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LCS

Xerxe, itinéraire d'un prodige

L'Europe l'a découvert cette année, éclatant et souriant sous les couleurs des Unicorns of Love. Jungler brillant et innovateur, rookie incontesté du segment de printemps des LCS EU, Andrei « Xerxe » Dragomir impressionne. Arrivé en LCS sans pression apparente, il y a très vite imposé sa patte, jusqu'à être considéré comme l'un des meilleurs du continent à son poste. Mais au delà des seules performances en jeu, qui se cache derrière le pseudo, derrière le jungler ?

Quand on lui demande de se présenter, Andrei « Xerxe » Dragomir rappelle son âge – 17 ans –, sa nationalité – il est roumain – et livre spontanément son rêve actuel : « devenir l'un des meilleurs jungler au monde ». Sa fierté légitime d'avoir été couronné « meilleur rookie du segment » au printemps 2017, ne le pousse pas à se reposer sur ses lauriers, bien au contraire.

Lui qui a toujours eu l'habitude de « rêver grand » annonce la couleur : il a pour objectif en 2017 de « gagner le segment d'été, être le MVP des LCS EU, participer aux championnats du monde et être reconnu comme le meilleur jungler du monde ». Pas mal pour une première année au plus haut niveau ! A ses yeux, « se fixer des buts précis et les atteindre » n'apporte qu'une « satisfaction temporaire ». A chaque fois qu'il y parvient, il se met à voir plus loin, à « viser plus haut ». C'est de cette façon qu'il parvient à rester motivé au quotidien.

Joueur précoce... ou presque

Il faut dire que, malgré son jeune âge, Xerxe navigue depuis déjà longtemps dans la rivière de la faille. Il a découvert League of Legends dès la saison 1, via... une publicité ! Alors âgé de seulement dix ans, le futur joueur professionnel fait face à un premier écueil. Il ne parle pas anglais et ne comprend pas comment s'inscrire. L'enfant qu'il est alors ne « remarque pas qu'il doit confirmer son mot de passe pour finaliser la création de son compte et renonce » à son idée de jouer à ce nouveau MOBA. Heureusement pour les fans de beau jeu et d'e-sport, ce revers imprévu n'est pas un coup fatal à sa jeune carrière. Quelques mois après ce tragique incident, un ami d'Andreil Dragomir l'aide à créer un compte. A partir de là, « plus rien ne pouvait arrêter », le jeune homme. Il est lancé « sur la voie pour devenir joueur professionnel », déclare-t-il non sans humour.

 

Skarner

Skarner, premier amour malheureux du tout jeune Xerxe.

Un chemin déjà tout tracé. Sauf que, pour paraphraser un ancien premier ministre français, « la route est droite, mais la pente est forte ». Xerxe ne devient pas instantanément un bon joueur, loin s'en faut. Il se remémore par exemple sa joie « à la sortie de Skarner », qu'il a « acheté avec des RP, puis immédiatement sorti en 3v3 ». Le résultat ? Une défaite sans appel. Le jeune roumain va jusqu'à affirmer qu'à ses débuts il était « tellement mauvais » qu'il ne supporterait pas aujourd'hui de devoir jouer avec quelqu'un d'aussi faible.

En parties classées, il végète un temps autour de « 600 elo », l'équivalent des tréfonds du bronze 5 dans le système de classement actuel. « Frustré » et en colère contre lui-même, le pré-adolescent se lance alors corps et âme dans le jeu. Le travail paie pour celui qui termine la saison 2 à 1500 elo. En saison 3, heureux de ses progrès, il poursuit son entraînement, « tous les jours, jusqu'à 12 heures par jour », ce qui lui permet d'atteindre le challenger sur le serveur EUNE. Un accomplissement suffisant ? Toujours pas pour l'ambitieux adolescent. « Beaucoup de personnes m'ont alors dit que le serveur EUW était meilleur et plus compétitif, donc j'y ai transféré mon compte. Mon désir de devenir l'un des meilleurs joueurs m'a poussé à abandonner mes amis qui jouaient sur le serveur est-européen. La seule chose qui m'importait était de jouer à League of Legends. » C'est également à cette période que Xerxe choisit de se spécialiser dans la jungle.

La Turquie, tournant décisif

Trois ans plus tard, en 2016, le joueur roumain commence à désespérer. Il ne parvient pas à percer dans l'e-sport, faute d'opportunités. La seule équipe qui lui offre une chance de se qualifier pour les Challenger Series explose en plein vol. Déjà parce que ses coéquipiers et lui « n'ont pratiquement pas pu s'entraîner ensemble », mais aussi et surtout parce que le jour de leur premier match de qualification, leur « joueur de la voie du milieu ne se présente pas, ce qui provoque une disqualification immédiate » de toute la structure. Xerxe se met à craindre que sa « carrière ne se termine avant même d'avoir débuté ».

