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mondiaux

Uzi, le chiot devenu loup

Personnage incontournable de la scène professionnelle depuis 2012, Jian « Uzi » Zi-Hao fait une nouvelle fois chavirer le cœur des fans chinois depuis le début des championnats du monde. Dans une méta (en)censée favoriser les tireurs, le prodige des Royal Never Give Up a les cartes en main pour briller et redorer le blason de la LPL, très décevante à l'international lors des dernières saisons. Retour sur le parcours d'un joueur précoce.

Le cyclisme a eu Raymond Poulidor, les échecs ont eu Paul Keres, et League of Legends a désormais Uzi. Double finaliste des championnats du monde, quadruple finaliste de LPL, et pourtant jamais vainqueur : l'absence de titre majeur dans l'armoire à trophées de Zi-Hao est une anomalie qui devrait être réparée depuis bien longtemps. Un manque de chance dans les moments cruciaux, qui ne doit pas occulter une carrière déjà remarquable.

« Raise the puppy ! »

Lors des championnats du monde de la saison 3, Royal Club se voit directement qualifié pour les quarts de finale. L'une des attractions de cette équipe : un jeune tireur de 16 ans, présenté comme la nouvelle perle de la scène chinoise, et futur géant. Après une victoire face à ses compatriotes de OMG, puis une demi-finale remportée 3-1 face à Fnatic, l'équipe retrouve en finale une structure alors méconnue du grand public, mais qui a elle aussi fait forte impression durant la compétition. Cette structure, c'est SK Telecom T1, et parmi ses cinq membres, un autre génie annoncé : Lee « Faker » Sang-hyeok. 

Il est curieux de voir les destins se faire et se défaire. Quel aurait été l'avenir de ces deux joueurs si ce match à Los Angeles avait tourné en faveur de Uzi et des siens ? Sans doute cela n'aurait-il pas empêché l'avènement de Faker et de la dynastie SKT, mais l'histoire du jeu aurait pu s'en voir changée considérablement. Cette question n'est toutefois que fiction : au terme de trois parties maîtrisées de bout en bout, les protégés de Kim « Kkoma » Jeong-gyun remportent leur premier titre de champions du monde, et marquent le début de la domination coréenne au plus haut niveau. 

UziFans_Worlds2017

Uzi a toujours été populaire auprès des supportrices chinoises... Ce petit chapeau à son honneur est du plus bel effet.

Quel joueur était Uzi à cette époque ? Connu pour ses prouesses mécaniques, Vayne était déjà son champion de cœur. Sa capacité à utiliser un avantage pour mener son équipe à la victoire a logiquement conduit Royal Club à élaborer des stratégies centrées sur son tireur. À de nombreuses reprises, Uzi choisissait un personnage à forte croissance, et particulièrement puissant en fin de partie, et ses alliés s'attachaient à lui assurer une vie paisible jusqu'à l'obtention de plusieurs objets. Une fois en mesure de déployer le potentiel de son champion, les combats d'équipe pouvaient être engagés, valorisant alors le talent naturel de la pépite chinoise. Cette stratégie est vite devenue connue sous le nom de « Raise the puppy ! » (littéralement « élevez le chiot ! »), surnom attribué à Uzi en raison de son jeune âge. 

Et l'histoire se répéta...

Vint la saison 4, durant laquelle Uzi fut amené à jouer avec une équipe entièrement différente. Star Horn Royal Club est par ailleurs la première organisation chinoise à avoir importé deux joueurs coréens : Choi « inSec » In-seok dans la jungle, et Yoon « Zero » Kyung-sup au rôle de support. Le segment printanier fut difficilement conclu à la sixième place, la faute à des difficultés d'adaptation liées à ces changements profonds, mais dans l'ensemble, on peut considérer que SHRC a réussi à solidifier la communication entre ses membres bien plus efficacement que de nombreuses équipes depuis. 

Uzi_Xiaohu_Worlds2017

Uzi et Xiaohu, deux éléments centraux du dispositif RNG.

Si l'équipe n'a jamais été en mesure de remporter un titre de LPL, elle se qualifie toutefois pour les championnats du monde. L'absence de SKT donne un certain charme à l'épopée de Royal durant cet automne 2014, les Chinois parvenant à se hisser à nouveau en finale, en dominant successivement EDward Gaming puis OMG, les deux autres représentants de l'Empire du Milieu. Malheureusement, c'est un autre ogre qui se dresse sur la route de Uzi : Samsung White. Un an avant, Chae « Piglet » Gwang-jin avait volé la vedette du tireur chinois ; cette fois-ci, c'est Gu « imp » Seung-bin, notamment sur son Twitch, qui a relégué le jeune Zi-Hao au rôle de spectateur. Pour la deuxième fois, il voit l'or lui échapper ; pas franchement une honte, compte-tenu de l'opposition et de la performance remarquable que constitue la participation à deux finales de championnats du monde consécutives. 

Autoritaire, arrogant… À cette époque, Uzi est ciblé par les observateurs pour son comportement présentant des risques pour l'équipe. S'il est difficile d'évaluer l'attitude d'un si jeune joueur dans un tel contexte, il faut toutefois remarquer que la très large majorité des ressources de l'équipe lui était allouée. Les conditions de victoire de Star Horn passaient systématiquement par leur tireur, et les stratégies étaient pensées pour lui, au détriment de Lei « corn » Wei. Ces éléments expliquent-ils l'évolution donnée par Uzi à sa carrière ? 

