul, en position de lanterne rouge. Mais on retrouve ce que nous a décrit le carry AD : une victoire face à l’un des favoris, GamersOrigin, et des parties qui auraient pu tourner autrement. 

Caëlan, Wakz et Chap à la Paris Games Week - Photo Corbier

Caëlan, Wakz et Chap à la Paris Games Week - Photo Corbier

Outre les conditions de préparation singulières, la récente actualité de l’équipe a également joué en sa défaveur. « Ce qui nous a surtout manqué, c’est que l’on a trop peu joué en équipe sur les deux derniers mois, nous explique Romain « Caëlan » Albesa. Il y a eu le lancement du projet Solary, les travaux. Certains n’ont pas joué du tout pendant un mois. Ça rend les choses plus complexes ». 

Potentiel et motivation

On a vraiment un niveau des plus aléatoires. C’est du jamais vu. Vraiment. D’une partie à l’autre, on peut passer d’une équipe qui peut prétendre à prendre des parties aux meilleurs, à une équipe qui ne serait même pas capable de battre des joueurs argent.

Romain « Caëlan » Albesa

Malgré un statut bâtard et une préparation minime, nos interlocuteurs se sont montrés très confiants quant à leur potentiel. Caëlan ne tarit pas d’éloges envers son coéquipier, qu’il considère « sans aucun doute » comme le meilleur carry AD français – si l’on omet les deux qui évoluent en LCS. À ce sujet, le principal intéressé reste humble, mais explique que « sur la scène française, il n’y a pas beaucoup de carry AD qui font vraiment peur et qui se montrent oppressants ». Ce qui n’a pourtant pas toujours été le cas : « Quand j’ai commencé, j’étais moins bon. J’avais peur de me faire punir et de ne pas pouvoir remonter si je faisais telle ou telle erreur. J’avais cette impression-là contre les mêmes carrys AD qu’actuellement. Mais à force de jouer et de streamer, j’ai acquis une certaine confiance. Je ne suis pas arrogant, mais je connais mes limites et je sais de quoi je suis capable ».

S’il ne craint personne en France, Wakz a beaucoup de respect pour Martin « Rekkles » Larsson, qu’il décrit comme quelqu’un de « toujours très droit, très carré, autant esportivement qu’humainement ». Ce qu’il admire chez le carry AD de Fnatic, c’est qu’il « fait très très peu d’erreurs et arrive toujours à assurer quand son équipe a besoin de lui ». L’autre joueur qu’il nous cite n’est autre que Steven « Hans Sama » Liv, qu’il avait eu l’occasion de croiser en tournoi dans l’hexagone. « Il avait déjà énormément de potentiel à l’époque, il a beaucoup bossé, il s’est donné à fond, nous raconte Wakz. Et maintenant on le voit aux Worlds prendre des games à SKT, je trouve ça assez énorme ». 

Wakz à la soirée d’inauguration de Solary - Photo Corbier

Wakz à la soirée d’inauguration de Solary - Photo Corbier

À propos du collectif, Caëlan est sûr de lui : « Le seul plafond qu’on a, c’est celui que l’on se fixe. Le jour où l’on voudra vraiment aller chercher des gros titres en compétition, je ne me fais aucun souci, on pourra. On a des joueurs qui ont la niaque ». Voilà la formule. La majorité du temps, Solary se concentre sur ses activités, en y alliant un peu de compétition, sans prétention, mais avec à cœur de faire du mieux possible. D’aller loin, alors que personne ne les attend, pour faire vibrer son public. Pour se faire vibrer. En gardant en tête « d’être le top six Challenge France, de viser le top trois ou quatre, en allant de temps en temps embêter les grosses équipes », comme le rappelle Wakz. Et parfois, le mode machine de guerre est enclenché. « Par exemple, à la Gamers Assembly, quand on a pris ImSoFresh en coach, c’était un moment où l’on avait envie de donner plus sur une période assez courte ». 