J'ai eu peur que ma carrière se termine avant même d'avoir commencé

Andrei «Xerxe» Dragomir

La délivrance vient d'une source inattendue : la Turquie. Dark Passage lui propose de participer au segment d'été de la Turkish Champions League 2016. Même si le jungler roumain a « toujours les LCS » en ligne de mire, il relève le défi turc. Ce dernier constitue à ses yeux « une excellente occasion » pour progresser, car « jouer au sein d'une équipe [lui] apporte plus que les matchs en file individuelle ». Il veut notamment améliorer « sa capacité à mener son équipe » à la victoire via ses prises de décision.

Toutefois, ce que le tout jeune professionnel découvre en premier en TCL, c'est le trac. Au cours des premières semaines de compétition, Xerxe « a très peur de jouer en public ». Il se souvient que ses « mains tremblaient si fort et que [son] cœur battait si vite que se concentrer sur le jeu lui était très difficile ». Un stress que le roumain surmonte en partie grâce à la ferveur du public turc. Le joueur est « surpris de voir les fans turcs l'encourager et [le] saluer comme un très bon jungler », malgré la présence de joueurs turcs dans les équipes adverses. Un soutien « très bon pour le moral », qui le « motive à continuer ». Bien lui prend, puisque Dark Passage bat à la surprise générale Supermassive en finale du segment et Xerxe découvre ce qu'on ressent quand on « gagne sur scène, devant un large public ».

TCL summer splits finals 2016

Xerxe chez Dark Passage, lors de la finale du segment d'été 2016 des TCL.

Une première couronne en guise de consécration pour Andrei Dragomir, dont le nom commence à être synonyme de futur grand joueur dans la bouche des observateurs avisés. Lui-même garde sur cette première expérience professionnelle un regard empreint de modestie. « Ça a été intéressant de vivre loin de chez moi, j'ai pu apprendre à vivre dans une gaming house, avec des gens qui me ressemblent. J'ai aussi appris à travailler en équipe, avec un objectif partagé par tous. Tout ceci m'a rendu plus responsable et m'a vraiment aidé à grandir, en tant qu'individu. » Enfin, son séjour en TCL lui fait comprendre la nécessité de « ne pas laisser [ses] émotions se mettre en travers de la route ».

Une licorne en route vers la gloire

De retour en Europe, le jeune jungler traverse une nouvelle période de doute. Il postule chez plusieurs équipes LCS, en vain. Alors qu'il se demande s'il doit tenter sa chance en Challenger Series ou repartir en Turquie, il est contacté par Kiss « Vizicsacsi » Tamás, toplaner historique d'Unicorns of Love. Le début d'une très belle histoire, encore en cours d'écriture. D'abord chez les licornes en tant que remplaçant temporaire, Xerxe s'intègre si bien qu'il ne rêve que de les rejoindre de façon pérenne. Il prépare même « un discours » pour convaincre la structure « de toutes les raisons pour lesquelles il doit intégrer l'équipe ». Autant d'efforts qui s'avèrent inutiles, puisque ce sont les licornes elles-mêmes qui viennent le chercher. Fabian « Sheepy » Mallant l'appelle pour lui donner « la meilleure nouvelle de sa vie ». Xerxe est à présent le jungler titulaire d'UoL.

Unicorns of Love summer split 2017 EU LCS

Xerxe, comme un poisson dans l'eau avec Unicorns of Love.

Le joueur de 17 ans s'épanouit auprès de ses nouveaux coéquipiers, qui « font tout ce qu'il faut » pour l'aider à prendre ses aises. Avec les licornes, il termine deuxième du segment de printemps des LCS EU 2017. « Une expérience incroyable » qu'il n'aurait « voulu vivre d'aucune autre façon ». Pour Xerxe, pas de doute, « impossible d'être plus heureux » qu'il ne l'est de son parcours.

Un bonheur qui s'accompagne d'une bonhomie encore intacte chez ce joueur qui rêve d'une « longue carrière en LCS, parsemée de nombreux succès ». Ainsi, quand on lui demande ce qui l'a le plus marqué lors de son passage en Turquie, il ne parle pas de ses victoires, ni même de son apprentissage du haut niveau. Il préfère raconter une anecdote du quotidien, une histoire drôle qui implique son coéquipier d'alors, Rasmus « Caps » Winther et le chaton de la gaming house. Son « plus beau souvenir » de cette période, c'est cette nuit lors de laquelle il a « attiré le chaton dans la chambre de Caps, avant de fermer la porte. Le chaton a paniqué et a sauté sur le lit » du malheureux dormeur. Pourquoi ce souvenir est-il si fort ? Parce que « Caps a peur des chats » explique, espiègle, Andrei Dragomir. En toute simplicité.