Tout sauf une évidence 

Quoi qu'il en soit, l'annonce du transfert de la superstar chinoise chez OMG durant la pré-saison 5 fut une surprise pour beaucoup de monde. La structure a rencontré de véritables difficultés pour intégrer Uzi à son collectif, d'autant que deux de ses éléments phares, Yin « LoveLing » Le et Gao « Gogoing » Di-Ping, respectivement jungler et toplaner, étaient alors sur une phase descendante, dont ils ne se sont d'ailleurs jamais vraiment relevés. Entouré de joueurs plus faibles qu'à l'habitude, Uzi devait aussi faire ses preuves dans un nouvel environnement, lui dont le statut central n'avait jamais été contesté chez Royal. Dans ces conditions, l'année 2015 fut un échec pour le tireur, ponctuée par une non-qualification aux championnats du monde.

« Je pense que le moment où Uzi a quitté Star Horn pour la première fois en 2015, lorsqu'il a rejoint OMG, constitue l'un des moments clés de son évolution. En raison de la méta et de la dynamique de l'équipe, il a été amené à souvent jouer Sivir, et à partager ses ressources, plutôt que de porter toute la responsabilité de gagner la partie sur ses épaules. » nous explique Indiana « Froskurinn » Black, commentatrice anglophone de la LPL. « Lorsqu'il est revenu chez RNG par la suite après l'échec de la super-équipe OMG, il avait démontré qu'il pouvait faire passer l'équipe avant lui, s'orienter sur des champions plus utilitaires, et surtout s'imposer comme un pilier du groupe. »

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Concentrés, les membres de l'équipe RNG assistent à l'élimination de G2 par Samsung, qui assure leur qualification.

Après cette expérience, Uzi est également passé par la case Qiao Gu Reapers. En concurrence avec Yu « TnT » Rui, qui se révélait à l'époque comme l'un des meilleurs tireurs chinois, Zi-Hao a découvert un troisième environnement, sans parvenir à s'illustrer aussi brillamment qu'à l'époque dorée de Royal Club. Peut-on pour autant parler de mauvais choix ? Probablement pas. Ces expériences ont largement contribué à transformer Uzi en joueur plus mature, et plus complet. 

Second souffle et retour aux sources

Été 2016 : Uzi réintègre Royal Never Give Up. Avec le titan Cho « Mata » Se-hyeong pour l'accompagner sur la voie du bas, il trouve un partenaire à son niveau, et plus encore. La paire sino-coréenne a su surmonter les inévitables problèmes de communication pour s'imposer comme l'un des duos les plus dangereux du monde, et ce malgré une nouvelle défaite en finale des play-offs estivaux face à EDward Gaming. 

« Mata a bien sûr transmis certaines choses à Uzi au niveau de la gestion de la ligne, mais aussi à Xiaohu. Celui-ci a récemment expliqué que le point le plus important qu'il ait appris de Mata est de toujours se poser la question 'Pourquoi ?' Pourquoi suis-je en train de faire ceci ? L'empreinte de Mata est donc toujours bien présente dans les esprits, et sur les idées employées par RNG pour s'améliorer en tant qu'équipe », poursuit Froskurinn. Suite à une élimination peu honteuse en quarts de finale des championnats du monde face à SKT, Mata retourne en effet en Corée pour rejoindre la super-équipe KT Rolster. 

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Après des moments difficiles, Uzi retrouve le sourire, et le chemin des sommets.

Deux ans après l'arrivée massive de Coréens supposés renforcer les écuries de LPL, certaines équipes font le pari de revenir à des cinq de départ entièrement composés de joueurs chinois. C'est le cas de RNG, qui recrute Shi « Ming » Sen-Ming pour accompagner Uzi au rôle de support. Un choix risqué à première vue, mais qui s'est avéré gagnant. « En tant que vétéran de l'équipe, Uzi était attendu comme le leader de l'équipe - mais en réalité, ce sont Mlxg et Ming qui assurent ce rôle, et qui prennent les décisions durant la partie. Uzi apporte simplement son expérience. Lorsqu'il a rejoint l'équipe, Ming avait tendance à rester avec Uzi, et les résultats de RNG dépendaient alors de la façon dont Mlxg parvenait à jouer avec son toplaner et son midlaner. Mais petit à petit, Ming a pris confiance, et la dynamique s'est inversée : maintenant, l'équipe peut jouer autour de n'importe quelle voie, et lorsque les supports efficaces pour se déplacer sur la carte et agresser les autres lignes étaient à la mode, Ming jouait beaucoup plus avec Mlxg qu'avec Uzi. Cela démontre la grande confiance qui règne entre le support et son tireur. »

Après une phase de groupes largement dominée, RNG retrouvera Fnatic en quarts de finale. Uzi sera face à Martin « Rekkles » Larsson sur la voie du bas : deux joueurs précoces aux multiples faits d'armes, et qui ont su s'adapter pour rester au premier plan après de nombreuses années professionnelles. Sans être tout à fait vétérans – Rekkles a fêté ses 21 ans, Uzi pas encore ! - ils font déjà partie des monuments du jeu. 

En cas de victoire, le chouchou du public chinois pourrait rencontrer Faker et SKT en demi-finales. Pour l'histoire, de telles retrouvailles auraient elles aussi une saveur particulière. Avec le soutien de son public, RNG peut y croire, et rêver d'apporter enfin un titre mondial à la Chine. Uzi, lui, entrerait ainsi dans la légende… mais le chiot est déjà devenu loup. 

Selon vous, que peut-on attendre du quart de finale entre RNG et Fnatic ? Quelles sont les chances pour la structure chinoise d'accéder au titre suprême ?