L'équilibre dans la force

C’est là que réside le secret de la longévité de ce collectif. Dans la défaite, « la frustration disparaît beaucoup plus vite que chez ceux qui se sont entraînés et sont venus à cent pour cent pour gagner, explique Wakz. Personne n’est vraiment rancunier. Ce qui se passe mal dans une partie est oublié dans celle d’après. On ne se met pas la pression les uns les autres ». Des caractères bien adaptés au modèle. Pour entourer ce beau petit monde, il y a Diego « TaipOuz » Mamés Andres, bien que ce soit Sébastien « Drijoka » Chenaf, ancien manager LCS, qui, concours de circonstances, figure sur la photo officielle. « Il ne travaille absolument pas sur les stratégies, à part dire à Melon de jouer LeBlanc, nous expliquent les joueurs en riant. Il veille à ce que l’équipe reste concentrée et se donne à fond. Il fait ça par passion, poursuivent-ils plus sérieusement.

En revanche, Solary est à la recherche d’un coach. Mais les qualités exigées à ce sixième homme sont très nombreuses. « Ce n’est pas évident. On a des joueurs qui ont pas mal d’expérience, chacun a sa façon de voir les choses, d’entendre les choses. Il faut quelqu’un qui soit capable de s’adapter à chacun d’entre nous, qui ait des connaissances de jeu et qui, surtout, sache communiquer ses connaissances, détaille Caëlan. Avec Wakz on a eu l’expérience de coachs comme ça, qui arrivent à voir des choses qu’on ne serait pas capable de comprendre, mais qui n’étaient pas capables de les expliquer ». 

Le duo à la Lyon e-Sport, alors sous les couleur d'Eclypsia - Photo Florent Perret

Le duo à la Lyon e-Sport, alors sous les couleur d'Eclypsia - Photo Florent Perret

Un seul challenge

Interrogés sur leurs adversaires, les deux compères sont unanimes : le niveau est homogène, la fraîcheur du patch y étant pour quelque chose. Mais pour Caëlan, l’une sort tout de même du lot : « GamersOrigin et Millenium ont le potentiel d’être meilleurs, mais dans les faits, LDLC a le plus de rigueur et performe donc le mieux. J’ai l’impression qu’ils ont des bases plus solides. Sur un style de jeu plus (simple) basique, ils finissent toujours par gagner »

Quand il parle de bases, Caëlan sait de quoi il en retourne, lui qui a dû revoir les fondamentaux en effectuant sa transition de poste. L’une des difficultés qu’il a rencontrées dans ce processus est le manque d’entraînement. « J’ai eu un peu de mal à trouver mes marques à ce rôle-là, témoigne-t-il. Le poste de support est très lié au jeu d’équipe. On ne crée pas énormément d’opportunités seul. On a toujours besoin d’être en synergie avec au moins un coéquipier ». C’est le genre de situation où le régime spécial d’entraînement de Solary n’est pas optimal. 

Cependant, son nouveau poste correspond bien à sa personnalité, lui qui a cité Kevin « Ex6TenZ » Droolans, professionnel sur Counter-Strike, comme joueur qui l’a toujours inspiré. « En France, c’est le meilleur profil de capitaine d’équipe et, au-delà de ça, de shotcaller. Il a toujours eu une capacité à reconcentrer ses coéquipiers, à toujours dicter une ligne de conduite super forte, nous raconte Caëlan avec une passion dévorante. C’est presque inexplicable, mais ça s’entend direct. Il sait ce qu’il fait. Je ne le connais pas, mais je pense que si je le croise dans la rue et qu’il fait un call, je pense que je serais capable de le suivre. Vraiment ! C’est un modèle ».

Une chose est sûre, Solary compte bien jouer les trouble-fêtes sur la scène française encore très longtemps. D’ailleurs, malgré le mauvais départ au Challenge France, l’équipe se débrouille très bien dans la compétition Underdogs.